Le saviez-vous?

Sérendipité, toi-même !

Aux dires de certains, la réussite n’est jamais affaire de hasard. Pourtant, beaucoup d’avancées, d’innovations majeures, de découvertes capitales résultent de comportement parfois étranges, de négligences, voire d’erreurs. Kazeco et Eco Lab vous entraînent aujourd’hui sur le chemin de l’imprévu, de l’inattendue, de la fortuité, de la recherche d’un point « A » qui vous emmène finalement vers la solution « B », de la réflexion induite et des matins qui chantent après les successions d’échecs. Dans la vie des affaires, comme dans la vie tout court, tout n’est pas seulement affaire de calcul, mais aussi d’un généreux hasard dont les voies s’ouvrent bien sûr aux audacieux.

I. Il était une fois…

les princes de serendipHérité d’un conte perse et popularisé par l’écrivain anglais du XVIIIème siècle Horace Walpole, le terme Serendip désignait autrefois l’Ile De Ceylan, le Sri Lanka aujourd’hui. Dans le conte perse, trois princes voyagent et accumulent des découvertes par le biais d’observations reposant sur des faits parfois très ténus. Les indices les mènent sur des chemins de traverses qui s’avèrent cependant décisifs lorsqu’ils arrivent au bout de leur quête. Rien n’aurait même jamais été possible sans ces détours…

La sérendipité s’envisage alors comme la découverte accidentelle de quelque chose que l’on ne cherchait pas, mais qui s’avère souvent plus intéressant que l’objet de recherche que l’on s’était fixé jusqu’alors.

 

II. Cas pratiques

Adoptée par l’épistémologie moderne, la sérendipité est un principe reconnu, répondant à certains schémas.

 

  1. La sérendipité est affaire d’observation

Contexte: La solution est trouvée par hasard, ne repose pas sur un protocole de recherches déterminé, mais plus sur le sens de l’observation.

georges de mestralC’est en regardant une presse à raisins que Gutenberg eût l’idée de sa presse à imprimer.

C’est en promenant son chien que Georges de Mestral découvrit que des crochets de bardane collaient systématiquement au pelage de son chien après chaque balade. Plutôt que de modifier son trajet, Georges de Mestral pousse ses observations et extrait de la bardane une substance qui permettra quelques années plus tard de breveter le Velcro.

Ici, aucune invention ou découverte n’est recherchée, mais l’observation et la sagacité des inventeurs suffisent à mettre en exergue une idée ou une application.

 

  1. La sérendipité peut naître d’une négligence, d’une maladresse

Contexte: Ici, le protocole de recherche « A » donne bien lieu à la poursuite d’un objectif « A », mais par des moyens « B », alternatifs, inattendus et non protocolaires.

A la fin du XIXème siècle, le procédé de vulcanisation est un enjeu capital. Les applications industrielles de l’hévéa et surtout du caoutchouc attisent les appétits. Charles Goodyear cherche alors un moyen de stabiliser le latex. Un jour, il fait tomber par maladresse, un mélange de latex et de soufre sur un poêle. Le mélange est mis à la poubelle. Résistant et malléable, le résultat obtenu est attentivement observé par Charles Goodyear et donnera finalement lieu à des avancées majeures en matière de pneumatiques et à l’expansion d’une firme éponyme dont le succès n’est plus à faire.

Au XXème siècle, c’est le faux mouvement d’un ingénieur de chez Canon, Ichiro canon bj 80Endo, qui sera à l’origine de la célèbre Bubble Jet (imprimante à jet d’encre). En faisant tomber son fer à souder sur le col d’une seringue à encre, il observe le mécanisme de réchauffement d’encre qui sera à l’origine des têtes d’impressions.

Autre contexte: la négligence où la maladresse oriente une ramification de la recherche « A » vers un objectif « B », jusqu’alors inconnu.

Que dire en effet, de Percy Spencer responsable d’usine chez Raytheon qui passa en revue, dans l’un de ses ateliers, les équipements consacrés à la fabrication d’un radar, et qui vit après sa visite qu’une barre de chocolat avait fondu au fond de la poche de sa blouse. Né d’un usage alternatif d’ondes qui servaient normalement à calibrer les radars de l’armée américaine, le micro-onde devint quelques années plus tard le produit grand public phare de la firme.

 

  1. La sérendipité peut naître de l’erreur

Contexte : La sérendipité n’est pas une erreur, mais peut résulter d’une erreur. Sans cette erreur, il n’y aurait peut-être même pas eu de découverte. Le but « A » n’est pas atteint, mais des objectifs « B » ou « C » se révèlent.

Victime d’une double erreur, Christophe Colomb croyait atteindre les Indes en christophe colombnaviguant vers l’ouest en partant d’Espagne. S’appuyant sur les connaissances de son époque, mais aussi sur tout un imaginaire qui faisait des Indes le pendant unique de l’Europe et de l’Afrique, Christophe Colomb part avec une incroyable erreur de visualisation dans son esprit. Mais plus encore, il hypothèque les chances de succès de son expédition en affrétant trois caravelles avec un chargement en équipements et en vivres tout à fait insuffisant. Floué par les informations de son époque et ses propres calculs, Colomb sous-estime en effet la circonférence de la Terre à l’Equateur qu’il  évalue à 30.000 km, au lieu de 40.000 km !

En partant vers l’ouest, Christophe Colomb trouvera les Amériques et non les Indes qu’il souhaitait atteindre. En effectuant une erreur sur le calcul de la circonférence de la Terre, il entreprendra tout de même son voyage avec la confiance nécessaire à une telle traversée.

On peut encore citer dans la sphère médicale le cas du Viagra. Les recherches menées par le laboratoire Pfizer sur le citrate de sildénafil avaient originellement pour objectif de lutter contre les angines de poitrine. Sans succès. En revanche, elles servirent par un heureux hasard à traiter avec succès les dysfonctionnements érectiles.

viagra 

  1. La sérendipité est affaire de moment

Contexte: Bien sûr, tout est affaire de moment, me direz-vous. Mais faire preuve de sagacité au moment idoine attire aussi les phénomènes de sérendipité. Ici, l’inventeur se dirige tête baissée vers « A », mais comprend très vite qu’une évolution de « A » mènera à la réalisation d’un objectif « B », bien plus intéressant. Ce dernier principe n’est pas caractéristique de la sérendipité. Ajuster un business plan ou un business model, n’est pas en effet affaire de sérendipité, mais de décisions stratégiques qui doivent tout sauf au hasard. En revanche, dans la réalisation de chaque projet et en fonction de l’évolution de ceux-ci, la sérendipité, la possibilité de trouver autre chose que ce qui était prévu au départ, existe bien.

Ainsi, lorsque Mark Zuckerberg se remet d’une rupture amoureuse en créant dans son dortoir d’Harvard ce qui deviendra le plus grand réseau social connu à ce jour, ces objectifs de l’époque sont bien spécifiques : pouvoir identifier, classer et noter les jolies jeunes filles de l’université sur un intranet ouvert aux étudiants. Le service, nommé Facemash, connaît un vrai succès et Marc Zuckerberg, témoin de l’engouement général, en profite alors pour transformer le site en une plateforme sociale généraliste ouverte à tous.  

III. Appréhension du phénomène de sérendipité

Le phénomène de sérendipité se produit lorsque des accidents favorables arrivent à des personnes à l’esprit perspicace et sagace. Autrement dit, la sérendipité est affaire d’état d’esprit. Liste de quelques ingrédients :

- L’humilité et l’ouverture d’esprit. Elles sont nécessaires à la considération de résultats annexes ou d’échecs, qui sont peut-être des succès en devenir. Sur ce point, c’est la conception même de nos échecs qui est en cause. Alors que certains perçoivent les échecs comme des condamnations de la destinée, d’autres y verront plus pragmatiquement les résultats d’une expérience, qui à défaut d’avoir amené à la solution, apportent au moins des informations et donc une richesse. De ce point de vue, les échecs préparent les victoires, et seront toujours plus instructifs que ces derniers. Notre considération de ce qui est une réussite, et de ce qui est un échec est ici en cause. Pour les esprits préparés à la sérendipité, l’échec comme la réussite sont des résultats. Le travail quant-à-lui demeure l’élément le plus important.

 « Le hasard ne favorise que les esprits préparés » Louis Pasteur.

- L’obsession latente du besoin d’explication chez l’Homme, sa curiosité. Le train-train et la routine, y compris au sein de milieux compétitifs empêchent souvent de faire preuve d’ouverture d’esprit. Un protocole canalise des efforts de recherches, mais réduit le champ des possibles par souci d’efficacité, et c’est tant mieux. Cependant, les structures de recherches et de développement les plus avancées savent aussi sortir des protocoles. Ainsi, lorsque certaines sociétés décident d’augmenter le nombre de leurs expérimentations, d’organiser des rencontres pluridisciplinaires, ou d’octroyer un temps libre de recherche individuel aux salariés dans le cadre de leurs horaires de travail (comme chez Google), celles-ci attisent la sérendipité. Elles redonnent ainsi à l’homme sa capacité fondamentale à utiliser son intuition.

- Le paramètre irréductible : l’action

Trouver ce à quoi l’on ne s’attendait pas, c’est avant tout chercher. Ni « A », ni « B », ni tous les alphabets du monde ne vous seront accessibles si vous n’orientez pas votre esprit vers des objectifs de recherches, mais aussi et surtout d’ouverture d’esprit.

La multiplication des actions vaut multiplication des retours sur expériences et donc des données empiriques. La persévérance est alors la mère adoptive de la sérendipité. En effet, c’est seulement après la découverte que l’on se rend compte de l’utilité des tentatives menées et des bienfaits de la persévérance.

Et oui, la sérendipité peut quelques fois sembler magique, mais elle ne reste que le bonus éventuel d’un travail acharné s’offrant aux esprits humbles et ouverts.

Le fait divers est connu aujourd’hui, mais il reste fort de sens. Un journaliste vint un jour interroger Thomas Edison et lui demanda « Combien de fois allez-vous échouer dans vos tentatives de fabrication de l’ampoule électrique ? ». Le génial inventeur aurait répondu : « Mon garçon, je n’ai pas échoué, j’ai simplement trouvé une nouvelle manière de ne pas inventer l’ampoule. »

edison

La réponse semble triviale, mais il est difficile d’être cynique à l’égard de l’homme qui essaya plus de 2000 composants avant d’arriver à ses fins. Inventeur de l’ampoule, des premiers systèmes de distribution électriques, du phonographe, et de 2332 inventions brevetées de par le monde, Thomas Edison reste un des plus grands inventeurs de tous les temps. Un travailleur acharné, abonné aux tentatives fructueuses ou infructueuses… cela ne l’empêchait d’ailleurs pas de continuer.

 Serendipité, toi-même! Seconde partie

 

 

David Dayan

david@kazeco.com

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