L'Eco de la nouvelle économie

Pour VentePrivee.com et les Etats-Unis, c'est "faisons l'amour avant de nous dire Adieu"

Le 9 novembre 2011, avec passion et fougue, le site Venteprivee.com avait l’ambition de conquérir et charmer cette « Belle Américaine » si difficile à dompter.

kazeco vente priveeJacques-Antoine Granjon voulait être le premier Français de la Net-économie à prendre le risque de traverser l'Atlantique, où il devait affronter de féroces concurrents déjà bien implantés, comme Gilt Groupe, Amazon avec MyHabit et une flopée de courtisans déjà implantés comme beyondtherack.comruelala.com, ideeli.com ou hautelook.com sans compter les millions de mini sites qui gravitent autour du e-commerce avec des offres plus alléchantes les unes que les autres et bien sur les « ultra promotions » dans les magasins de dépôt ou de grandes chaines qui font tout pour ne pas disparaître.

Pourtant,  les moyens mis en place par Venteprivée.com avaient été à la hauteur de l’enjeu pour réussir ce pari.

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Un investissement de 40 millions de dollars, 90 salariés recrutés dès le début, un partenariat avec American Express et ses 40 millions de clients américains. La vraie classe, « le grand jeu » pour une mise en relation efficace et des ventes qui auraient dû suivre.

Après une ouverture tonitruante avec plus de 2 millions de dollars de chiffre d’affaires dès le premier mois et surtout 70 000 préinscrits, tout aurait dû bien fonctionner mais au contraire, l’affaire s’est très vite enlisée.

Pourquoi ?

La belle Américaine était trop courtisée et le chaland n’avait pas assez benchmarké ses concurrents.

On ne vient pas faire chavirer le cœur d’une sophistiquée, même quand on est français et qu’on connaît les outils de la séduction.

Venteprivée.com est donc arrivée avec une armada de ventes flashs de renom mais insuffisant pour le consommateur américain. En effet, 40 ventes flashs de marques haut de gamme à -50% voire- 65%, ont été programmées avec des noms prestigieux. Parmi lesquels, les joailliers Fred et Chaumet, Calvin Klein, Moncler, Agatha Ruiz de la Prada…

mais voilà pas de marques phares américaines…..

Gilt, un acteur majeur sur la marché américain du vêtement et des accessoires, avait eu la bonne idée  de faire signer des accords d’exclusivité avec les marques américaines rendant impossible une vente extérieure par un autre e-commerce  tel que venteprivee.com

Comment l’aventure a mal tourné?

kazeco vente privee2Avec un chiffre d'affaires de 50 millions de dollars sur trois ans, bien loin des objectifs visés, les liens entre les deux partenaires ont fini par se tendre. American Express a voulu intervenir dans le fonctionnement opérationnel au quotidien du site de e-commerce. De plus,  pour couronner le tout, Dan Schulman, le vice président des nouveaux business d’American Express et premier soutien du partenariat entre Venteprivee.com et Amex, a démissionné pour prendre la tête de Paypal en septembre dernier !

Amex a alors décidé de terminer très vite cette aventure un peu trop couteuse, comme savent le faire les américains quand le « Business Plan » n’est pas dans les clous.

Les paparazzis de l’économie  relèvent, en outre, que le fonds Summit Partners, détenteur à 20% du capital de Venteprivee.com depuis 2007, chercherait à revendre ses parts et aurait commencé à faire pression sur le site pour qu'il réduise ses coûts.

Pour Jacques-Antoine Granjon, l’aventure américaine était la recherche d’une artiste (le marché)  instinctive et créative. Il s’est retrouvé embourbé avec une belle, capricieuse et sophistiquée.

Tout pour lui déplaire. Il ne voulait pas se retrouver comme « l’italien » de Serge Reggiani, et a décidé que sa place « n’était plus ici ».

L’aventure américaine prendra un autre chemin mais le marché américain n’est pas une fois coutume celui que l’on rêvait.

Jacques-Antoine Granjon reviendra, c’est sûr, mais avec sa stratégie propre, il n’est pas homme à rentrer dans le système et c’est tant mieux.

David Gurn

davigurn@gmail.com