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USA et Cuba, ne nous précipitons pas.

 
 
Après 50 ans d’hostilité, Barack Obama et Raul Castro on annoncé mercredi 17 septembre 2014 la reprise des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba. Héritière des tensions de la guerre froide, l’histoire entre les deux pays ne fut pas un long fleuve tranquille. La reprise des relations diplomatiques constitue une nouvelle étape sur le chemin de la réconciliation totale mais seulement une étape… En effet, bien que ce déblocage soit historique et hautement symbolique, l’embargo général n’est pas levé pour autant…
 

USA-CUBA, 50 ans de silence

 
Après la libération d’un américain détenu à la Havane depuis 5 ans, Barack Obama annonce dans sa déclaration que les Etats Unis mettront fin « à une approche hors du temps, qui a échoué dans l’avancée de leurs intérêts (…) qu’ils ont l’intention de créer plus d’opportunités pour les américains et les cubains, et commencer un nouveau chapitre pour les nations de des Amériques ».
 
Au même moment, son égal Raul Castro confirme l’avancée politique d’ordre historique entre les deux nations mais souligne la question de l’embargo économique, imposé par J.F Kennedy en 1962. Cette question qui revêt d’une importance capitale, promet un débat tumultueux aux Etats-Unis car bien qu’il s’efforce de le contourner au maximum, Barack Obama se verra confronté une fois de plus au Congrès à la majorité républicaine. En effet, le Congrès américain est la seule institution à avoir le pouvoir de retirer l’embargo officiellement.

Elections de mi-mandat: Obama peut bouder
Economiquement, un dégel total pourrait donc, selon la Peter G. Peterson Institute for International Economics, ouvrir entre 5 et 10 milliards de dollars d’investissements par les entreprises américaines à Cuba. Malheureusement, la plupart des entreprises américaines sont bloquées par l’interventionnisme (encore bien présent) de l’Etat cubain et les sanctions américaines. En outre, bien que les investissements et les commerces resteront contrôlés, les ouvertures économiques annoncées feront quand même des gagnants.
 
Le président Obama a annoncé l’ouverture partielle de Cuba aux touristes américains. Elle n’est pas complète car n’autorise pas le tourisme ordinaire. Seul douze catégories de voyageurs dont les médecins, religieux, sportifs, professeurs, journalistes et artistes seront autorisés à se rendre sur l’île. De plus, ces touristes américains auront la possibilité d’utiliser leur carte de crédit et de ramener l’équivalent de 400$ de biens et 100$ de cigares. Ces mesures sur le tourisme et les voyagistes n’ont pas manqué de se faire sentir sur les marchés financiers. Après la déclaration du président Obama, les opérateurs de croisières se sont montrés enthousiastes : +3,46% pour le leader mondial Carnival Corporation, +4,67% pour Norvegian Cruise Line Holding et +6,62% pour Royal Caribeean Cruise.
 
Le secteur de la communication, lui aussi, n’en profitera pas moins. En effet, dans un pays où on estime que seulement 5% de ses habitants ont accès à internet, l’importation de matériels et de services de communications ainsi que la construction d’infrastructures téléphoniques et d’internet seront autorisés.
 
Le commerce quant à lui sera autorisé dans le secteur des matériaux de constructions, des équipements industriels et des équipements agricoles pour les petites exploitations. Dans les autres cas, Cuba n’autorise toujours pas l’importation de produits dont la composition est américaine à plus de 10%... Un véritable frein au développement économique.
 
Enfin les banques américaines se mobilisent également car elles pourront ouvrir des comptes auprès des institutions cubaines pour faciliter les transactions commerciales et les transferts de fond. Les ressortissants américains pourront envoyer de l’argent à Cuba à hauteur de 2000$ par trimestre au lieu de 500$ précédemment.
 raul castro
Raul Castro Mercredi 17 décembre lors de son annonce
 
Ces mesures prises par les deux gouvernements devraient selon Barack Obama permettre au peuple cubain d’accéder facilement à certaines marchandises bon marché. Par conséquent, leur condition de vie s’améliore ainsi que leur indépendance vis à vis de l’Etat. Mais est-ce que cette timide ouverture de l’île montre réellement un essoufflement du régime castriste ?
Bien que les Etats-Unis aient réussi à fortement handicaper l’économie de Cuba avec son embargo, elle n’en a pas moins réussi à faire plier le régime. Au contraire, entre Fidel et Raul, la dynastie est l’une des plus résistante de la planète. Seulement Raul Castro n’avait pas d’autres choix pour sortir l’île de son isolement économique.
Pour un certain nombre de dissidents, ce rapprochement est considéré comme une « erreur » des Etats-Unis, permettant de donner du souffle à la dictature cubaine qui tente d'établir une pseudo transition pour que la famille Castro reste au pouvoir.
  
Quoi qu’il en soit, les dirigeants partagent un point commun. En effet, comme le souligne l'écrivain cubain exilé Jacobo Machover, tout deux ont « c'est cette volonté de laisser une trace dans l'histoire alors que le temps leur est compté ». L’américain, à deux années de la fin de son mandat cherche probablement un succès dans sa politique étrangère quant au cubain lui, est rattrapé par la vieillesse.
 
Bilan mitigé donc pour ce rapprochement entre les Etats Unis et Cuba, l’amélioration des conditions de vie des cubains se fera dans la limite des mesures car l’embargo n’est tout de même pas levé. Pessimisme ou optimisme ? Difficile de trancher. Ce rapprochement se fait quand même dans la suite logique des choses, dans la mesure les deux pays s’éloignent d’une politique qui n’a plus lieu d’être depuis la fin de la guerre froide.
 
Florian Pavia
florian@kazeco.com