La Macroéconomie

L'analyse de la conjoncture mondiale par les CEO du SP500

Pour être honnête la visibilité sur la croissance mondiale reste faible. Les dernières statistiques d’activité sont mitigées, poussant les grandes institutions internationales à réviser à la baisse leurs projections de croissance. La question se pose clairement de savoir s’il ne faut pas durablement réviser à la baisse la croissance dans les pays émergents (ralentissement structurel et non-conjoncturel ?). Les Etats-Unis enregistrent encore une croissance relativement « molle ». Si le marché du travail se redresse, les inégalités de revenus restent importantes et les gains salariaux moyens des ménages sont modestes. Enfin, la zone euro doit faire face à de nombreux « vents contraires » entre politiques d’assainissement des comptes publics et environnement international difficile avec la Russie ou le tassement de la croissance chinoise.

Mais face à ces éléments négatifs, de plus en plus le discours des responsables politiques et monétaires se concentre sur la nécessité de relancer l’investissement des entreprises. M. Draghi fait tout pour que les banques financent les entreprises, les responsables européens réfléchissent à des partenariats publics/privés pour financer des projets d’investissement, les membres du Fed ne veulent pas remonter trop rapidement les taux directeurs pour ne pas freiner l’investissement des entreprises. Une accélération de l’investissement pourrait-elle être un moteur pour la croissance mondiale en 2015 ?

Certes, les grandes entreprises qui ont commencé à publier leurs résultats du troisième trimestre restent généralement très profitables, avec des marges élevées. Les annonces de restructuration restent limitées et concentrées sur quelques secteurs précis. Les chefs d’entreprises annoncent-ils de nouveaux investissements pour les prochains mois ? Nous avons analysé les derniers conference call des grandes entreprises américaines et isolés dans leur discours leur perception de l’économie mondiale. La prudence semble encore l’emporter et, sans être négatif, rien n’indique un potentiel de fort rebond de la croissance mondiale dans les prochains mois et une volonté des entreprises d’accroître sensiblement leurs CAPEX…

Alors qu’en Europe, la saison de publication des résultats n’en est qu’à ses débuts, la plupart des entreprises n’ayant même communiqué encore que sur leur chiffre d’affaires, aux Etats-Unis, un plus grand nombre d’entreprises ont dévoilé leurs résultats. Vendredi, 201 de société du S&P 500 avaient publié leurs comptes du troisième trimestre, dont 80% ont annoncé des earnings par action au-dessus des attentes du consensus et 54% des chiffres d’affaires meilleurs qu’anticipé. Faut-il en conclure que cette saison des earnings est positive ?

Au-delà des résultats comptables, l’élément le plus intéressant est dans le discours des entreprises, et plus particulièrement dans leur perception de l’activité. Certes, il existe toujours des histoires « micro » : pertes de part de marché par rapport à un concurrent, problème de production ou de rappel de produits (secteur automobile), voire une lisibilité difficile des comptes avec des éléments exceptionnels, comme dans le secteur bancaire. Il faut donc faire la part des choses dans le discours des entreprises entre ce qui relève des conditions économiques globales et les problèmes propres à chaque entreprise.

Toutefois, face à ces éléments et à la lecture de différentes déclarations, nous avons isolé plusieurs éléments intéressants sur la perception qu’ont les chefs d’entreprises américains de la conjoncture économique mondiale.

Au final, il existe deux façons d’analyser les publications des entreprises américaines et les premières annonces en Europe.

Il n’y a rien de dramatique. Les entreprises restent biens gérées et, si des pressions sur les résultats existent, elles sont concentrées sur quelques secteurs ou valeurs. Nous sommes très loin du scénario noir qui a fait violemment chuter les marchés actions suites aux indicateurs décevants concernant l’Allemagne ou après les révisions à la baisse de la prévision de croissance mondiale du FMI. L’environnement n’est pas « euphorique », mais les entreprises n’annoncent pas de provisions massives pour restructuration ni de contraction de leurs carnets de commandes.

Pas de scénario noir, mais, pas de scénario rose non plus. Les perspectives d’activité restent incertaines et les entreprises n’annoncent pas d’investissements massifs dans les prochains trimestres. Les marges sont déjà très élevées et une forte croissance du chiffre d’affaires est peu probable. Il faudra trouver de la performance dans les rachats d’actions, le repositionnement via des spin-offs d’activité, des versements de dividendes… Dans ces conditions, le PER de la bourse, à 12 mois, n’a aucune raison de monter sensiblement. Il est difficile d’acheter une forte accélération des profits dans les prochains mois, sans éléments fortement haussier. Au final, nous ne changeons pas notre scénario boursier : rien ne justifie un bear market sur les marchés, à l’inverse, rien ne justifie un scénario euphorique avec des indices progressant sur l’idée d’une accélération de l’activité économique mondiale. Les indices devrait connaître une plus forte volatilité dans un range large mais pas de grande tendance. La visibilité sur la croissance mondiale reste trop faible…

C Parisot

Chef Economiste