L'Eco de la nouvelle économie

Start Up française : I love you

Les pouvoirs publics ont compris qu’il y avait ultra urgence dans la société française et que nous étions à la veille d’une insurrection. Le gouvernement devait prendre des initiatives et il fallait donner un vrai coup de fouet. Dans ce cadre, le monde des start-up françaises pouvait être une porte de sortie honorable.

Des constats inquiétants

La France actuellement dresse un bilan peu flatteur. Les inégalités socia.es perdurent, le part des élèves en difficulté augmente fortement (+6 points en dix ans)…Aujourd’hui c’est 3,5 millions de français qui ne disposent plus des compétences minimales pour travailler dans l’économie normale. On y trouve également de l’argent gaspillé par l’appareil public, maquillé par le jeu des déficits, en particulier dans la politique du logement et de la formation. « Les lourdeurs administratives entravent le bon déroulement des opérations commerciales » estimait même la Banque mondiale en 2012. Conjointement avec la société financière internationale, la Banque Mondiale publie chaque année le rapport Doing Business qui classe 189 économies en fonction de la facilité à y faire des affaires. La France arrive 31ème en 2014.

imgres 2A l’unisson, voici les ministres de la République et le Président se réconciliant avec les entreprises ; le Président de la République embrassant un « pigeon ». C’était l’image la plus inattendue qui resta du voyage de François Hollande dans la Silicon Valley. Fleur Pellerin, ex-ministre du numérique, ambitionnait en 2012 de bâtir la “start-up Republique”. Chef d’orchestre du mouvement French Tech , la ministre de l’Economie Numérique actuelle, Axelle Lemaire veut que le high-tech « made in France » devienne un fleuron mondial. Elle ajoute que « la France n'a pas de leçon à recevoir de la Silicon Valley », tandis que notre ministre de l’Economie, Emmanuel Macron veut rendre la France "start-up friendly", expression employée lors du CES de Las Vegas, en Janvier 2015. Le patron emblématique de Free Xavier Niel, quant à lui veut faire de Freyssinet, la halle aux mille start-up !

Les start-up créent relativement peu d’emplois, mais elles exercent un effet d’entraînement salutaire sur le reste de l’économie. Facebook s'attribue par exemple la création de 78.000 emplois indirects en France en 2014.

La France a t’elle les atouts pour réussir ?

Oui ! Le pays regorge d’entrepreneurs qui ont une place favorable à l’échelle internationale. Le numérique, le «big data», la domotique, la biotechnologie, l’énergie propre, les services à la personne, autant de secteurs économiques qui recèlent de nombreux entrepreneurs français. Notre génération serait un atout exceptionnel sur le plan européen. En effet, le taux de création d’entreprises (le nombre d’entreprises créées divisé par le nombre d’entreprises existantes) est de 15 % contre 10 % au Royaume-Uni et 8 % en Allemagne. Les fondements de la croissance se trouvent au côté de cette génération d’entrepreneurs. La croissance n’est donc pas à créer, elle doit continuer à être libérée. Dans son dernier livre « Devenir soi », Jacques Attali met en avant l’esprit des start-upers qu’il oppose aux « résignés réclamants ».

Les développeurs, un atout pour la France renchérit par Tariq Krim dans son rapport à Fleur Pellerin en 2013.

Le fondateur de Netvibes et de Jolicloud a listé « 100 développeurs français qui comptent ». Parmi ceux-ci des stars comme Louis Pouzin (l'un des fondateurs d'Internet) ou Jean-Marie Hullot (à l'origine de l'iPhone d'Apple). Dans un entretien accordé à L'usine digitale, Tariq Krim souligne que l'excellence française perdure : « On le sait peu, mais le co-fondateur de Linkedin est un Français, celui d'Android aussi, des Français ont participé à la création de Google Cloud, de l'iPhone, de Gmail… Or, en France, on a tendance à considérer ces personnes, présentes dans des universités ou des entreprises, comme de simples exécutants, tandis qu'aux Etats-Unis ce sont des stars, extrêmement valorisées.»

Un "start-up visa"

Une autre mesure concerne l'immigration des talents. Axelle Lemaire veut mettre en place dès Mars prochain un start up visa des entrepreneurs étrangers qui devraient être sélectionnés pour bénéficier d'un "french tech ticket". En clair, cela donnera accès à un titre de séjour d'un an en France, un référent unique de l'État pour les formalités administratives et une bourse mensuelle de 1 200 euros, « le temps qu'ils puissent développer leur activité…La course aux talents est aujourd'hui mondiale, il faut réussir à attirer les meilleurs", a déclaré la ministre.

Des start up allemandes qui viennent en France

Alors que le climat économique français est réputé morose ces dernières années, des start-ups allemandes y déploient pourtant leurs activités et rencontrent le succès.

L'Allemagne compte des investisseurs et des incubateurs importants, qui n'hésitent pas à mettre leurs moyens à la disposition des start-ups pour les aider à atteindre leurs ambitions nationales et outre Rhin.

Ces éléments réunis, les start-ups allemandes ont des chances de succès plus importantes et certaines d'entre elles n'hésitent pas à passer les frontières. A ce jour, la France héberge environ 3000 entreprises germaniques sur son territoire, ce qui représente une force non négligeable pour son économie, d’autant que ces dernières emploient plusieurs centaines de milliers de personnes.

Ce succès, la France la doit principalement à sa capacité à former des ingénieurs de talent, dotés « d'une importante expertise technique ». Les entreprises basées sur des niches technologiques ont aussi plus de chance de se tourner plus rapidement vers l'international.

La France brillerait par sa capacité à lancer des projets d'avenir, ambitieux, mais aurait beaucoup plus de difficultés à inscrire ces "success stories" dans la durée. Par conséquent, il n’y aurait pas de mastodonte de même que dans les autres pays comme Samsung, en Corée du Sud par exemple.

La France est un pays au potentiel considérable mais malheureusement sous-exploité. Beaucoup de start-ups qui ont une bonne croissance finissent par être rachetées par de grands groupes étrangers. Pourquoi ce phénomène? Les français ont tendance à vendre bien plus rapidement que leurs homologues américains. La différence culturelle y a toute sa place car aux Etats-Unis on donne du crédit à la prise de risque tandis que l’échec reste très mal vu en France.

imgres 1L’initiative de Partech de créer un campus de start-up avec un capital de 300 millions d’euros (le Shaker) va dans le bon sens pour maintenir dans la durée des champions hexagonaux. Les pouvoirs publics, eux, se sont donnés jusque fin 2015 pour changer l’image de la France. Ce sera la date à laquelle Axelle Lemaire conviera en France plusieurs investisseurs américains afin de leur prouver que la France, dont l'image a été ternie par l'affaire Dailymotion, est un pays dans lequel il faut investir les États-Unis concentrant notamment la moitié du capital-risque investi dans le monde.

Les faiblesses

Le dénigrement français: il semble que la plupart des pays étrangers ont du mal à surmonter les stéréotypes des français. Ils les décrivent comme étant paresseux, avec une bureaucratie et une fiscalité trop lourdes dans un pays semble être terrible avec les entrepreneurs.

En définitive, la France défendrait plus les acquis individuels et les avantages corporatifs, plutôt que ses entreprises. En conclusion, ils préféreraient entreprendre partout sauf en France !

Dans son discours à la conférence LeWeb, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité de célébrer les succès français et surtout qu’il fallait que nous cessions d'être ses propres destructeurs. "Nous devons parler plus fortement sur les succès," a t-il dit. "Je veux arrêter avec le dénigrement français."

Il faut créer le terreau fertile pour la croissance française en libérant celle des entreprises, en libérant l’initiative individuelle, l’innovation, en réconciliant l’administration et le secteur privé. L’écart entre ces deux dernier est encore trop important malgré la BPI. En libérant la force entreprenante, l’État ouvrirait des perspectives de croissance, inciterait à l’investissement et offrirait les conditions d’une future hausse de la productivité.

En réalité, l’écart entre deux France n’a jamais été aussi important. D’un coté la France des acteurs économiques et politiques qui s’opposent aux nouvelles idées et aux évolutions de l’économie et qui freinent des deux pieds et des deux mains tout changement de l’économie. De l’autre, le camp des progressistes qui s’aperçoit que sans évolution, la France serait comme un « Titanic » en train de couler. L’histoire accélère et l’Europe dans sa globalité joue à notre époque, son va tout.

David Gurn