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Mickey a perdu le sourire

Lundi 6 Octobre, les investisseurs apprennent la décision de Walt Disney de recapitaliser intensivement Euro Disney, sa filiale européenne. Pour ceci le projet de Walt Disney se décomposera en trois actions. Tout d’abord une injection de 420 millions d’euro d’argent frais dans la société qui gère Disneyland Paris et Walt Disney Studio. Ensuite 600 millions d’euros de créances vont être convertis en actions afin d’alléger la dette de 43%. Par conséquent, le groupe va devoir « monter » au capital et lancer une OPA. A terme, Walt Disney pourrait détenir 100% du capital mais souhaite que les coactionnaires souscrivent eux aussi à l’augmentation de capital. Le prince saoudien Al-Waleed, qui en détient actuellement 10% doit donner sa réponse la semaine prochaine.
 
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La confiance des investisseurs se faire sentir sur le titre (15 janvier-8 octobre)
 
Le parc a perdu 2 millions de visiteurs ces deux dernières années et a enregistré une perte nette de 103,6 millions d’euros pour le premier semestre 2013-2014. Coté bourse le constat n’est pas très glorieux non plus, le 16 janvier l’action était à son plus haut à 4,72 euros, elle est maintenant à 3,10 euros…
Il est clair que le parc subit de plein fouet un contexte économique difficile ces dernières années, mais peut-on considérer le rêve Euro Disney comme un échec commercial ? Quelle est la raison de cet embourbement financier qui est en fait un problème récurrent pour Mickey et Donald ? Disneyland, rêve ou cauchemar ?
 
14 millions de visiteurs par an, premier parc d’attractions d’Europe et première destination touristique française, en 25 ans on ne peut pas dire que Disneyland Paris soit vraiment un échec. Les hôtels affichent de bons taux de remplissage, les clients sont satisfaits et dépensent plus; le succès commercial de Disneyland Paris est incontestable.
Pourtant la réalité se trouve dans les comptes de la société et le rêve commercial tourne alors vite au cauchemar financier.

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Ce n’est pas la première fois que l’histoire se répète. Disneyland Paris a frôlé plusieurs fois le dépôt de bilan et a déjà dû procéder à trois restructurations financières (1994, 2004 et 2012). En 22 ans, seulement 7 années se sont révélées bénéficiaires.
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L’érosion de la fréquentation est bien réelle mais le problème d’Euro Disney semble bien plus d’ordre structurel que commercial.
Le problème, c’est d’abord la structure du financement. Euro Disney a été élaborée sans fonds propres, il est donc évident que l’actionnaire soit obligé de réinvestir de sa poche régulièrement. Car face à la crise, un parc d’attractions doit continuer de susciter l’engouement des visiteurs, pour cela, il doit construire de nouveaux centres d’intérêts. L’exemple le plus récent est l’investissement record de 150 millions d’euros pour « Ratatouille », la dernière trouvaille de Disneyland. Mais en raison de la nature de sa structure financière, le groupe est condamné à s’endetter. Le cercle vicieux continue…
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 Mini quartier parisien, restaurant de 370 places, attraction multisensorielle,Euro Disney a mis le paquet  
 
 
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Mais pourquoi alors Walt Disney s’entête à sauver sa filiale ? Même si sa filiale perd beaucoup d’argent le groupe américain lui n’a pas de problème à s’enrichir en France. En effet, Euro Disney traine depuis sa création un boulet que l’on appelle royalties. Walt Disney Company profite d’un montage financier particulier : elle ne touche pas de dividendes mais en revanche encaisse chaque année d’énormes royalties. Pour être plus clair, les dividendes sont indexés sur les bénéfices et les royalties sur le chiffre d’affaires, donc même en cas de perte, la compagnie gagne. A cela, nous pouvons ajouter les prêts octroyés par la maison mère à un taux d’intérêt à 4%. Malin ce Picsou…
 
 

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« Pour la Walt Disney Company cette présence en Europe est stratégique, c'est sa plus belle vitrine. » ajoute Ignace Lahoud directeur financier adjoint Euro Disney.
 
Quoi qu’il en soit la Walt Disney Company n’a pas d’autre choix que de maintenir Euro Disney en vie. Peut on imaginer Walt Disney sans Euro Disney ? On en doute. Euro Disney continuera donc de faire rêver les enfants mais au prix fort.
 
 Florian Pavia
 
florian@kazeco.com