La chronique du Chef-Economiste

Pétrole : vers une réduction rapide de l'offre?

Les cours du pétrole peuvent-ils fortement rebondir ? L’offre de pétrole sur le marché reste excédentaire, mais un accord éventuel entre l’OPEP et des pays non-OPEP peut être le catalyseur d’un rebond rapide et ample des cours à court terme. Mais les investisseurs voudront vérifier la réalité de la baisse de la production des pays signataires de l’accord. Après un « rebond technique », les cours du pétrole connaîtront encore une forte volatilité sur les marchés. Mais, à moyen terme, à horizon d’un an, est-on certain d’observer une hausse des prix du pétrole ? Les professionnels du secteur ne communiquent pas sur l’idée d’un accord des pays membres de l’OPEP. Le principal « ajustement » durable devrait provenir du recul des investissements et de la fermeture de puits. Ce mouvement serait plus durable et définitif qu’un éventuel accord entre pays. Certains CEO de compagnies pétrolières annoncent déjà un risque de pénurie sur le marché et une contraction rapide des stocks, dès 2017. Faut-il anticiper une réduction rapide de l’offre ces prochains mois ? Un violent rebond des cours du pétrole est-il assuré ?

Pétrole : vers un ajustement rapide de l’offre ?

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La majorité des dirigeants de l'industrie pétrolière, réunis la semaine dernière à Londres pour l'International Petroleum Week (ou IP Week), a indiqué anticiper un rebond des cours du pétrole d'ici la fin de l'année.

Mais, plus qu’un accord entre les pays de l’OPEP et NOPEP ou un changement de la politique de production de l’Arabie Saoudite, ces professionnels du secteur anticipent une réduction de l’offre excédentaire par la réduction des investissements et la fermeture des puits les moins rentables.
 
Le directeur général de BP anticipe une réduction de la production une fois que « chaque réservoir de stockage et chaque piscine dans le monde seront remplis de pétrole », soit dès le deuxième ou troisième trimestre de cette année. L’annulation ou le report de 400 Mds $ de projets d’investissement devrait aussi rapidement peser sur l’offre selon plusieurs CEO du secteur. Le président de Total parle aussi d’un « cycle classique des matières premières » : les cours actuels du pétrole seraient un « point bas » car rapidement des sous-investissements vont apparaître dans le monde. Le directeur général du Russe Rosneft anticipe même déjà un déficit du marché de 500 000 barils par jour dès 2017 ! Le CEO de Total est dans la même perspective. Il indique que le déclin naturel de la production des champs de pétrole existants, couplé à une hausse de la demande, créeront le besoin d'un million de barils par jour supplémentaires chaque année d'ici 2020. Sans une reprise des investissements, le déficit de l’offre pourrait être entre 5 à 10 millions de barils d’ici 2020.

Ainsi, dans une logique traditionnelle, plus longtemps les prix du pétrole restent bas et plus le déficit d’offre sera important. Le rebond des cours serait ensuite violent.

Cette logique peut-elle être contredite ?

La situation actuelle n’est pas forcément totalement identique aux précédents cycles, pour trois raisons :

1)     Le surinvestissement pourrait avoir été plus important que par le passé. Les entreprises du secteur, notamment avec des projections trop optimistes sur la demande en Chine et l’idée de l’approche d’un « peak-oil » ont réalisé d’importants investissements ces dernières années. Chevron a annoncé une hausse de 0,4% de sa production cette année et Exxon Mobil la mise en production de 6 nouveaux champs en 2015. Malgré des prix bas, la réduction de l’offre pourrait être plus progressive qu’anticipé. Il y aura clairement des dépréciations d’actifs sur les champs les plus onéreux à exploiter, mais les fermetures pourraient n’intervenir que très lentement.

2)     Paradoxalement, le discours de ces professionnels ne milite pas pour une réduction rapide de l’offre. Le CEO de BP signalait désirer concentrer ses investissement dans les champs les moins onéreux et ayant un retour sur investissement rapide, comme ceux aux Etats-Unis. L’exploitation d’un champ en eaux profonde est coûteuse et sa rentabilité est très incertaine. Mais avec des cours du pétrole à 100 $, les pétroliers ont pris ce risque. Ils ne vont plus lancer de nouveaux projets de ce type, même si, maintenant, que certains de leurs projets sont matures, ils ne vont pas stopper immédiatement la production. Cette offre est, certes, peu élastique au prix à court terme, mais il faudra plusieurs années pour qu’ils exploitent d’autres champs de ce type. A l’inverse, aux Etats-Unis, les coûts d’extractions ont sensiblement reculé du fait des innovations technologiques et des baisses de masse salariale dans le secteur. Ces puits peuvent être rapidement fermés et les majors achèteront à bon prix les champs exploités par des sociétés en défaut de paiement. Contrairement à d’autres champs, l’offre marginale américaine est sensible au prix à court terme. Un rebond des cours du pétrole et un début de diminution des stocks pourraient rapidement induire une hausse de l’offre. Les anticipations d’apparition d’un important « déficit d’offre » dès 2017 semblent optimistes…

3)     La croissance de la demande de pétrole n’est-elle pas appelée à rester durablement moins forte. La croissance chinoise économique chinoise s’est tassée, mais –surtout- l’économie chinoise devrait améliorer rapidement son efficacité énergétique, notamment du fait de la contrainte environnementale. De plus, la croissance s’appuyant moins sur le secteur industriel, l’activité économique sera moins consommatrice de pétrole. Ce constat peut être aussi réalisé avec la baisse de consommation des moyens de transports (notamment dans le secteur maritime ou aérien très consommateurs), le développement des énergies vertes… Ces derniers mois, contrairement aux projections réalisées par l’EIA, le recul des prix du pétrole ne s’est pas traduit par une hausse de la demande, signe d’une rupture structurelle dans la fonction de demande de pétrole.

Les prix du pétrole sont appelés à rebondir dans les prochains mois, notamment si, comme nous l’anticipons, la croissance de l’activité économique mondiale ne diminue pas plus. Toutefois, le « prix d’équilibre » pourrait être nettement plus faible que l’anticipe actuellement les acteurs du secteur et cette hausse sera peut-être lente. L’assainissement du marché pourrait prendre plusieurs mois et il faudra tenir compte d’une offre devenue plus élastique au prix.

L’idée que plus longtemps les cours resteront très bas induira, plus violent sera leur rebond est loin d’être acquise…

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C. Parisot

Chef-Economiste