Résultats des entreprises : que faut il en tirer?

Une semaine chargée s’annonce des deux côtés de l’Atlantique. Les publications des sociétés européennes et américaines vont se poursuivre et s’intensifier en Europe. Mais, sans être négatif, les investisseurs ne semblent pas trouver un moteur puissant à la hausse des indices dans les discours des entreprises. Un premier bilan peut être réalisé sur les présentations des entreprises américaines (48% des valeurs du S&P 500 ont publié) et de quelques valeurs européennes. Les résultats ou les perspectives restent mitigés, sans forcément être très négatifs. Mais, l’idée d’une croissance Mondiale « molle » est confirmée au travers les chiffres d’affaires des sociétés et des discours tenus lors des conference call…

 

Les publications de résultat des sociétés ont été nombreuses ces derniers jours, surtout aux Etats-Unis. Un peu moins de la moitié du S&P 500 (45% exactement), ont publié leurs résultats. Sans surprise, 78% des entreprises ont publié des profits par actions au-dessus des attentes du consensus. Mais, comme toujours, les entreprises guidant les attentes des analystes et grâce au programme de rachat d’actions, cette statistique a perdu un peu de son sens. Centaines entreprises américaines, comme par exemple PepsiCo, connaît un recul de ses profits sur un an mais améliore ses EPS grâce la réduction de son flottant. Toutefois, il faut reconnaître que 63% des entreprises américaines battent les attentes des analystes sur leur chiffre d’affaires, mais souvent de peu (l’erreur médiane du consensus est d’à peine 1%).

Au niveau des entreprises, sur un échantillon nettement moins important des entreprises de l’EuroStoxx large, seulement 41% des entreprises annoncent un chiffre d’affaires au-dessus des attentes mais pour 63% des publications, les bénéfices par action sont au-dessus des attentes. Mais, comme toujours, il est réducteur de se limiter à ces quelques statistiques pour conclure à une saison des earnings positives.

 

         Les enseignements des publications des entreprises américaines…

Les publications des deux dernières semaines aux Etats-Unis permettent de faire un bilan sur le second trimestre, au-delà des « surprises » statistiques sur les publications.

La première bonne nouvelle est liée aux publications concernant les sociétés technologiques, heureusement ! Ces valeurs ont un niveau de valorisation élevé mais elles n’ont pas déçues sur leurs publications. Facebook annonce une croissance de 61% de son chiffre d’affaires sur un an. Pourtant, la société n’est plus une « small caps » avec un chiffre d’affaires trimestriel proche des 3 Mds $. Google connaît une croissance de 22% de ses ventes. Certes, les résultats d’Apple peuvent paraître plus mitigés, mais malgré des modèles vieillissants le groupe annonce une hausse de ses marges alors que Samsung a réalisé un profit warning sur le trimestre. Le groupe américain laisse inchangé ses prix de vente, alors que les prix des composants reculent. Dans le même temps, Samsung supporte une forte hausse de ses dépenses marketing et du prix moyen de ses terminaux face à la concurrence des autres constructeurs Chinois. Texas Instrument ou Microsoft, en pleine adaptation de leurs activités, n’ont pas déçus les investisseurs qui « achètent » le discours des deux entreprises. Certes, il existe des déceptions, comme Sandisk, AMD ou Qualcomm, par exemple, mais sur les principales capitalisations de la côte technologique américaine, ces publications sont positives et justifient la valorisation élevée de ces entreprises. Google et Facebook trop chères ? Les deux entreprises détiennent 60% du marché publicitaire de la téléphonie mobile. Ce marché est appelé à croître et à être véritablement en concurrence avec les autres médias. Facebook met en avant que les campagnes publicitaires sur mobile via sa plateforme sont plus efficaces que les médias traditionnels dans les pays émergents, comme l’Inde, et Google annonce une hausse, déjà initiée, des prix de la publicité sur mobile grâce à la fonction géolocalisation. Mme Yellen s’était inquiétée de « certaines valorisations exercices de valeurs dans les médias sociaux », mais ces publications ne militent pas pour l’ouverture des soldes sur ces valeurs. Elles sont chères, mais elles le valent bien !

Parmi les autres publications positives, très logiquement, le secteur des semi-conducteurs et des composants électroniques, profite de la bonne santé du marché des smartphone/tablette dans le monde, c’est le cas des divisions électroniques de Dow Chemical ou de 3M (+ 11%).

Le secteur bancaire a tenu un discours très positif pour les prochains mois. Les contraintes sur ce secteur restent inchangées comme les pressions sur la marge d’intérêt ou la faible demande de crédit, mais tous anticipent une amélioration de la conjoncture, notamment américaine, sur le second semestre. Les discours étaient positifs.

Il reste le secteur industriel au sens large. Les publications sont nettement plus mitigées. La synthèse de ces publications est d’autant plus difficile que les entreprises d’un même secteur annoncent, parfois, des résultats très contradictoires, comme, par exemple Coca-Cola qui déçoit et PepciCo qui surprend agréablement. Que retenir de ces publications ?

Dans le secteur des biens de consommation courants, les pressions sur les prix de vente restent fortes. Coca-Cola a stimulé ses ventes grâce à d’importants investissements publicitaires, notamment pour le mondial de Football, par contre PepsiCo a réussit à améliorer ses marges par une réduction des coûts de ses inputs et de ses coûts de production. Kimberly-Clark connaît une hausse des prix de ses matières premières, et observe une contraction de ses marges. Conséquences, des publications mitigées entre ces valeurs d’un même secteur, mais elles ont un point commun : le pricing power est faible sur le consommateur. Le plus troublant est peut-être au niveau du discours sur les émergents. Ils différent selon les entreprises de ce même secteur. L’Amérique Latine reste, globalement, une source de déception.

Par contre, un secteur, dans ces biens de consommation, échappe à la morosité : le secteur automobile. Les constructeurs automobiles réussissent à relever leurs marges sur le marché américain grâce à des hausses de prix (baisse des primes à l’achat des constructeurs) et grâce à leurs efforts de restructuration effacent leurs pertes sur le marché européen, certes parfois, comme dans le cas de Ford, au prix de perte de part de marché. L’Amérique Latine reste mitigée mais le marché chinois est un moteur exceptionnel au marché automobile mondial, une bonne nouvelle pour les équipementiers.

Les discours sont très positifs dans le secteur aéronautique civil. La phase de renouvellement des flottes, pour des appareils consommant moins de carburant est loin d’être finie pour Boeing qui a va observer encore une forte croissance de son carnet de commandes malgré des livraisons en hausse. Dans le civil, Boeing offre une visibilité de 5 ans de production, une bonne nouvelle pour ses fournisseurs ! Au niveau des activités militaires, les discours sont nettement plus négatifs. Rockwell Collin, Lockheed Martin ou la division militaire de Boeing ont présenté des résultats mitigés. Les budgets militaires d’investissement aux Etats-Unis sont incertains et sont réduits drastiquement en Europe.

Enfin, il est difficile d’avoir une vision claire pour les autres secteurs industriels, notamment sur le pays émergents. Le risque Russe/Ukrainien est mis en évidence par Dow Chemical ou les équipementiers pétroliers. Visa observe un recul de la transaction transfrontalière dans la zone, montrant un début de tassement de l’économie. Les financements plus compliqués en dollar pourraient induire des reports de projet dans l’industrie énergétique Russe. Ford et GM sont inquiets du recul violent du marché automobile Russe. Les chefs d’entreprises sont prudents face aux incidences des tensions géopolitiques et économiques sur les pays de l’Est. L’Amérique Latine est très incertaine mais le plus étonnant est sûrement les discours sur la Chine. United Technologies, via sa filiale d’ascenseur, Otis, annonce une reprise de la demande en Chine mais les chimistes américains sont plus modérés considérant que le « rebond de la croissance » est nettement plus faible et limité que lors des précèdent plans de soutien du gouvernement chinois. Au total, la visibilité sur les pays émergents reste contrastée et divers. Il est difficile d’annoncer un « effet émergent » très positif dans les résultats des entreprises dans les prochains trimestres.

Au total, ces publications restent globalement positives mais difficile d’isoler des « discours euphoriques » lors des conference call. L’heure est toujours à la réduction des coûts, au maintien au plus bas des stocks… et au retour d’une grande partie du free cash flow aux actionnaires (entre 50% et 80% en moyenne). Hormis dans le secteur technologique, les perspectives de croissance de ventes restent modestes, d’où finalement le manque d’enthousiasme à ces publications…

 

         … et européennes.

La saison de publication des résultats a véritablement démarré la semaine dernière en Europe, ou plutôt dans la zone euro car les valeurs britanniques, nordiques et suisses, ont commencé leurs publications pendant les 2e et 3e semaines de juillet.

Si les publications sont globalement solides aux Etats-Unis, en particulier sur les EPS (dopés par les rachats d’actions), moins sur les bénéfices, elles sont plus mitigées en Europe. Dans certains secteurs, comme Alimentations & Boissons, les effets change restent substantiels. Si la plupart des groupes cotés prévoient une atténuation de ces effets au S2, les relèvements de guidance sont rares et les discours des dirigeants ne traduisent pas d’anticipation d’une accélération prochaine de l’activité. Par ailleurs, la géopolitique est de plus en cité comme un risque susceptible de peser sur les résultats d’ici la fin de l’année.

La semaine dernière, plusieurs publications furent marquantes. Philips a déçu lundi, en raison de la dégradation de la performance dans sa branche Santé. Mais le titre a limité la casse et même terminé la semaine en hausse car les commandes devraient repartir au S2, après un S1 marqué par le gel des investissements dans certains hôpitaux américains en raison de la réforme Obamacare. Mardi, Credit Suisse a peu réagi après des résultats sans surprise dans le rouge en raison du règlement d’une affaire judiciaire aux Etats-Unis, qui a contraint la banque à payer une amende aux autorités. Par contre, Publicis a perdu 4,7% le même jour, en raison d’un ralentissement plus fort que prévu de sa croissance organique. Contrairement à Omnicom, qui résiste bien mieux. Publicis devrait réviser son plan stratégique à horizon 2018 d’ici la fin de l’année car les objectifs ne sont plus tenables.

Mercredi, Alstom a rassuré sur sa branche Transports, celle que le marché va surtout scruter dorénavant. Les prises de commandes sont solides, même si un seul contrat, en Afrique du Sud, représente la moitié de l’activité promise. STMicroelectronics a perdu 5,8% alors que le marché doute que le groupe soit en mesure de faire grimper sa marge à 10% l’année prochaine, comme le prévoit la guidance du groupe. Pas de surprises du côté d’ABB, toujours impacté par sa branche Power Systems ni du côté de Daimler, en bonne voie pour atteindre ses objectifs et qui poursuit sa croissance rentable.

Jeudi, Technip a perdu 8,7% malgré un relèvement de ses prévisions de CA. Il faut dire que le discours du groupe dénote clairement que les commandes deviennent plus dures à obtenir, d’une part en raison des donneurs d’ordre, qui deviennent plus sélectifs et réduisent leur enveloppe d’investissement et d’autre part en raison de la concurrence qui casse les prix pour remplir des carnets de commandes exsangues. A l’inverse, Dassault Systèmes a gagné plus de 5%, porté par une croissance à change constant à deux chiffres et une marge plus solide que prévu. Le groupe conquiert toujours autant de nouveaux clients. Nokia a gagné plus de 7% et a rassuré le marché sur sa capacité à vivre correctement avec sa branche Réseaux, qui représente désormais 90% des revenus et dont la profitabilité est ressortie supérieure aux attentes. Enfin, BASF a dévoilé des résultats mitigés, avec une révision à la baisse des scenarios de croissance du groupe dans plusieurs pays émergents.

Vendredi, LVMH a animé la cote avec des résultats assez nettement sous les attentes. La croissance organique a fléchi au T2 malgré la refonte de la gamme de produits Louis Vuitton. Les chinois consomment moins, aussi bien à Hong Kong qu’en Chine ou en Europe lorsqu’ils viennent en touristes. LVMH a entrainé tout le secteur du Luxe à la baisse. Danone a publié des résultats sans upside particulier avec une performance qui reste difficile dans la nutrition infantile. Par contre, Air France-KLM a surpris favorablement avec des résultats meilleurs que prévu 2 semaines après la révision à la baisse de sa guidance annuelle.

Globalement, les réactions positives aux publications furent concentrées sur le secteur de la Technologie la semaine dernière. Outre Nokia et Dassault Systèmes, le britannique ARM Holdings a également gagné plus de 5% mardi. En dehors de ce secteur, les publications sont soit sans surprise, soit décevantes. La semaine qui démarre aujourd’hui et la suivante concentreront le gros des publications en Europe, avec les banques notamment.