Economie et Sport

OM-PSG : Le Clasico

La rencontre de football entre l’Olympique de Marseille et le Paris Saint Germain est un rendez-vous culte de la Ligue 1. Peut-être même LE rendez-vous à ne pas manquer, aussi bien au Parc des Princes qu’au Stade Vélodrome, comme ce sera le cas en ce dimanche de Pâques à 21h dans le cadre de la 31ème journée. Un match qui au-delà des rivalités présente dores et déjà toutes es caractéristiques du match dans la course au titre, où le vainqueur, si vainqueur il y a, prendra un sérieux avantage sur son adversaire du soir. Mais d’où vient cette rivalité et comment une rencontre entre deux villes géographiquement opposées a pu devenir un tel mythe?
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Commençons par le commencement. Cette appellation de « Classico » fait référence au vrai classico du football ou « el clasico » qui est l’opposition entre le Real de Madrid et le Football Club de Barcelone. Deux rivaux de toujours. Côté hispanique c’est un réel événement que les autres championnats leur envient. En France, la rivalité entre le PSG et l’OM aurait officiellement été montée de toute pièce à partir du milieu des années 80 par les dirigeants des deux clubs, qui, lorsqu’ils se rencontrent font penser au Sud contre le Nord, à la Province contre la Capitale, et comme le disent certains, au club populaire (Marseille) contre le club hautain (Paris). Mais les réels ennemis de l’OM dans les années 70 sont les verts de Saint-Etienne puis dans les années 80 les Girondins de Bordeaux. Alors pourquoi le PSG? Parce que Bordeaux était en perte de vitesse et d’influence et que l’OM, en la personne de son célèbre dirigeant, Bernard Tapie, avait besoin d’un nouvel adversaire de son calibre, pour motiver ses joueurs et faire vibrer les foules: Paris! Cela lui a permis de pousser ses joueurs lors de la victoire finale du championnat de France 1989 devant… le PSG et cette victoire décisive 1 à 0 au Stade Vélodrome. Bernard Tapie avait une nouvelle fois motivé ses joueurs, en 1991, en affichant dans les vestiaires les déclarations de l’entraîneur parisien (Artur Jorge à l‘époque) qui disait « On (les parisiens) va leur marcher dessus » à la veille de la rencontre. Les Olympiens remportèrent ce match aux allures de boucherie, tant les fautes (non sifflées) furent nombreuses. Canal+ a alors pris le contrôle du club de la capitale cette même année et, bien que souhaitant apaiser les tensions entre les dirigeants, le groupe télévisuel a développé cette rivalité entre les clubs pour faire de ces « classico » des rendez-vous incontournables du championnat de France.
 

ompsg5Si aujourd’hui le climat est apaisé entre les dirigeants, l’animosité entre les supporters est toujours aussi présente et se traduit parfois (souvent) par des excès de violence à l’intérieur mais surtout à l’extérieur des enceintes sportives. D’importantes mesures de sécurité sont prises lors de chaque rencontre pour contenir et limiter ces agressions. Il arrive même que des supportes soient interdits de déplacement comme ce fut le cas en novembre 2010 où les marseillais sont interdits de déplacement au Parc des Princes, ou en mars 2011 où la même sanction est appliquée aux parisiens pour la match retour sur la canebière. Les groupes de supporters se livrent une guerre autant physique que virale par le biais des réseaux sociaux, où le PSG est plus suivi sur Facebook et Twitter que son ennemi marseillais.

Pierre Menes, consultant emblématique de la chaîne Canal+ ne cache pas que ce match représente un fort enjeu pour la chaîne. Selon lui, une victoire du PSG semble plus que probable en se basant sur les effectifs des deux formations. Néanmoins, cela aurait pour conséquence d’écarter l’OM de la course au titre, retirant de l’enjeu aux dernières journées de Ligue 1, car ce classico est le « dernier match difficile pour le PSG alors que l’OM doit encore jouer à Bordeaux et recevoir Monaco ». Une analyse bien simpliste de la part du consultant qui réduit les autres équipes à de banales formalités pour les parisiens. Dans l’autre partie de son pronostic, le consultant nous explique qu’un autre résultat que la victoire du PSG ferait les affaires de Canal+. En effet, le groupe, qui diffusera les deux dernières journées en multiplex (comprenez tous les matchs en simultané, passant d’un stade à l’autre au fil des actions et des buts), serait avantagé que l’OM soit encore dans la course au titre aux côtés du PSG et de l’Olympique Lyonnais entre autres, pour rajouter du suspens au dénouement de cette saison et donc de l’attrait à ces diffusions, dont il en retirerait de fort bénéfices.
 
Les parisiens font office de rouleau compresseur, surtout si l‘on s‘en réfère au côté économique. Niveau salaires, Zlatan Ibrahimovic, joueur parisien le mieux payé affiche un salaire de 1.35 millions d‘euros mensuels contre 350.000 euros pour Dimitri Payet, le marseillais le plus cher. Si la bataille des salaires semble déséquilibrée, au niveau des droits TV (saison 2013-2014), selon le quotidien espagnol AS, c’est quasiment match nul entre les deux clubs, avec 44.6 millions d’euros perçus pour le PSG et 41.8 millions pour l’OM. Le club phocéen gagne même la bataille de la vente des maillots, avec 385.000 ventes sur la saison 2013-2014 contre 152.000 pour les parisiens. Si l’on s’en réfère à cette même saison, la billetterie des parisiens leur a rapporté 47.1 millions d’euros contre 15.4 millions d’euros pour la billetterie marseillaise. Là où le club de la capitale creuse définitivement l’écart c’est au niveau global, avec un chiffre d’affaires impressionnant de 474.2 millions d’euros en 2014, en faisant le 5ème club au monde en terme de chiffre d’affaires derrière le Real de Madrid, Manchester United, le Bayern de Munich et le FC Barcelone. L’OM avait, quant à lui, enregistré un chiffre d’affaires de « seulement » 130.5 millions d’euros.
 

ompsg5Si l‘on se base bêtement sur le fait que ceux que l‘on paye le plus et qui brassent le plus d’argent sont les plus forts, alors Marseille a du soucis à se faire ce dimanche, surtout que pour le moment, le PSG est devant l‘OM au classement. Heureusement, le football ne peut pas se résumer à cela, et ce n‘est pas Arsenal qui dira le contraire depuis son élimination de la Ligue des Champions contre une équipe de Monaco quasi inexpérimentée. Historiquement, les deux clubs se sont affrontés à 85 reprises ponctuées par 33 victoires du PSG, 20 matchs nuls et 32 victoires de l’OM. Le PSG a donc la main, mais il n’arrivera pas en terrain conquis où il sera face à des marseillais qui, s’ils peuvent tout perdre sur cette rencontre, on beaucoup à y gagner en la remportant. Un match à double tranchant au cours duquel le Stade Vélodrome risque de se faire entendre.

Manuel Orengo

Economie et Sport – Kazeco.com

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