Le Fair-Play financier : mode d'emploi

Alors que le mercato touche à sa fin, et qu’il nous promet encore quelques instants d’excitation dans les dernières minutes, le fair-play financier instauré par l’UEFA est venu mettre son grain de sel et redistribuer les cartes. Mais concrètement, le fair-play financier kezaco?

Depuis quelques années, un phénomène s’est accéléré dans le monde du football: le recours à l’endettement. Nous avons vu beaucoup de clubs européens dépenser toujours plus pour s’octroyer des joueurs de grande classe et verser des salaires exorbitants pour tenter de rafler la mise, en remportant le championnat ou en soulevant le graal qu’est le trophée de la Ligue des Champions. Et leur endettement est énorme dont plus de la moitié sont des emprunts bancaires.

Les plus riches s’endettent donc pour  des victoires et sont pris dans une spirale infernale de dépenses et deviennent des goufres financiers, mettant en péril l’ensemble de la santé des clubs européens et le semblant d’équilibre qui regnait entre eux.

fairplay2jpgMichel Platini est venu avec l’idée de « garantir la stabilité à long terme du football » en instaurant une certaine discipline, venant assainir les comptes des grands clubs: le fameux fair-play financier. Voyant une disparité flagrante se créer lors de la Ligue des Champions (compétition sur le plan européen mettant en avant ces écarts et étalant la puissance des plus riches), les instances européennes ont cru bon de rétablir un peu l’équilibre financier.

Les dérives économiques des clubs peuvent, au-delà des écarts sportifs, entrainer des problèmes comme ceux survenus en Espagne. Les joueurs espagnols ont, pour certains, fait grève car ils n’étaient plus payés à cause de la mauvaise gestion de leurs clubs, qui ont voulu s’endetter pour être parmis les meilleurs de leur championnat et accrocher des places européennes.

Mais alors comment ça fonctionne cette histoire de fair-play?

En vigueur depuis 2011, date à partir de laquelle les clubs qualifiés pour les compétitions UEFA doivent justifier ne plus avoir d’impayés, le fair-play financier a continué à évoluer. Ainsi depuis la saison précédente, les clubs ne doivent pas dépenser plus que ce qu’ils ne gagnent (logique non?). Une Instance de Contrôle Financier des Clubs a été mise en place par l’UEFA pour vérifier leurs comptes. Cette saison les vérifications portaient sur les deux exercices précédents et à partir de la saison prochaine sur les 3 précédents. Les premières sanctions sont arrivées cette année et impacteront donc la saison 2014/2015 sur le point de commencer.

Les clubs ont désormais une « faible » marge de dépense. Ils peuvent dépenser 5 millions d’euros de plus que ce qu’ils gagnent sur la période d’évaluation, donc actuellement sur les deux années précédentes. Leurs pertes sont limitées à 45 millions d’euros pour la saison 2014/2015 et à 30 millions pour les 3 saisons suivantes dès lors qu’elles sont entièrement couvertes (par une contribution ou par un versement du propriétaire). Ce montant devrait continuer à baisser au fil du temps.

La liste des sanctions est longue et variée. Elle va de la simple mise en garde au retrait d’un titre. Les clubs risquent donc théoriquement gros en fonction de leurs écarts, et l’UEFA ne compte pas faire d’exception au règlement. Cette dernière, pour éviter tout problème juridique, est par ailleurs en constante relation avec la Commission Européenne. Elle s’assure que ce projet respecte le droit européen à chaque instant. Rien n’est laissé au hasard.

A ce jour, le Paris-Saint-Germain et Manchester City ont été sanctionnés. Il leur était reproché entre autre, d'avoir noué des contrats de sponsoring d'un montant artificiellement élevé avec des entités liées aux actionnaires des clubs comme Qatar Tourism Authority pour le PSG et Etihad Airways pour Manchester City. Problème posé par ces sanctions: il est difficile d'évaluer si le montant d'un contrat entre un club et un organisme est excessif ou non. Néanmoins, l'autorité a tranché. Les sanctions sont donc financières d'une part, et d'une autre part, elles impacteront l'effectif. Les clubs vont devoir limiter le nombre de joueurs inscrits en Ligue des Champions à 21 contre 25 auparavant dont 5 joueurs "formés localement" (contre 8 initialement prévus). Un sacré handicap tout de même!

fairplay4Le fair-play financier n’a pour autant pas pour but premier de réduire l’écart entre les clubs, mais bel et bien de privilégier la solidité financière à long terme des clubs et d’éviter au maximum le phénomène des victoires liées à un endettement ponctuel que les clubs auront du mal à effacer. Hormis quelques "gros coups" (les 50 millions déboursés par le PSG pour David Luiz), les clubs sont restés assez calmes dans les transferts, se contentant de vendre ou "dégraisser leurs effectifs" comme on dit dans le milieu, avant d'acheter des joueurs. Ce fair-play financier, bien que logique et légitime, va sûrement modifier le paysage footballistique. Du moins un peu.

Manuel Orengo

manu@kazeco.com

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