La Formule 1 : un ralentissement inquiétant

La Formule Un a longtemps été considérée comme la catégorie reine du sport automobile de part l'engouement qu'elle suscite et sa notoriété. Caractérisée comme un sport à la fois spectaculaire et d'une grande classe, la F1, de par ses Grands Prix à travers le monde est en fait en grande difficulté. Pas sûr que le remodelage constant de ses composants ait des impacts positifs, du moins pas à court terme.

Le luxe est un domaine qui résiste bien, en temps normal, à la crise. Ou plutôt: ce secteur souffre moins. La Formule 1, pourtant considérée comme une catégorie de luxe dans le sport automobile, est en plein déclin. En témoignent les tribunes partiellement remplies lors des Grands Prix et les faibles audiences enregistrées. Comment et pourquoi en sommes nous arrivés là?

sporteco1L'organisation de la F1 est complexe et repose sur 3 organismes. Tout d'abord, la Fédération Internationale de l'Automobile (FIA), présidée par Jean Todt. Elle assure la direction technique et sportive et détermine les règlements. Ensuite vient la Formula One Administration (FOA, anciennement FOCA), présidée par Bernie Ecclestone. Elle détient les droits exclusifs des contenus audio et vidéo des compétitions par délégation de la FIA. Et enfin, la Formula One Management (FOM) qui gère les droits, notamment de diffusion télévisée, de la FOA.

La première de ces organisations, la FIA, a donc tenté d'apporter du changement d'un point de vue règlementation de la compétition. Tout d'abord niveau technique, notons l'apparition de moteurs V6 en remplacement des V8 (et jadis des V10), accompagnés de la technologie KERS permettant de récupérer les énergies cinétique au freinage et thermique des échappements pour apporter 160 chevaux supplémentaires aux moteurs. Problème (et non des moindres), les puristes seront déçus par le nouveau bruit produit par ces bêtes de courses qui est plus assimilable à des GP2 qu'à des F1. Le débit de carburant est quant à lui désormais fixe. Impossible donc pour les écuries de modifier le débit pour obtenir plus de puissance sur quelques tours. De même, il leur a fallu modifier l'aspect de leurs bolides avec des ailerons plus petits et le nez plus bas.

Bernie Ecclestone a voulu, pour sa part, rajouter du suspens dans la course. Ainsi pour éviter un sacre prématuré il a doublé le nombre de points attribués lors de la dernière course (à Abu Dhabi). Relançant ainsi le spectacle en rendant la dernière course plus attractive que d'accoutumée. Il a prévu de faire de même à terme pour des courses de « prestige » comme Monaco par exemple.

Hormis le bruit des voitures, tout ceci ne semble pas dérangeant mais bien au contraire, valorisant pour ce sport. Sauf que les hautes instances n'ont pas tout pris en compte.

En agissant de la sorte, ils ont contribué au fil du temps à transformer ce sport en bataille stratégique. Le talent des pilotes est relayé au second rang et la technologie, alliée aux tactiques, prennent le dessus. C'est en gros une course qui se déroule dans les paddocks (sans pour autant négliger le talent des pilotes). On voit ainsi la suprématie de Vettel, pourtant quadruple champion du monde, chamboulée cette saison.

L'une des erreurs majeures revient à la Formula One Management. Celle-ci a vendu les droits de diffusion à des chaînes privées et donc payantes. Ainsi en France, TF1 avec son Grand Prix doménical, s’est vue remplacée par Canal+, pour le plus grand bonheur de ses abonnés mais la plus grosse déception pour le « grand public ». Il faut payer pour accéder à ce spectacle ce qui a eu pour conséquence de diviser par trois l’audience de la Formule 1 dans l’hexagone. Et nous ne sommes pas les seuls à faire souffrir la F1. Ainsi, en Angleterre et en Italie, même procédé: une chaîne payante, Sky, détient les droits et l’audience est en chute libre, il en est de même en Chine. En Allemagne, la baisse était de 10% en 2013 et encore 3% en moins cette année malgré le fait que l’écurie Mercedes soit en grande forme. Les contrats trop juteux auraient-ils eu raison de lui?

sporteco2L’accès à ce sport est devenu trop cher, trop élitiste, si bien que les tribunes en patissent. En témoigne le trop faible taux de remplissage lors des essais, confirmé les jours de Grand Prix. L’ancien dirigeant d’écurie Flavio Briatore a dit que le public se désinteresse de ce sport car « les pilotes sont devenus des comptables au volant, ils ne sont plus des gladiateurs ». On en revient bien à un suspens stratégique en dehors de la piste. Pour Bernie Ecclestone en revanche, malgré les mauvais chiffres d’audience, le public reviendra, et l’intérêt pour la Formule 1 sera comme avant.

Pas évident qu’il ait raison quand on voit que beaucoup d’autres sports, avec des millions de pratiquants comme le football ou le tennis, sont plus faciles d’accès lors des grands évènements et attirent donc plus. Les Grands Prix de F1 sont bel et bien en déclin malgré les efforts de leur dirigeants pour rendre les courses intéressantes.

Pour un sport dans lequel la stratégie est un élément clé, c’est assez drôle de voir que les stratégies de ses dirigeants pour en faire un sport de luxe et sur le devant de la scène, soient un échec.

Manuel Orengo

manu@kazeco.com

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