Economie et Sport

Les « Sang et Or » dans la tourmente

Le Racing Club de Lens, mieux connu sous le nom de RC Lens ou des « Sang et Or » en références à ses couleurs, est dans la tourmente depuis un petit bout de temps. Alors que certains pourraient penser à de l’acharnement, d’autres ne voient par là qu’une volonté de remettre le club financièrement sur les rails.

A l’heure où le magazine américain Forbes publie son traditionnel classement des valorisations footballistiques - outrageusement dominé par le Real de Madrid (3.26 milliards de dollars), le FC Barcelone (3.16 milliards) et Manchester United (3.1 milliards) -, nous avons jugé bon de se pencher sur les finances de clubs comme le RC Lens, pour un retour à la « vie sur Terre ». L’un des plus anciens pensionnaires de première division de football, avec pas moins de 58 saisons parmi l’élite, peine à se remettre en selle.

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Retour sur la tempête qui s’abat sur le club Nordiste

En 2012, le RC Lens est en Ligue 2. Son emblématique président, Gervais Martel, se retire du club tout en promettant d’y revenir si la stabilité financière le permet. Le groupe Crédit Agricole, alors actionnaire de longue date devient actionnaire majoritaire et entend redresser le club pour le revendre au terme de la saison. Le RC Lens clôture la saison 2012/2013 avec un bilan plus que moyen (12ème place) en Ligue 2. Les acheteurs potentiels ne se bousculent pas au portillon, pourtant fin mai 2013 Mangrove Capital Partners, Baghlan Group FCZO dirigé par Hafiz Mammadov, ainsi que… Gervais Martel, se présentent comme candidats. Au final, c’est avec le duo Martel-Mammadov que le Crédit Agricole entre en négociations. Néanmoins, le 26 juin 2013, contre toute attente, la Direction Nationale du Contrôle de Gestion (DNCG) – une entité hébergée par le Ligue de Football Professionnel – décide, par manque de visibilité quant à l’avenir du club, de le rétrograder en National. Un coup dur pour le club et ses supporters après avoir vécu la descente en Ligue 2. Les repreneurs montent un dossier qu’ils présentent à la DNCG qui, au bout du compte, annulera sa décision le 9 juillet. La nouvelle répartition de la holding apparait alors comme suit : 40% à Martel et 60% à Mammadov.

4 millions qui pèsent lourds dans la balance.

kazeco sang et or2jpgPour mener à bien ce projet, et comme décrit dans les documents fournis à la DNCG, l’industriel azerbaidjanais apporte 20 millions d’euros et en promet 18 de plus la saison suivante. Les médias parlent d’une fortune personnelle estimée à 1 milliard d’euros. Ca sent bon pour les lensois, qui s’imaginent pouvoir bénéficier d’une force de frappe impressionnante sur le marché des transferts. Malheureusement, cette estimation est bien loin de la réalité. Moins d’un an après, le RC Lens n’attend plus que 10 millions d’euros, un montant réduit à 4 millions par la suite, qui n’arrivent toujours pas.

Le 16 mai 2014, le club termine sa saison à la deuxième place de la Ligue 2, synonyme d’accession en Ligue 1 et donc de rentrées d’argent supplémentaires pour la saison suivante, grâce aux droits télé et aux répercussions liées à l’attrait des matchs. Rencontrer des équipes comme le PSG, l’AS Monaco, L’Olympique de Marseille et autres, permet d’attirer les foules. Pourtant, à cause de ces fameux 4 millions, dont le club n’a toujours pas vu la couleur, la DNCG refuse l’accession à l’élite du football français au RC Lens. C’est le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) qui émet un avis favorable à l’accession en L1 des Lensois. Avis validé par le comité exécutif de la Fédération Française de Football. Un « ouf » de soulagement pour les Nordistes.

Pour autant, le calvaire des Sang et Or ne s’arrête pas là. La DNCG leur interdit tout de même de recruter à cause de ce manque de fonds. Une décision lourde de conséquence, puisque le club devra composer avec un effectif 100% Ligue 2.

En Novembre 2014, le Ministre des Sports Azerbaidjanais annonce même que Mr Mammadov « ne peut plus soutenir le club ». Après plusieurs mois de lutte acharnée, Lens parvient à récupérer 2.5 millions d’euros, loin d’être suffisant pour sortir la tête de l’eau, mais suffisant pour lever l’interdiction de recruter. Mais le 29 janvier 2015, suite au recours intenté par le FC Sochaux, la justice décide d’annuler l’autorisation de montée du club en Ligue 1 alors que plus de la moitié de la saison s’est déjà écoulée. La FFF a immédiatement fait appel de la décision. L’issue de l’instruction importe peu, puisqu’à 4 journées de la fin du championnat, le 2 mai 2015 pour être précis, le RC Lens est mathématiquement relégué en Ligue 2, à peine un an après avoir bataillé pour valider son billet en Ligue 1.

Le 22 mai, la presse belge citait le nom de Roland Duchatelet, déjà propriétaire du club du Standard de Liège, dans le cadre du rachat des « sang et or ». Selon les informations fournies, il aurait formulé une offre de 15 millions d’euros au club, en échange de quoi il possèderait certains joueurs de l’effectif. Une sorte de prêt déguisé. Néanmoins, l’offre a été rejetée par Gervais Martel lui-même, puisqu’il aurait trouvé un investisseur pour ces 15 millions d’euros. Seulement, ce dernier a vraisemblablement été refroidi par la décision de la LFP de réduire à 2 (contre 3 précédemment) le nombre de clubs de Ligue 2 accédant à la Ligue 1 au terme de la saison 2015/2016. Mr Martel aurait même revu ses exigences à la hausse, en dépit de la situation du club : « Au départ, j'avais prévu une masse salariale pour la saison prochaine compris entre 6,5 et 7 millions d'Euros. Mais cela ne va pas suffire pour viser l'une des deux premières places. Je dois revoir ma copie à la hausse pour étoffer l'effectif. ».

Le temps presse pour le club, puisque la DNCG instruit actuellement une enquête pour vérifier l’authenticité des documents fournis par Gervais Martel, ce qui pourrait avoir pour conséquence de reléguer le RC Lens en championnat amateur… l’année de la rénovation de son stade en vue de l’Euro 2016.

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La situation est donc très difficile, tant pour les dirigeants, que pour les supporters, mais surtout pour les joueurs, dont l’avenir est intimement lié à celui du club. Ceux en fin de contrat peuvent d’ores et déjà entamer les négociations avec d’autres équipes, mais pour ceux dont le contrat est toujours en cours, il faudra patienter. L’audition, qui était initialement prévue le 27 mai a été reportée au 10 juin. Il reste donc peu de temps pour préparer un dossier solide.

Réponse imminente !

Manuel Orengo

Economie et Sport – Kazeco.com

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