La Chronique du Chef Economiste

Premier bilan des résultats des sociétés US

Les regards des investisseurs vont encore se focaliser, cette semaine, sur les résultats d’entreprises. Certes, mercredi soir, la banque centrale américaine devra publier son communiqué final après une réunion de deux jours de son comité de politique monétaire. Les indicateurs publiés depuis sa réunion de juin et l’absence de « crise financière » après le Brexit pourrait inciter la banque centrale à durcir le ton et tenter de préparer les investisseurs à une hausse des taux directeurs en septembre. Mais, nous anticipons peu de changement dans le discours du Fed qui devrait, à l’image du G20 finances de ce week-end, souligner essentiellement les incertitudes sur l’économie mondiale, d’autant que cette réunion ne sera pas suivie de conférence de presse de Mme Yellen… L’attention des investisseurs devrait donc se porter essentiellement sur les publications de résultat des sociétés. Du côté des Etats-Unis, 194 sociétés annonceront leurs résultats (à la fin de la semaine près de 60% des entreprises du S&P 500 auront publié leurs résultats). Du côté de l’Europe, la saison des publications débute cette semaine. Mais, nous pouvons déjà réaliser un premier bilan des 103 publications américaines sur le second trimestre. Globalement, le discours du management des valeurs du S&P 500 est plus positif à cette mi-2016, un signal pour une accélération de la croissance mondiale dans les prochains mois ?

Un premier bilan des publications des entreprises américaines…

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La publication des résultats des entreprises sur le second trimestre a été un soutien à l’orientation de Wall Street. Près de 25% des entreprises de l’indice S&P 500 ont révélé leurs résultats : 77% annoncent des EPS au-dessus du consensus et 59% affichent un chiffre d’affaires meilleurs qu’anticipés (vs 45% en moyenne sur les derniers trimestres). Plusieurs managements relèvent leurs guidances annuelles lors de ces publications. Toutefois, le consensus des analystes, à 12 mois, reste prudent. Le PER à 12 mois monte à 17,4x les bénéfices et les attentes sur les EPS des prochains trimestres restent révisés à la baisse.

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De fait, pour le moment, le consensus des EPS est révisé à la hausse essentiellement sur le deuxième trimestre. Le recul des EPS sur un an est, maintenant, attendu en baisse de 2,9% contre – 4,4% avant la publication d’Alcoa. Mais, les attentes sur le troisième trimestre, et suivants, n’ont pas été encore « ajustées ». Malgré un discours plus positif lors des conference call, le consensus des analystes semble encore prudent dans ses projections à court terme. Pourtant, nous observons une réelle amélioration du discours des chefs d’entreprises à l’issu de ce premier semestre 2016.

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Le premier élément positif, expliquant en grande partie les révisions à la hausse des attentes sur les EPS en 2016 est liée aux « effets change ». Microsoft, Mattel, IBM, Pepsi Co, Whirlpool… anticipent des « effets change » plus neutres sur la seconde partie de 2016 et expliquent en grande partie la révision à la hausse de leur guidance. Certes, cet effet est purement comptable et intrinsèquement les discours restent prudents sur les perspectives sur la croissance mondiale.

De plus, Hasbro, par exemple, a souffert du recul de la livre face au dollar après le Brexit. Mais, les chefs d’entreprises ne se montrent pas excessivement inquiets face à ce risque et n’annoncent par une « crise financière ». Seulement quelques entreprises annoncent un gel de leurs investissements aux Royaume-Uni, comme la banque Goldman par exemple, mais la majorité des discours est plus neutre. Les perspectives sur la croissance dans le pays est plus incertaines mais le discours dominant est plutôt « wait and see ». Ainsi, globalement, le discours est clairement que l’environnement international reste difficile et incertain, mais il ne connait pas de dégradation.

Le discours de plusieurs managements est aussi plus positif sur la situation dans les émergents. Citigroup indique anticiper un recul du risque crédit dans les principaux pays émergents au second semestre. Hors Venezuela, les discours sont plus positifs sur l’Amérique Latine. L’Asie reste aussi une source de croissance avec une perception de l’économie Chinoise plus optimiste. Yum Brand ! observe un net rebond de ses ventes, notamment sous sa marque KFC, en Chine. Qualcomm a réussi à renégocier avec les fabricants chinois le paiement de ses licences… Le pays n’est plus une source d’inquiétude et retrouve son rôle moteur dans les résultats des entreprises. Certes, Alcoa a révisé à la hausse ses projections de production d’acier de la Chine (+ 3% cette année). Le gouvernement chinois a mis de côté sa volonté de réduire ses capacités de production. Mais, les scénarios les plus négatifs sur la croissance du pays ne sont plus présents dans les discours des chefs d’entreprise.

Au niveau de la demande intérieure, le secteur bancaire a fourni une image positive de l’économie américaine, globalement. Les marges des banques restent sous pression du fait du recul des taux longs et d’une forte concurrence entre les établissements bancaires. Mais, les CEO restent optimistes sur l’orientation du marché immobilier et la distribution de crédit aux ménages. Certes, les provisions pour risque crédit sont en hausse et les banques annoncent une remontée de leurs réserves sur le trimestre. Mais, ce mouvement s’explique en grande partie par un « effet secteur énergétique » en fonction de la qualité crédit du portefeuille de prêt à ce secteur. Wells Fargo, par exemple, dispose clairement d’un portefeuille de crédit moins bon que ses homologues, mais il ne représente moins de 2% de l’encours de ses prêts. Le risque est nettement moins important que lors de la crise des subprimes. Certes, JP Morgan s’est inquiété des risques autour des crédits à la consommation, notamment automobile. La forte concurrence dans ce secteur induit des « prises de risque excessives » dans la distribution de ce type de crédit. Mais, pour de nombreux acteurs du secteur, les crédits à la consommation restent très rentables comme pour AMEX ou DFS. Ce dernier annonce un taux d’intérêt moyen supérieur à 11% et en hausse de 30 pb sur un an ! Le risque crédit est peut-être en hausse mais il est clairement bien rémunéré. Les banques sont unanimes pour tenir des discours positifs sur la croissance domestique avec un marché du travail solide. Il n’y a pas de signal de retournement de l’activité sur les Etats-Unis ou plus globalement sur l’Amérique du Nord.

Le discours est même étonnamment très volontariste pour les équipementiers pétroliers comme Haliburton ou Schlumberger qui annoncent un point bas dans les investissements dans le secteur pétrolier américain. Les deux équipementiers anticipent une hausse de leurs tarifs sur le second semestre 2016 avec, en net, une réouverture de plusieurs puits. Mais, cet optimisme reste très dépendant de l’orientation des cours du pétrole et de leur maintien autour des 50 $, ce qui est loin d’être acquis au regard du comportement des cours du WTI sur les dernières semaines…

Il reste quelques éléments d’inquiétudes sectoriels. Le principal risque reste dans le secteur technologique. Le marché du PC semble encore très déprimé avec une faible demande des entreprises et le segment le plus dynamique, les investissements autour du cloud, pourraient ralentir dans les prochains mois selon des acteurs importants, comme Microsoft, IBM ou Intel. Certes, ces trois géants sont clairement plus fragiles que les Google, Amazon ou Facebook. Il faudra attendre leur publication, cette semaine, pour avoir une opinion claire sur les perspectives d’activité dans le secteur technologique pour le second semestre 2016.

Il est encore difficile d’avoir des conclusions définitives sur les publications des entreprises du S&P 500 sur le second trimestre, notamment après seulement 25% des publications avec un biais financière marqué. Mais, il est acquis que les entreprises dépasseront encore globalement les attentes du consensus et les guidances 2016 seront relevées. Les perspectives sur la croissance mondiale restent incertaines mais les « effets de change » sont moins négatifs. Face à un discours plus positif des chefs d’entreprises, même s’il reste prudent, le consensus des analystes devrait être revu à la hausse sur les projections d’EPS à 12 mois. Ce mouvement ne s’est pas encore opéré, mais rien ne justifie des révisions à la baisse des projections de résultat sur les prochains mois. Un élément qui reste un soutien déterminant sur l’orientation de Wall Street à court terme.

C Parisot

Chef Economiste