Economie et Sport

L’Angleterre, toujours plus haut

Après avoir battu son voisin, le Pays de Galles, en match d’ouverture du Tournoi des VI Nations, l’Angleterre s’illustre une nouvelle fois, mais dans un autre registre. En effet, les anglais ont remis sur le tapis leurs droits tv pour la Premier League (comprenez le championnat de football de première division) et ils ont fait sauter la banque. Le montant a atteint les 5.1 milliards de livres sterling (6.9 milliards d’euros), un record historique.

Nous ne pouvions nous permettre de ne pas en parler, tant ce record fait jaser. Mais les droits tv c’est quoi au juste?

kazeco angleterre1Les droits tv représentent la somme que les chaînes de télévision sont prêtes à débourser pour avoir le droit de diffuser les images des matchs. Les droits sont répartis en différents lots qui vont représenter « les matchs du samedi », « les matchs du dimanche », « la Champions League », « les résumés de matchs » et j’en passe. Tout est bien réparti, rien n’est donc laissé au hasard et les chaînes de télévision sont libres de s’arracher les lots de leur choix.

Nous avions fait un décryptage l’an dernier (voir ici: http://www.kazeco.com/actualites-economiques/droits-tv-les-parts-du-g%C3%A2teau-1400692476.html). A l’époque, la Ligue de Football Professionnel venait de lancer un appel d’offre pour la diffusion des matchs de ligue 1 et de Ligue 2 sur la période 2016-2020. Tous se congratulaient du résultat, qui était (et est toujours), le montant record historique pour la France: 748.5 millions d’euros par an. Un maigre butin comparé à nos voisins d’outre manche, et c’est peu dire. Mais l’attrait du championnat anglais, terre du football, est d’un monde à part.

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Les droits de tv anglais pour la période 2016-2019 ont été renégociés au début du mois de Février, et ils se sont élevés à 6.9 milliards d’euros sur la période, soit 2.3 milliards d’euros par an. C’est 3 fois plus qu’en France. A titre de comparaison, les droits annuels de Bundesliga (Allemagne) s’élèvent à 675 millions d’euros et ceux de la Serie A (Italie) à 960 millions d’euros. Ceux de la Liga (Espagne) s’élèvent à 750 millions d’euros mais sont différents. En effet, ce sont les équipes de Liga qui négocient directement leur contrat avec les chaînes télé. Quand on sait que le Real de Madrid et le FC Barcelone touchent environ 140 millions d’euros chacun, cela laisse des miettes aux autres équipes. Un montant pharaonique pour des équipes, puisqu’aucune autre en Europe n’atteint cette somme. En Angleterre la répartition du butin est plus homogène. Néanmoins, à eux trois, ces championnats européens dépassent à peine les droits annuels de Premier League.

Ces derniers avaient déjà réalisé un bond en avant de 77% lors de la précédente renégociation (période 2013-2016). Cette fois-ci, ils ont progressé de 70%! Des chiffres qui affolent les compteurs. Sky et BT se partageront les droits, alors que les concurrents, qu’étaient beIN Sports et Discovery, n’ont pas réussi à obtenir satisfaction. Sky a obtenu 126 matchs en direct, contre 42 pour BT, soit la même répartition que lors de la précédente négociation. Les deux acteurs n’ont pas hésité à mettre une nouvelle fois la main au portefeuille pour obtenir la diffusion du plus envié des championnats de football. Les 126 matchs de Sky représentent 5 des 7 lots en jeu, dont les gros matchs du dimanche après-midi et la nouveauté anglaise: les matchs du vendredi soir. Jusqu’à cette édition, la Premier League proscrivait les matchs de championnat un jour de la semaine.

Richard Scudmore, le patron de la Premier League lui-même s’en félicite. Il trouve cela plus que logique à en juger par sa sortie: « Si vous faites une enquête à l’étranger, la Premier League, la BBC et la Reine sont les choses que les gens apprécient quand ils parlent du Royaume-Uni ». Humble.

kazeco angleterre3Si nous disions plus haut que la répartition entre les clubs anglais est plus équitable, avec l’augmentation du montant globale, les parts du gâteau seraient encore plus alléchantes. Ainsi, le site Sportingintelligence estime qu’une équipe mal classée dans le championnat d’Angleterre, toucherait 133 millions d’euros à l’issue de la saison 2016/2017 contre 210 millions pour les meilleures équipes. Un sacré bond en avant! Mais qu’advient-il des équipes qui, malheureusement seront reléguées? Un drame économique me direz-vous. Pas tant. En effet, les clubs relégués bénéficieraient, comme les pontes de la finance, d’un parachute doré sur quatre ans, de l’ordre de 84 millions d’euros (62.8 millions de livres) selon le Dailymail. Même si la durée pourrait passer à trois ans, la valeur en serait augmentée, ce qui permettrait aux clubs relégués de ne pas être totalement perdants.

Si les clubs anglais ont peiné sur les dernières années à s’imposer sur le devant de la scène Européenne, il semblerait donc que le championnat de Premier League ait balayé la concurrence d’un revers. Il n’y a même pas match comparé à ses voisins européens. Passé de 191 millions de livres pour la période 1992-1997 à 5.136 milliards pour la période 2016-2019, la Premier League affiche une augmentation de près de 2’600%, et des montants à faire pâlir les autres clubs. Steven Gerrard et les autres joueurs du championnat peuvent remercier les chaînes de télé, comme l’a fait Thierry Henry en félicitant son nouvel employeur, Sky, pour cette acquisition.

Manuel Orengo

manu@kazeco.com

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