Sport et Economie

MLS: un championnat à part

kazeco mls2Niveau football, en Europe nous ne sommes pas en reste en ce qui concerne les championnats de qualité. Outre l’Angleterre, lieu où naquit jadis le football, il y a à présent l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, la France et j’en passe. Autant de championnats qui sont bien en place et produisent (le plus souvent possible) du beau jeu. Tant et si bien que lors de compétitions comme la Coupe du Monde, on s’aperçoit que la majorité des joueurs évoluent dans des clubs européens. Ne nous voilons pas la face, les championnats européens n’ont absolument rien à envier aux autres. Mais attention à ne pas se laisser endormir, tant les envies de venir concurrencer les monuments du Vieux Continent ne cessent de grandir sur la scène internationale. Si bien que l’on voit des stars signer des contrats dans ces nouveaux eldorados, à l’image de la MLS, championnat de football (ou soccer) aux États-Unis, qui commence à ressembler à un repère d’anciennes gloires sur le déclin, tout de même encore capables de réaliser des merveilles. Un niveau qui ne cesse de croître, pour un championnat qui prévoit d’en faire autant.

La Major League Soccer (en abrégé MLS) prévoit d’augmenter le nombre d’équipes évoluant dans son championnat, en passant de 20 à 24 et ce à un horizon de 6 mois.

Les États-Unis n’ont, par le passé, jamais été une nation de football. La faillite de leur précédent championnat de soccer (le NASL) en est l’exemple le plus criant. Voulant tout de même prendre part à la mouvance footballistique, les États-Unis déposent une candidature pour être l’hôte de la Coupe du Monde 1994. Au final, ils sont désignés, mais la FIFA pose une condition : mettre en place un championnat de football professionnel dans le pays. C’est alors que les américains se remettent au boulot et créent la MLS en 1993.

Officiellement lancée en 1996, la MLS était à la base composée de 10 équipes puis de 12 en 1998. Par la suite, en 2002, le nombre d’équipes y évoluant fût réduit à 10. En 2007, elle a accueilli en ses rangs le Canada, pour aujourd’hui rassembler un total de 20 équipes (17 américaines et 3 canadiennes).

La grande différence avec les championnats que nous connaissons en Europe réside dans le fait que ce ne sont pas des clubs mais des franchises. Quelle est la différence alors ? Les franchises payent pour entrer, il n’y a pas de système de promotion en division supérieure ou de relégation en division inférieure. Elles sont réparties en deux conférences qui s’affrontent de mars à novembre : Est et Ouest. Et comme au basketball, les meilleures équipes se qualifient pour les play-offs, dont la finale, opposant la meilleure de chaque conférence, conclue la saison.

Étant donné que ce sont des franchises, ce ne sont pas les clubs qui détiennent les contrats des joueurs mais la ligue elle-même ! Cette dernière attribue donc une masse salariale équivalente à chaque franchise, qui se chargera de la partager entre ses joueurs, qui ne peuvent pas être plus de 30 par saison. Ce plafond salarial s’élevait à 3'100'000 dollars en 2014.

kazeco mls3Plus étonnant : un salaire minimum ainsi qu’un maximum sont fixés par le règlement. Celui-ci prévoit qu’un joueur doit au minimum percevoir 48'500 dollars par an et au maximum 387'500 dollars ! Les dirigeants de la MLS sont persuadés que pour progresser il faut attirer les stars. Mais les stars (européennes pour la plupart) ont des salaires beaucoup plus élevés que cela. C’est pour cette raison qu’en 2007, la MLS créé une exception, connue sous le nom de règle Beckham, et qui s’appelle la designated player rule (règle du joueur désigné en français). Cette exception permet de rémunérer par équipe au maximum trois joueurs « désignés » pour un montant libre, en ne déduisant de l’enveloppe que 387'500 dollars par joueur, soit le salaire maximum autorisé.

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Aujourd’hui, la MLS a réussit sont pari fou d’attirer des stars européennes dans son championnat. Et c’est ce même David Beckham - passé par l’équipe la plus titrée de ce championnat (à cinq reprises) : Los Angeles Galaxy - qui va contribuer à développer le football outre-Atlantique. En effet, début 2014 l’annonce est faite que le Spice Boy est autorisé à créer sa propre franchise à Miami (ce qui porterait le nombre de franchises en Floride à deux, avec le Orlando City Club). Néanmoins, aucune date précise n’est annoncée pour l’entrée en lice de sa franchise à cause de l’absence de stade attitré. Beaucoup de franchises ont commencé en MLS en évoluant sur les terrains de football américain ou de baseball, comme ce fût le cas pour la récente équipe de New York City FC qui a joué sur le terrain des Yankees. Par chance il n’y a pas eu de contestation, ni de balle non rattrapée à cause d’une motte de terre… Le dilemme du stade fait tout de même coincer le dossier « Beckham ».
 

Outre l’ajout de cette franchise, la ligue a déjà prévu d’en accueillir une nouvelle pour la ville de Los Angeles et une pour celle d’Atlanta (qui devra jouer sur le stade de l’équipe de NFL des Falcons d’Atlanta) d’ici 2017. En 2018, c’est Minneapolis avec le Minnesota United FC qui se joindra à la fête. Là encore, la question du terrain reste épineuse.

Quatre nouvelles franchises pour porter le nombre à un total de 24, et ce ne sont pas les candidats qui manquent à l’appel pour continuer de s’agrandir. Les villes d’Austin, Sacramento, St Louis, San Antonio, El Paso, Indianapolis et Las Vegas, se sont dites intéressées par l’idée d’avoir une franchise à leur nom dans les années à venir.

Conférence Est                                                  Conférence Ouest

Fire de Chicago, Illinois                                         Rapids du Colorado, Colorado

Crew SC de Colombus, Ohio                                FC Dallas, Texas

DC United, Washington DC                                  Dynamo de Houston, Texas

Impact de Montréal, Québec                                 Sporting de Kansas City, Kansas

Red Bulls de New York, New York                        Galaxy de Los Angeles, Californie

New York City FC, New York                                Timbers de Portland, Oregon

Revolution de New-England, Massachusetts         Real Salt Lake, Utah

Orlando City SC, Floride                                        Earthquakes de San José,                                                                                 Californie

Union de Philadelphie, Pennsylvanie                     Sounders FC de Seattle,                                                                                   Washington

Toronto FC, Ontario                                              Whitecaps de Vancouver,                                                                                 Col-Britannique

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Don Garber, le Président de la MLS, s’est confié à l’agence Associated Press sur le sujet. « Nous allons dans les prochains mois décider avec nos actionnaires quand nous irons de l'avant, car nous irons de l'avant. Cette ligue va grandir à plus de 24 équipes », a donc confirmé M. Garber. Pour lui, la question n’est pas de savoir si cela sera fait, mais quand. C’est dire à quel point il est confiant. Avant de rajouter : « Nous pouvons gérer une ligue avec plus d'équipes qu'il y a aujourd'hui sans craindre de voir quelques-unes disparaître. Nous avons un contrat de télévision, nous avons des investisseurs qui ont injecté des milliards de dollars ». Si M. Garber est conscient que la MLS doit croître pour s’aligner sur les championnats européens, elle n’est pas prête de changer son système pour autant. « Trop compliqué » à mettre en œuvre, ces mêmes contrats de télévision empêchent la ligue de passer à un système de promotion relégation dans un avenir proche.

Un nouveau contrat de retransmission portant sur huit ans a été signé avec ESPN, Fox et Univision. La tendance américaine, surtout chez les 18-35ans, après la NFL (comprenez le football américain) c’est le soccer ! Il faut donc surfer sur la vague. Néanmoins, cet entrain n’a pas permis de combler les déficits budgétaires. A l’heure actuelle, les revenus sont générés en premier lieu par la vente des tickets, puis par les revenus du stade, et en troisième et dernière position par les revenus médias. Avec une fréquentation des stades qui présente une évolution intéressante mais reste faible (de 14.600 spectateurs de moyenne en 1997 à plus de 19.100 en 2014), il est plus qu’évident que la MLS a fort à gagner en inversant l’ordre des revenus, les médias pouvant devenir une source de revenus intarissable, si tenté que la mayonnaise (à l’américaine) prenne. 

Manuel Orengo

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