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Le PIB a-t-il toujours bonne pub ?

35 pib1Mis en place par Simon Kuznets en 1934 à la faveur de la Grande Récession dans le but de disposer d’une meilleure vision globale de l’économie nationale et de ses performances, le PIB est devenu l’agrégat majeur de la science économique.
 
Intégré à la comptabilité nationale française au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, le PIB est aujourd’hui défini par l’INSEE comme un agrégat mêlant la somme des valeurs ajoutées des différents secteurs institutionnels et branche d’activités, augmentée des impôts, moins les subventions, la somme des emplois finaux intérieurs de biens et de services, l’excédent ou le déficit commercial, ainsi que les excédents bruts d’exploitation. Bref, une somme de produits et de charges, de (+) et de (-), éminemment quantitative qui ne donne pas forcément une image fidèle des résultats qualitatifs qu’est en droit d’attendre une société de son économie.
 
Les déclinaisons de l’indice, comme le PIB par tête, permettant de mieux juger du développement global d’un pays ou encore le PIB PPA (à parité de pouvoir d’achat) donnant la possibilité de comparer les PIB de différents pays en fonction du coût de la vie sur leurs territoires réciproques, offrent toutefois des éléments d’informations pertinents, sans pour autant jamais prendre en considération la qualité de vie, le bien être, le niveau d’éducation des populations… Alternative à une vision quantitative trop limitée, l’indice de développement humain (IDH), développé par le Programme des Nations-Unies pour le Développement au début des années 1990, permet de mieux cerner la qualité des conditions de vie d’une population autour des trois critères que sont l’espérance de vie à la naissance, les taux d’alphabétisation et de scolarisation (primaire, le secondaire et le supérieur) et le PIB PPA… sans pour autant intégrer une vision plus globale de l’activité économique.
 
 
35 pib carte densité
 
Les représentations de densités permettent également d'aller au-delà des frontières nationales pour livrer un meilleur aperçu des créations de richesses à l'échelle régional 
 
 
Et si rien ne paraît parfait, c’est la vision que nous avons de nos économies ne cesse de changer. Sans en venir forcément à la conception d’un agrégat de Bonheur National Brut (BNB)[1], comme avait pu l’instaurer en 1972 le micro-état du Bouthan, l’agrégat de référence de nos économies nous pose aujourd’hui de très bonnes questions.
 
Techniquement discuté pour une vision trop quantitative prenant en compte dans ses produits des emprunts publics qui grèvent à terme le déficit de l’Etat, ou encore des reconstructions d’activités après catastrophes naturelles au prix des biens reconstruits, sans pour autant évaluer les dommages consécutifs et induits de la disparition des outils de productions sinistrés (perte de productivité et de productions à venir)… le PIB est aujourd’hui en proie à de nombreuses réflexions à la fois sur ses modes de calculs, mais aussi sur ses composantes propres.
 
Dans des pays industrialisés où la question d’une économie évoluant autour d’une croissance proche de zéro est envisagée sur le long terme et où les performances deviendront aussi dépendante de la bonne gestion de nos ressources naturelles que de l’éthique nécessaire à les préserver, le PIB semble de plus en plus devoir élargir sa profondeur de champ, voir se mettre au vert.
 
35 pib2Bilan notamment tiré par la Commission Stiglitz de 2009[2] qui critiqua la qualité d’indicateur de performance et de progrès du PIB, en raison de son attachement trop important à l’égard de quantifications marchandes et monétaires -au détriment de certaines activités pourtant bénéfiques à la société-, son ignorance des « effets prédateurs du productivisme et de la dérégulation sur la vie sociale », ou encore son indifférence face à la destruction des biens vitaux communs (eau, air,sol…)
 
Comptable assidu mais peu éclairé, le PIB est aujourd’hui victime malgré lui d’une société qui se questionne aujourd’hui sur son modèle de développement. Absence de considération du progrès social, de l’importance du bien-être ou du sort que nous réservons aux générations futures forment aujourd’hui le terreau d’une réflexion plus large quant au devenir de l’indice et au renouvellement de ses composantes[3].

 

David Dayan

david@kazeco.com

 

[1] Derrière l’appellation qui peut sembler fantaisiste et le manque de « technicité » économique de l’agrégat, il y a aussi quelques réalisations notables, notamment saluées par les Nations-Unies en matière de développement d’une agriculture 100% biologique, de protection des ressources naturelles et d’éducation.
[2] « Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social » initiée en 2008 à la demande de Nicolas Sarkozy.
[3] L’édition havraise du Positive Economy Forum 2014 put ainsi présenter un indice de positivité, notamment soutenu et élaboré par Jacques Attali, prenant en considération 29 sous-indicateurs aussi divers que le poids de la dette, la qualité des infrastructures, la part des énergies renouvelables ou encore le sentiment de liberté ressenti, dont l’évaluation peut paraître de prime abord plus difficile à appréhender. Le modèle a en tout cas le mérite de rompre avec une terminologie économique trop convenue et de tenir une approche où l’activité de la société civile pourrait mieux être reconnue.