Sotchi : les jeux les plus chers de l histoire

Depuis le 4 juillet 2007, date à laquelle Jacques Rogge, alors président du Comité International Olympique (CIO), a annoncé que Sotchi serait l'hôte des Jeux Olympiques d'hiver 2014, la petite ville Russe du bord de la mer Noire et ses 370.000 habitants étaient en effervescence.

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Le pays a massivement investi afin d'offrir aux athlètes et au public attendu en nombre des Jeux d'une grande qualité dans une station balnéaire qui n'avait pourtant rien d'hivernal, loin de là. Un pari osé et une occasion en or pour le Pays et Vladimir Poutine de proposer une vitrine de la "nouvelle Russie". 

Les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi se sont donc déroulés du 7 au 23 février suivi des Jeux Paralympiques du 7 au 16 mars. Ces évènements auront coûté à la Russie, en tout et pour tout, 36 milliards d'euros (environ 50 milliards de dollars), soit, à titre d'exemple, le PIB de la Tunisie ou encore l'équivalent d'une vingtaine de Jeux Olympiques réunis. Ce montant a été dévoilépar le Vice-Premier ministre russe Dmitry Kozak bien qu'en 2007 Vladimir Poutine annonçait que le coût des JO de Sotchi ne dépasserait pas les 12 milliards de dollars.

Raté, et pas qu'un peu. Le précèdent "record" était attribué à Pékin en 2008 avec 26 milliards d'euros de dépenses. Alors pourquoi et comment nos amis Russes en sont-ils arrivés à ce montant exorbitant? sotchi2

Il faut tout d'abord se replacer dans le contexte géographique et écologique. Bien que proche du somptueux Caucase qui offre un panorama propice aux sports d'hiver, Sotchi n'en est pas moins une station balnéaire où les températures ne sont que trop rarement (voire jamais) négatives en hiver. Il a donc fallu que la Russie stocke de grandes quantités de neige et que nuit après les 500 canons à neige la répandent sur les sites. Des travaux considérables donc dans les montagnes voisines de Krasnaya Poliana qui étaient totalement vierges auparavant. 

Au niveau politique une loi votée à la Douma (le Parlement) a permis à l'Etat et au Comité d'Organisation des Jeux d'agir sans consulter les habitants, dont plusieurs milliers ont été déplacés pour laisser place au gigantesque chantier des JO. Le quotidien de certains a été mis à rude épreuve avec des journées sans chauffage, sans eau chaude et sans électricité. Sotchi et ses alentours ont subi un réel relooking: pas moins de 400kms de routes, 200kms de chemins de fer, 2 gares, 70 ponts, 12 tunnels, 480kms de gazoducs et un aéroport y ont été ajoutés. Sans compter 3 centrales thermiques et une centrale hydroélectrique pour alimenter la région. Rien que ça! Notons qu'il a tout de même fallu créer 11 sites olympiques dont le Palais des Glaces Bolchoï, le Centre de patinage artistique Iceberg ou le Stade olympique.sotchi3

Les organisateurs n'ont pas lésiné sur les moyens techniques pour la retransmission avec des caméras embarquées sur des motoneiges, des hélicoptères, des dirigeables et même sur des drones militaires. Rien n'était trop beau pour assurer le spectacle. A contrario, on a pu constater que les billets pour assister aux épreuves étaient parmi les plus abordables de l'histoire. 

Le coût des infrastructures et autres travaux dans la région s'élèverait quasiment à 33 milliards d'euros dont, il convient de le dire ici, plus de la moitié provient de capitaux privés. Ce qui laisse à penser que dans ces capitaux privés un élément a pu venir gonfler la note: la corruption. Oui, il parait qu'en Russie la corruption est bien présente et qu'elle aurait joué un rôle prépondérant dans le financement de ces travaux.

L'utilité future des infrastructures est remise en cause. La Russie saura-t-elle tirer profit de ces investissements massifs ou les édifices finiront-ils abandonnés comme à Pékin et Athènes où les seuls visiteurs sont les fantômes de sportifs déçus? L'avenir nous le dira. La ville de Sotchi, qui faisait déjà face à un marché de l'immobilier avec une offre supérieure à la demande, se trouve largement dépassée. Des solutions? Nul ne doute que le retour du Grand Prix de Formule 1 en Russie cette année, plus précisément en Octobre sur le circuit de Sotchi même, contribuera à rentabiliser en partie les infrastructures. Le contrat paraphé entre Bernie Ecclestone (patron de la Formule 1) et Vladimir Poutine (patron Russe) l'a été pour une durée de 7 ans. S'il prévoyait une facture globale de 200 millions de dollars, le final aurait dépassé les 350 millions de dollars. Rien à voir, bien sûr, avec la facture des Jeux.

Alors que l'heure est au bilan, en attendant les voitures de course, il va falloir éplucher l'addition et tirer des conclusions. Les JO ont fait bouger la terre entière, dont Twitter avec plus de 16 millions de tweets et de fortes audiences télévisuelles puisque la cérémonie d'ouverture a été suivie par près de 3 milliards de téléspectateurs. En janvier 2014, les JO avaient déjà rapporté 1 milliard d'euros de recettes marketing et la fréquentation de Sotchi avait doublé en 2013. De bon augure donc, pour cette "nouvelle ville" symbole de la puissance Russe. Il faudra néanmoins attendre que le climat tendu avec l'Ukraine se dissipe pour de bon afin d'évaluer avec plus de précision les retombées de ces Jeux et de déterminer si oui ou non, l'organisation de cet évènement est profitable.

Manuel Orengo

manu@kazeco.com

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