Porter une moustache pour décrocher un job au poil

La pilosité, facteur d’employabilité ?

L’idée est en fait partie du travail de deux universitaires américains, J.A Reed et E.M Blunk. Leur étude datant de 1991, intitulée Effects of Cranial and Facial Hair on Perceptions of Age and Person, publiée au journal de psychologie sociale, avait démontré les liens étonnants entre port de la moustache ou de la barbe et attractivité des candidats auprès des directeurs des ressources humaines. L’expérience portait sur un échantillon de 228 personnes, hommes et femmes, occupant des positions managériales au sein de leurs entreprises respectives. Les résultats démontrèrent que moustachus, et barbus a fortiori, étaient systématiquement mieux notés par les décisionnaires que les profils imberbes qui leurs étaient soumis. Dans le détail de l’étude, la pilosité des candidats est synonyme de virilité, de maturité, de charme, d’intelligence, de sincérité et surtout de compétence, de manière générale. Décisionnaires, hommes ou femmes, s’accordent naturellement sur ces critères.

En 2013, le très sérieux American Mustache Institue (AMI)a une fois de plus confirmé ses résultats à l’aide d’une méthodologie encore plus poussée et orientée sur la perception générale des Américains à l’égard des moustachus et barbus . Et là encore, le plébiscite est réel. 92% des Américains interrogés considèrent que la moustache est appropriée sur le lieu de travail. 75% disent bénéficier de la contribution réelle et efficace d’un collègue à moustache. 82% les identifient comme de gros travailleurs, 73% comme ayant un sex appeal au dessus de la moyenne.

Les auteurs de ces études rappellent tout de même que le plébiscite en faveur du poil n’est pas forcément relayé dans tous les secteurs d’activités. Apprécié dans le secteur de la construction, mais aussi dans les agences de communications branchées de la Grosse Pomme, le poil l’est moins lorsqu’il occupe le visage des enseignants américains. Et oui, une étude bizarre fournit des résultats pour le moins… bizarres ! Honnêtes, les auteurs, n’oublient pas non plus de rappeler que leurs résultats ne valent que pour les Etats-Unis et que les normes culturelles ou religieuses peuvent fortement modifier ces résultats. Une étude similaire conduite au Brésil présente d’ailleurs des résultats inverses et une méfiance accrue à l’égard des moustachus ! Allez donc savoir pourquoi…

Est-ce que ce monde est sérieux ?

Francis Cabrel, illustre moustachu de la chanson française avait déjà posé la question : est-ce que ce monde est sérieux[1] ? Est-ce que ces études le sont ? Est-ce que Barry White aurait pu faire la même carrière avec sa voix suave et le visage imberbe d’un nouveau-né?

Ce qui est sûr, c’est que notre apparence a son poids, qu’elle n’est pas neutre dans nos échanges quotidiens et que, si le poil est de temps à autre à la mode, certains l’ont bien compris et n’hésitent pas à le faire pousser le cas échéant.

Jusqu’au tout début du XIXème siècle, les femmes de la noblesse portugaise vivant au Brésil conservent la moustache pour faire montre de leur sang européen et se distinguer de la population indigène imberbe. En Europe, il est tour à tour l’apanage des anarchistes, puis de la bonne société à partir des années 1860. Le poil connait alors ses années de gloire. Moustaches, barbes fines en collier ou plus fournies, rouflaquettes élégantes… tout y passe, et finalement rien ne repousse ou presque. La deuxième moitié du vingtième siècle viendra éradiquer le poil et multiplier les lames de nos rasoirs jetables. Pourtant, les dernières années semblent marquer un ultime renouveau de la tendance. Le poil redevient un signe de créativité et d’amusement qui n’est plus seulement réservé aux professionnels de la communication aux jeans slims soignés et à l’allure compassée. Les hipsters à bretelles et bonnets, mais aussi une frange plus large de la population prennent le relais !

Signe d’amusement et de décontraction, la marque Eleven Paris a bien compris le truc derrière son slogan « life is a Joke », et sa série de T-shirt à l’effigie des grands noms du Showbizz « buzz » aussi pour ça.

moustache 3

Les dernières campagnes de pubs « Adopte un mec » ont également surfé sur la tendance.

moustache 1

Dans les pays anglo-saxons, le port de la moustache au mois de Novembre profite également d’une image plus que positive dans la mesure où elle est associée à la lutte contre le cancer de la prostate et autres maladies masculines. En 2012, plus d’ 1 million de personnes ont participé au Movember et rapporté plus de cent millions d'euros à l’organisme non gouvernemental chargé des levés de fonds. Même les communicants de Procter & Gamble ne ratèrent pas l’occasion de faire pousser une moustache éphémère à leur très cher Monsieur Propre pour l’occasion. Dans tout les cas, la moustache et la barbe profitent aujourd’hui d’une connotation particulièrement favorable.

moustache 5

En conclusion, chers lecteurs, si vous m’avez lu jusque là, c’est pour lire quelque chose que vous savez déjà, que notre époque a besoin de se marrer ! Exit les métros-sexuels ! Trop sérieux, trop froid pour une époque qui demande de la chaleur humaine, de la convivialité et surtout le petit zest de folie qui fera oublier le reste. Les pros du marketing l’ont bien compris, en période de crise, un peu d’extravagance est toujours de mise. Vive la Moustache Libre !

 

moustache 4

Will Ferrell a récemment remporté un incroyable succès outre-atlantique avec son personnage machiste et maladroit, Ron Burgundy, véritable anti-héros des comédies Anchorman 1 et 2.

 

David Dayan

 
david@kazeco.com
 
Le Saviez-vous ? - kazeco.com

 

 

[1] La Corrida, superbe morceau de Francis Cabrel.