Le saviez vous

Quand col blanc rime avec délinquant...

Loin de n’être que le fait de truands à la petite semaine, la délinquance est aussi l’apanage des classes sociales aisées, des cadres d’entreprises assumant d’importantes responsabilités ou de patrons d’établissements financiers gérant plusieurs milliards de dollars.

Délinquants et criminels en col blanc sont d’ailleurs souvent à l’origine d’arnaques, d’escroquerie ou de négligences dont les effets dévastateurs ne se résument pas au simple cambriolage. Banques mises en péril, retraites d’employés sacrifiées, entreprises en faillite, petits porteurs et gros investisseurs floués forment bien souvent le cortège des victimes de cette délinquance de haute volée. Acteurs, complices, mais parfois aussi fusibles d’un système opaque, les délinquants en col blanc illustrent les hauts et les bas de pratiques financières, commerciales et entrepreneuriales qui ne semblent déranger personne lorsque tout va bien, mais dont les conséquences font souvent réfléchir. Petit florilège…

 

 10. John Rusnak – Montant : 691 millions de dollars – Peine de prison : 7 ans et demi

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C’est en entrant de fausses options sur son ordinateur que John Rusnak, jeune trader sur le marché des changes, embauché par la Banque Allfirst en 1993, pensait pouvoir masquer ses pertes. Entêté dans une stratégie d’achat visant l’appréciation du Dollar américain face au Yen, Rusnak ne prit pas la peine de couvrir ses mouvements avec de nouveaux contrats, persuadé que son approche du marché était la bonne. Manque de chance pour lui et pour sa banque, les choses n’allèrent pas dans le sens qu’il envisageait. Les pertes furent colossales.

Ne s’étant jamais enrichi à titre personnel suite à ces opérations frauduleuses, réalisées au nez et à la barbe de la banque, Rusnak fit également amende honorable en renseignant abondamment le FBI sur les techniques qu’il utilisa.

 

  1. Robert Maxwell – Montant : 7 milliards de francs (1991), approximativement 1 milliard d’euros

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Self-made man devenu magnat de la presse britannique, Robert Maxwell a souvent appuyé l’expansion de son empire sur de gigantesques emprunts que les plus gros établissements bancaires de la planète étaient bien évidemment toujours prêts à lui accorder. En 1991, au bord du gouffre financier, Robert Maxwell alla même jusqu’à puiser 7 milliards de francs dans les pensions de retraite de ses salariés pour éponger ses dettes. Disparu le 5 novembre 1991 dans des conditions énigmatiques, alors qu’il croisait sur son yacht au large des îles Canaries, Robert Maxwell laissa derrière lui d’énormes dettes et des pensions de retraites vidées, au secours desquelles le gouvernement britannique allait alors devoir se porter.

 

  1. Enron – Montant : 1 milliard de dollars – Peine de prison : Multiples

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Scandale financier de l’année 2001, la faillite d'Enron eut pour origine des pratiques comptables opaques, couvertes par un large réseau de sociétés-écran et une direction vraisemblablement peu scrupuleuse. En contractant des dettes via ses filiales, habilement dissimulées dans des paradis fiscaux, Enron fit sortir des centaines de millions de dollars de son passif et put ainsi rassurer des milliers d’actionnaires et d’investisseurs enthousiastes pendant plusieurs années. La crise des valeurs technologiques de 2001 fit finalement tomber la supercherie. Enron annoncera officiellement sa faillite le 2 décembre 2001.

Andrew Fastow (Directeur Financier), Rick Causey (Directeur de la Comptabilité), Jeffrey Skilling (PDG) écopèrent respectivement de 6, 7 et 24 années de peines d’emprisonnement.

 

  1. Toshihide Iguchi – Montant : 1.1 milliard de dollars – Peine de prison : 4 ans

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Trader pendant vingt ans au sein de la filiale new-yorkaise de la banque Daïwa, l’histoire de Toshihide Iguchi est celle du joueur de casino qui continue invariablement de parier, espérant à chaque coup de dés combler des pertes qui ne font en fait que s’accumuler. Sauf que là, le petit jeu dura onze ans !

C’est en effet en essayant de masquer une perte de 50 000 dollars datant de 1983, que Toshihide Iguchi mit sa main dans l’engrenage infernal. En jouant sur le marché des bons du Trésor Américain, sans autorisation de sa banque, il multiplie rapidement ses pertes par trois avant que celles-ci n’atteignent les 560 millions de dollars en 1989 et doublent finalement au milieu des années 1990. Profitant de ses responsabilités élevées et d’un compte qui lui est ouvert à la Bankers Trust, Iguchi modifie à l’envi le solde du compte bancaire « distant », échappant dès lors à la régulation de la banque Daïwa, mais aussi à celle des autorités américaines.

Le 24 juillet 1995, les suspicions autour de Daïwa sont trop fortes et poussent Iguchi à écrire une lettre à ses supérieures où l’essentiel de la supercherie est dévoilé. A l’opposé du portrait du jeune loup, Toshihide Iguchi fut aussi le symbole d’une régulation et d’un système défaillant, allant bien au-delà des manœuvres d’un seul homme.  

 

  1. Nick Leeson – Montant : 1.4 milliard de dollars – Peine de prison : 6 ans et demi

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Largement commentée et mise en lumière par le film Rogue Trader et une belle interprétation d’Ewan Mc Gregor, l’histoire de Nick Leeson fut aussi celle de la chute de la banque Baring’s. Trader au bureau de Singapour de la banque, il utilise le compte « error » de son établissement – normalement utilisé pour rassembler les erreurs de tradings effectuées par simple négligence des traders – pour y stocker les résultats de ses mauvaises opérations. Acculé, démentant toute utilisation inopportune du dit compte, Leeson essayera une dernière fois de récupérer ses pertes le 16 janvier 1995 en renforçant fortement ses positions sur les bourses de Tokyo et de Singapour. Le 17, le tremblement de terre de Kobe mettra fin aux ambitions de Leeson. Il quittera immédiatement Singapour en ne laissant qu’une simple note derrière lui : « Je suis désolé ».

 

  1. John et Timothy Rigas – Montant : 2,3 milliards de dollars – Peine de prison : 15 et 20 ans

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Père et fils, John et Timothy Rigas furent à la tête de l’empire familial Adelphia Communications. Instigateurs d’une large fraude portant sur le détournement de 2,3 milliards de dollars levés auprès des investisseurs de leur société. En tout, près de 3 milliards de dollars d’emprunts échappèrent aux comptes officiels de la société et garantissaient ainsi les agissements illicites des dirigeants.

 

  1. Worldcom – Montant : 3,8 milliards de dollars – Peine de prison : 25 ans

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Devenu richissime grâce à l’explosion considérable de la valeur des actions Worldcom, société dont il était alors le PDG, Bernard Ebbers avait tout intérêt à ce que celles-ci restent au plus haut. Le cours des actions Worldcom partit toutefois fortement à la baisse après l’échec d’une fusion avec le groupe de télécommunication Sprint. Souhaitant protéger sa situation personnelle, Ebbers mit alors tout en œuvre pour maquiller la situation comptable réelle de son entreprise. Une situation qui ne fit finalement qu’empirer, jusqu’à qu’une équipe d’auditeurs internes dévoile en 2002 l’existence d’une fraude comptable globale de 3,8 milliards de dollars.

 

  1. Jérôme Kerviel – Montant : 4,8 milliards d’euros – Peine de prison : 5 ans de prison (3 ferme)

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C’est au début de l’année 2008 que Jérôme Kerviel, trader junior de la Société Générale, se fit connaître du monde entier en engageant des montants dépassant largement l’ensemble des positions de sa banque sur les marchés. Mis en cause par la Société Générale, Jérôme Kerviel s’oppose depuis lors à son ancien employeur dans une bataille juridico-médiatique largement relayée par les médias français et internationaux. Trader isolé unique responsable, ou banque dépourvue de mécanismes de contrôles efficaces, la perte de 5 milliards de la Société Générale a marqué les esprits et relancé les débats sur l’état de notre régulation des marchés financiers.

 

  1. Allen Stanford – Montant : 8 milliards – Peine de prison : 20 ans

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A la tête de la Standford International Bank, Allen Stanford fit les choses rondement. Si son établissement émis à la direction de ses clients 8 milliards de « certificats de dépôts » promettant des taux de rendements extraordinaires, Stanford s’attribua en chemin 1 milliard de dollars à titre d’emprunt, puis continua d’acheter avec les 7 milliards restants des actifs à la rentabilité quasi-inexistante… Sa chaîne de Ponzi ne tarda pas alors à s’effondrer et à attirer l’attention d’analystes financiers, puis celle d’un bloggeur qui dévoila finalement l’affaire au grand jour.

 

  1. Bernard Madoff – Montant : 65 milliards – Peine de prison : 150 ans

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C’est sans aucun doute, le cas le plus connu, celui que l’on ne présente plus. A l’image de Stanford, Madoff joua le jeu de la chaîne de Ponzi en payant ses premiers clients avec l’argent des seconds et ainsi de suite, tout en promettant des taux de rendement défiants toute concurrence. La crise bancaire de 2009 épuisa finalement le système Madoff. Dans une situation de panique des marchés, les premiers clients désireux de réclamer leurs fonds placés auprès du financier furent les seuls à pouvoir récupérer leurs billes. Les autres se retrouvèrent face une absence totale de liquidité, finalité rédhibitoire des chaînes de Ponzi.

 

David Dayan

david@kazeco.com

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