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Rapport Attali sur la francophonie économique

Mardi 26 août 2014, Jacques Attali a remis à François Hollande son rapport, commandé un an plus tôt, sur la « Francophonie Economique ». La problématique en question est traditionnellement peu évoquée par nos gouvernants ou nos grands chefs d’entreprises, mais revêt cependant une importance stratégique à ne surtout pas nier plus longtemps, à en croire le dit rapport.

francophonie economique

Communauté linguistique, communauté économique et communauté d’intérêts semblent faire bon ménage. Comme le rappelle le rapport « deux pays partageant des liens linguistiques tendent à échanger environ 65% plus que s’ils n’en avaient pas ».

Retour sur notre langue, son potentiel et sa richesse… dans tous les sens du terme.

 

La francophonie est une ressource économique à part entière, mais négligée

Le premier point évoqué fait œuvre de constat : le potentiel de la francophonie est sous-estimé. Il est pourtant bien réel. La francophonie représenterait aujourd’hui le 6ème espace géopolitique par sa population (211 millions de francophones), soit 4% de la population mondiale et pourrait devenir le 4ème à l’horizon 2050.

 

francophonie economique2Répartition de la population francophone dans le monde

 

Le rapport insiste également sur la forte corrélation entre communauté économique et linguistique : « L’ensemble des pays francophones et francophiles représente 16% du PIB mondial, avec un taux de croissance moyen de 7% et près de 14% des réserves minières et énergétiques. »

37 pays, dont 13 ayant le français pour seule langue officielle sont aujourd’hui dans l’ensemble francophone. L’ensemble comprend également des pays où le français n’est pas la seule langue officielle, des pays ou au moins 20% de la population parle le français (au Maghreb, par exemple), mais aussi des diasporas éparses (Français de Londres, de New-York, de Hong-Kong…) dont l’influence est parfois plus importante que le nombre.

Un second ensemble de 41 pays, constitués par des pays francophiles, où moins de 20% de la population parle le français, mais où les populations ont un intérêt pour la culture et la langue française est également évoqué au sein du rapport. Loin d’être marginal, cet ensemble affiche un réel dynamisme. Entre 2004 et 2012, les pays francophiles d’Asie (+12%) et d’Afrique (+22%) affichent une impressionnante croissance en volume de leur PIB, dont la France aurait tout intérêt à être le partenaire privilégié. D’autant qu’en 2012, l’ensemble des pays francophiles représente aujourd’hui 10% des importations de biens et services au niveau mondial.

Fouillé, le rapport dresse également le bilan de l’image de marque globalement positive des grands noms de l’industrie et du commerce français, des succès internationaux de son cinéma, de la prédominance mondiale du système de droit civil à l’échelle de la planète, dont la France est une grandes références, mais aussi de la qualité des ingénieurs français qui représentent aujourd’hui la première communauté européenne de la Silicon Valley (60.000 ressortissants).

Avec aujourd’hui 50 millions d’apprenants de la langue française, celle-ci s’exporte donc dans des conditions favorables de réussite. Pourtant, son essor pourrait bien être menacé.

Un risque d’effondrement de la francophonie

La francophonie n’est pas un bien acquis. Exemples historiques à l’appui, le rapport évoque le recul de la langue française en Europe suite aux campagnes napoléoniennes. Mais loin de s’enterrer dans une époque révolue, le rapport nous parle de la nôtre et du volontarisme nécessaire à maintenir une communauté de langue.

L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIT), l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE), les alliances françaises sont les fers de lance de la francophonie. Le budget de l’Etat contribue à plus de la moitié du financement de l’ensemble des organisations francophones. Pourtant, entre 2010 et le 1er mai 2014, les contributions versées par la France aux institutions francophones ont chuté de 23%, et le rapport tire la sonnette d’alarme à l’encontre de tout dérapage en ce sens.

Le désengagement de l’Etat de sa politique en faveur de la francophonie peut également être interprété comme un signe de faiblesse, à l’heure où des pays francophones sont de plus en plus tentés de se rapprocher de pays anglo-saxons plus dynamiques économiquement. En Afrique, terre d’accueil privilégiée de la langue française, les instituts Confucius chargés par Pékin de l’apprentissage du chinois à l’étranger peuvent également se reposer sur une influence économique grandissante de la Chine dans cette partie du monde.

Le rapport, dans un essai de prospective, envisage un éventuel recul de la francophonie, une perte des accès aux marchés étrangers qui pourrait se traduire par la destruction d’un demi-million d’emplois d’ici 2050.

Les propositions du rapport

Les 53 propositions du rapport sont orientées autour de 7 axes :

 

L’intérêt de la plupart des recommandations repose sur leur caractère pragmatique et la possibilité de les appliquer rapidement sans grands efforts de transposition.

Si celles portant sur la promotion de la langue française et la création d’établissements d’enseignements semblent avant tout reposer sur le budget de l’Etat, d’autres risquent de se heurter à des changements de perspectives, comme par exemple au sujet de nos politiques migratoires : obtention plus rapide de visas pour touristes et étudiants francophones, guichets pour les francophones dans les aéroports des pays francophones, à l’instar de ce qui existe dans l’espace Schengen. Il y a aussi les propositions créatives, celles qui rappellent l’influence du Jacques Attali de PlaNet Finance, comme celle visant à faciliter la collecte et la mobilisation de l’épargne des pays francophones d’Afrique.

Bilan

Dans son ensemble, le rapport dresse le bilan d’une situation où l’investissement de la France à l’égard de sa politique de la francophonie relève d’un « altruisme rationnel », selon les propres termes des rédacteurs. L’investissement dans la francophonie n’est pas une politique de développement à l’ancienne faite d’une accumulation de dispensaires et de missions, mais plutôt une affaire d’échanges culturels et technologiques favorisés par l’émergence des nouvelles technologies. La « francophonie économique » et ses propositions ont le mérite d’être dans la modernité et orientent les futures relations de la France avec les pays francophones et francophiles vers un système simplifié, où la langue s’apprend au travers de cours en ligne (MOOC), par le biais d’un site de vidéo à la demande (VOD) uniquement francophone et où les échanges économiques et technologiques se font au travers de clusters (grappes d’industries) francophones. Entre mise en valeur d’un héritage culturel et juridique traditionnel et pari sur l’avenir, le rapport dispose d’un fort potentiel de propositions.

La réalisation de quelques-unes des 53 propositions, pourrait participer d’une relance du rayonnement de la France à l’étranger, de celle de son commerce extérieur, mais aussi contribuer à sa vision du monde au XXIème siècle, dans lequel nul ne saurait vivre en vase clos.

 

David Dayan

 
david@kazeco.com
 
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