L'Eco de la nouvelle économie

L’imprimé est il périmé ?

Le titre reprend a peu près l’énoncé du documentaire paru sur Arte en Août 2014, « Imprimé rime avec périmé »
Le documentaire parie sur la disparition des éditions papier dans un avenir très proche: en 2022 en Australie, en 2024 en Espagne, en 2029 en France, en 2030 en Allemagne et dès 2017 aux Etats-Unis !
Le documentaire revient longuement sur la mutation technologique des rédactions américaines où près de 150 journaux ont disparu ces derniers mois. Les journalistes tweetent, réalisent des vidéos et ne se soucient de l'édition papier qu'en toute fin de journée.images
Pourtant, le patron du New York Times insiste sur le fait qu’aux Etats-Unis, les trois quarts des abonnés au journal papier vont aussi consulter le site Internet. Selon lui, le numérique se développe mais il ne va pas tuer le papier. « Il y aura toujours des gens dans le monde qui aimeront lire les journaux dans leur version imprimée. »
En France, les ventes ne cessent aussi de baisser et certains journaux ne doivent leur survie qu'aux nombreuses subventions publiques. Plus que jamais les journaux savent qu'ils vont devoir évoluer et vite. Le dernier épisode en date est celui des journaux  "Le Parisien,- Aujourd'hui en France", Stéphane Albouy  ayant remplacé hier Thierry Borsa, notamment pour ses compétences web compatibles.
 
Cerise sur le gateau, Fleur Pellerin n’envisage t’elle pas d’ouvrir les subventions aux magazines hebdomadaires et mensuels? 
Les spécialistes, quant à eux,  feront remarquer qu’Internet n'est pas le premier rival sérieux qui se dresse devant la presse papier. Depuis 70 ans, la presse quotidienne a du faire face à des chocs évolutionnels plutôt rudes, la radio dans les années '40 et '50, la télévision dans les années '60 et '70, les radios libres dans les années '80; la presse gratuite dans les années '90 et, enfin, l'internet pour tous dans les années 2000. Il est essentiel de garder à l'esprit qu'aucun nouveau type de média n'a engendré la disparition d'un autre jusqu'à présent, cela ne sera pas le cas d'internet pour la presse écrite non plus. Celui ci est juste plus complexe car il mélange un nombre de technologies, d’applications importantes et aussi une autre manière de réfléchir les groupes medias.
D’ailleurs l’étude du Pew Research Center nous apprend qu'un quotidien qui déciderait de passer au tout-internet (c'est à dire qui supprime sa version papier pour ne travailler qu'en ligne) réduirait ses dépenses de 65% mais perdrait aussi 90% de ses recettes !imgres 1
Avec des publics aux cibles différentes et une réactivité différente, l'information doit assurément être traitée de manière fondamentalement différente sur papier et sur le net. Ces deux supports peuvent être distincts ou complémentaires mais surtout pas similaires ! Devrait on continuer d'imaginer deux rédactions totalement distinctes, l'une consacrée à l'info sur le net l'autre dédiée à l'info papier, avec une même ligne éditoriale mais avec des approches différentes de l'information ?

La presse écrite doit se redéfinir certainement, se restructurer probablement et s'adapter de toute évidence ! Mais elle peut encore avoir de beaux jours devant elle si elle négocie le virage des nouvelles technologies et des nouvelles organisation qui en découlent comme elle a négocié les autres évolutions auxquelles elle a fait face! Pour bien négocier ce virage, la presse écrite doit tenir compte des réalités du net, elle est moins réactive qu'à cela ne tienne, elle doit proposer des analyses plus pointues, des angles d'attaques différents, faire du reportage de fonds davantage que de l'info purement factuelle... La presse écrite doit trouver dans internet un allié, un support complémentaire à sa publication papier. Le site internet des quotidiens doit axer son édition sur l'information factuelle, celle qu'on livre presque brute et qui sera affinée dans le journal papier du lendemain. Pour reprendre une image de la distribution, Le net facilite l'information de grande proximité, autrement dit les distributions et superettes de quartier, tandis que la presse correspondrait aux Hyper et aux Super( eux aussi sont en pleine mutation) . L'information locale est capitale pour la presse écrite, c'est elle qui motive l'acheteur à ouvrir son portefeuille, chaque matin, afin de savoir ce qui s'est passé autour de chez lui. C'est l'info que le lecteur de base recherche parce qu'elle ne repose pas, ou peu, sur les agences de presse qui formatent l'information nationale et internationale.
Un dernier enjeu de taille pour la presse écrite est de s'adapter au public, un public avide de loisirs, de mode et de bons plans pour que tous les publics soient concernés, ceux qui lisent très peu voir pas du tout doivent aussi faire partie du panel ! Sur le plan des recettes, le cross média semble être plus que jamais d’actualité. En plus des nouvelles publicités, un groupe de média puissant saura adapter et proposer sur différents canaux une même publicité. Au travail !