Macroeconomie

Le risque exogène el Nino

Les marchés ne réagissent pas seulement aux différentes paroles de Draghi ou de Mme Yellen ou à des indicateurs économiques. Parfois, les « chocs exogènes » peuvent fortement affecter la valorisation des marchés : ces éléments ne dépendent pas directement de la conjoncture ou des discours des banquiers centraux. L’actualité récente a mis en avant le risque attentat, mais nous pouvons aussi mettre en évidence le risque géopolitique au Proche-Orient qui pourrait affecter les cours du pétrole ou les risques politiques en Europe, sans oublier les facteurs réglementaires pour les banques ou le durcissement des normes écologiques… Potentiellement nombreux, ces facteurs exogènes sont, par définition difficiles, à prévoir. Mais ils peuvent avoir un réel impact sur l’économie et/ou la valorisation des marchés. Parmi ces facteurs, le phénomène climatique, « El Niño », devient un risque de plus en plus important. Les dernières données disponibles confirment une hausse de la température dans l’Océan Pacific plus de deux degrés au-dessus de la « normale », militant pour l’apparition de ce phénomène météorologique, qui pourrait être le plus important en ampleur depuis les années 50. Ce dérèglement entraîne en général des précipitations plus fortes sur la côte ouest du continent américain et des sécheresses en Océanie et en Asie du Sud-Est. El Niño peut aussi provoquer des pluies abondantes voire des inondations dans la Corne de l'Afrique, mais des conditions plus sèches dans la partie sud du continent. Quel peut être l’impact économique de ce phénomène en 2016 ? Peut-il avoir des répercussions importantes sur l’orientation des marchés ?

Le risque exogène « El Niño »…

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L’arrivée « d’El Niño » semble se confirmer. Dans l’Océan Pacifique, les températures sont annoncées en hausse avec, déjà, déjà des conséquences visibles sur les fonds marins sont visibles dans certaines régions du monde (notamment sur le corail).

Le cyclone « Patricia » de catégorie 5 qui a touché la côte ouest du Mexique le 24 octobre dernier est aussi considéré par les experts comme l’un des plus intenses pour cette région. Il serait un signal précurseur de « El Niño ». En Australie, en revanche, les ouragans ont été nettement moins violents qu’à l’ordinaire dans cette période de l’année. La sécheresse est déjà visible dans des îles du pacifique et en Asie. A l’inverse, lors de la période de mousson en Inde (de juin à septembre) les précipitations ont été supérieures de 86% à la moyenne. Des pluies importantes et devrait prochainement affecter l’Amérique du Sud. En 1997-1998, ce phénomène climatique avait entraîné des précipitations 10x supérieures à la normale, causant des inondations importantes et accélérant l’érosion des sols. Les infrastructures et l’approvisionnement en nourriture de ces zones avaient été fortement affectés. En 1982/1983, ce phénomène avait été particulièrement violent : en Équateur et dans le nord du Pérou environ 250 cm de pluie tombèrent en 6 mois, transformant le désert côtier en prairie, avec l'apparition de 6 lacs, mais ces anomalies ont aussi déplacé les pluies des moussons vers le Pacifique central, au lieu du Pacifique ouest. Sécheresses et feux de forêt se sont alors déclenchés en Indonésie et en Australie.

Le phénomène « El Niño » devrait atteindre son intensité maximale au premier trimestre 2016 selon l’Organisation Météorologique Mondiale et il serait l’un des trois plus importants depuis 1950. D’un point de vue économique, son impact principal sera sur les matières premières agricoles. L’Inde pourrait connaître une production de sucre en baisse en 2015/2016 et 2016/2017, la production de riz en Thaïlande pourrait baisser de 15% et la production d’huile de palme en Malaisie serait aussi menacée, sans oublier celle du cacao en Afrique de l’Ouest ou de café au Brésil.

L’autre impact évident sera sur la production d’électricité en Asie du Sud-Est. La sécheresse va affecter le fonctionnement des centrales électriques hydrauliques. Les coûts de transport pourraient aussi augmenter avec un transport fluvial plus difficile, voire impossible, dans certains pays.

Ce risque va-t-il affecter le comportement des marchés financiers ? Si sa probabilité de réalisation devient de plus en plus forte et que son ampleur s’annonce important, les cotations de matières premières ne sont pas, pour le moment, affectées. En fait, les investisseurs observent deux choses sur les prix des matières premières : 1) les récentes récoltes ont été abondantes, comme celle de maïs aux Etats-Unis par exemple ou de riz en Asie, et les stocks devraient fortement augmenter cette année. Il n’y aura donc pas une situation de pénurie. 2) La faiblesse des cours du pétrole réduit la demande pour les bio-carburants. 3) Les prévisions de demande sont fortement révisées à la baisse à cause de la Chine. Il semble que de nombreux professionnels ont surestimé la croissance de la demande du pays. Le nombre de fermes et leur croissance en Chine ont été drastiquement revus à la baisse, réduisant fortement les projections de demande de maïs pour nourrir les animaux. Sur le marché du café, aussi, la demande chinoise a été fortement surévaluée. La société de négoce, VolCafé, a révisé drastiquement à la baisse la demande Chinoise : elle va, certes, doubler dans les dix prochaines années, mais elle n’est qu’à la 21ème place mondiale et sa croissance ne représentera que 1,5 millions de sac supplémentaires sur une production mondiale de 150 millions de sacs, très loin des précédentes estimations, dont certaines étaient fondées sur l’hypothèse que la consommation chinoise de café allait consommer plus de café que de thé dans les années à venir… Dans le secteur des matières premières agricoles, le ralentissement de l’économie chinoise a induit l’éclatement de la « bulle » des prévisions de consommation. Ainsi, même si « El Niño » va peser sur l’offre, l’impact sur les cours mondiaux pourrait rester limité.

Christian Parisot

Chef Economiste