La Chronique du Chef Economiste

L'année est elle terminée?

Une semaine de trois jours et demi et la fin d’année qui approche, en théorie, les marchés devraient rester calmes. La banque centrale américaine a réussi sa communication et sa première hausse de taux directeurs. L’actualité économique et des sociétés s’annonce peu fournie cette semaine… Seule l’évolution des cours du pétrole est devenue une réelle source d’inquiétude. Finalement, leur chute aura été « le » market mover de la semaine dernière et constitue le principal risque de cette fin d’année. Rally de fin d’année ? Rien n’est acquis tant que les cours du pétrole ne sont pas stabilisés…

L’année est-elle terminée ?

Généralement, cette période de l’année est marquée par une baisse d’activité sur les marchés et l’absence de grands mouvements. Certes, la légende du « rally de fin d’année » peut entretenir les attentes, mais il n’est pas décelable statistiquement. Le mouvement le plus visible est essentiellement sur les volumes, qui marquent un net repli. La tendance des marchés est plus aléatoire mais généralement sans grande tendance.

Cette fin d’année s’annonce, toutefois, compliquée pour les investisseurs. Certes, cette semaine est marquée par trois jours et demi seulement de cotation, avec une séance écourtée le 24 décembre et une fermeture des principaux marchés le 25 décembre. L’absence de réunion de politique monétaire et, généralement, une actualité peu fournie en provenance des entreprises à cette époque de l’année militent pour un recul de la volatilité sur les marchés…

Toutefois, la semaine dernière, le pétrole, et plus généralement les cours des matières premières, ont volés la vedette à Mme Yellen. L’impact de la décision historique de la banque centrale américaine aura été de court terme et rapidement oublié. Les investisseurs sont aujourd’hui focalisés sur le « risque pétrole ». Après avoir perdu quelque 10% en novembre, le brut léger américain (WTI) et le Brent sont en repli de respectivement 16,6% et 17,3% depuis le début du mois de décembre. Du côté de la bourse, depuis le début de l'année, le S&P 500 est en repli de 2,6% alors qu’un bas niveau des cours du pétrole est généralement interprété comme un facteur plutôt positif pour l'économie.

D’ailleurs, des membres du FOMC, aux Etats-Unis, ont communiqué sur le fait que ce recul des prix du pétrole milite pour un retour de l’indice des prix plus tardif sur les objectifs du Fed et induit une remontée des taux directeurs plus « graduelle » ou tardive. De plus, entre un hiver qui s’annonce doux des deux côtés de l’Atlantique et cette baisse des prix du pétrole et de ses dérivés, le pouvoir d’achat des ménages sera bien orienté et devrait soutenir la croissance. Mais, deux éléments freinent aujourd’hui l’optimisme des investisseurs. D’une part, l’économie mondiale a peu profité de ce repli des prix énergétiques. La croissance américaine est pénalisée par la récession dans son secteur pétrolier et les économies émergentes, dont le poids dans le PIB mondiale a augmenté, sont affectées par la chute des prix des matières premières. L’impact en net de la chute des prix des matières premières est plus mitigé pour l’économie. L’Europe pourrait être la principale gagnante, à conditions que le commerce mondial ne subisse pas un ralentissement trop important. Mais, d’autre part, la principale inquiétude provient de la violence de la chute des cours du pétrole. Généralement que ce soit sur la bourse, les changes ou les matières premières, des ajustements trop violents sont déstabilisateur pour l’économie mondiale. La violente appréciation du dollar a pénalisé les pays émergents en début d’année. En cette fin d’année, la chute des cours du pétrole est un risque. Elle déstabilise de nombreux pays producteur de pétrole, aussi bien socialement qu’au niveau de leur risque crédit. Le risque crédit, notamment avec un Fed qui commence à relever ses taux d’intérêt, est jugé en hausse pour les entreprises du secteur des matières premières et les pays producteurs de pétrole. Enfin, il ne faut pas oublier que du côté de l’offre, les ajustements des producteurs, ont tardé. Les annonces de fermetures de mines ou de coupe réellement drastique d’investissement ne sont intervenues que récemment. Ainsi, près du tiers de l’investissement productif des entreprises cotées dans le Monde va connaître une violente contraction sur 2016. La réduction de l’offre dans les matières premières est une bonne nouvelle. L’impact de la contraction des investissements productif n’est pas une bonne nouvelle pour la croissance mondiale et particulièrement les pays émergents. Déjà très affectés en 2015 aussi par des facteurs domestiques, l’idée d’un rebond rapide de ces économies en 2016 est difficile à envisager.

Certes, les actifs financiers pays développés restent des « valeurs refuges » face aux incertitudes actuelles. Mais, entre les craintes sur la dette des entreprises du secteur des matières premières et les conséquences sur les banques et autres fonds, le risque sur la croissance mondiale ou l’impact sur la production industrielle, la chute des cours du pétrole est aujourd’hui trop violente pour être un élément positif pour les marchés….

Il est donc difficile d’avoir une vision claire sur le comportement des marchés en cette fin d’année. Les éléments favorables à la stabilisation des cours du pétrole ou des matières premières sont rares. Sur le pétrole, l’OPEP a perdu toute crédibilité, notamment en mettant en avant l’incertitude sur l’impact de la hausse des exportations de l’Iran. Du côté de la demande, sans un net rebond de la production industrielle chinoise et un début de baisse des stocks, il est difficile d’être optimiste. Ainsi, en cette fin d’année, peu d’indicateurs disponibles permettent d’envisager une stabilisation des cours du pétrole. Les investisseurs seront sensibles aux statistiques hebdomadaires des stocks de pétrole aux Etats-Unis (mercredi), éventuellement, à l’indicateur avancé sur la Chine (demain matin) ou aux commandes de biens durables du mois de novembre aux Etats-Unis (mercredi), l’indicateur le plus important concernant l’industrie de la semaine. Mais, la visibilité sur l’orientation des cours du pétrole et leur éventuelle stabilisation est difficile à anticiper à court terme. Les « facteurs techniques » pourraient l’emporter. Espérons que le recul des volumes et le départ en vacances des investisseurs permettent un repli de la volatilité et une fin d’année calme. Cette fin 2015 s’annonce morose sur les marchés…

C. Parisot

Chef Economiste