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Hong Kong: 3 questions pour comprendre la "révolution des parapluies"

Depuis Vendredi dernier, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues d’Hong Kong afin de manifester pour la démocratie. La révolution « des parapluies » - c’est comme cela que ce mouvement de contestation a été baptisé - a commencé avec l’annonce de la restriction du nombre (trois seulement) et la sélection « soigneuse » des candidats à l’élection du chef exécutif de l’île en 2017.
Au delà du suffrage, cet événement suscite des questions sur la liberté d’Hong Kong, ses relations avec Pékin et l’opinion de la population vis-à-vis du gouvernement chinois.
 
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Tout d’abord il est important de revenir sur certains faits historiques. 1997, Hong Kong, ancienne colonie britannique passe sous tutelle chinoise. Dans le cadre de l’accord de rétrocession, la Chine s’engage à respecter les principales libertés économiques et politiques d’Hong Kong. Le principe retenu est celui du « un Etat, deux système ». En 2007, le gouvernement chinois s’était aussi engagé à instaurer en 2017 le suffrage universel direct pour l’élection du chef de l’exécutif.
 
  1. Pourquoi Pékin, à deux ans des élections, fait brusquement volte face ? 
Pour être plus précis, la réforme doit être votée au printemps 2015 par les députés. Celle- ci a pour but de restreindre le nombre de candidats à trois. Les candidats sont choisis par 1200 grands électeurs… officiellement. Officieusement Pékin n’est pas confiante et veut s’assurer que les candidats restent « patriotes » :
« Sélectionner les candidats était nécessaire pour s’assurer que le chef exécutif aime la Chine, aime Hong Kong et sauvera la souveraineté, la sécurité et le développement des intérêts du pays » Li Fei, Vice secrétaire générale du comité permanent de l’assemblé nationale populaire.
 
Ce critère assez subjectif permettrait alors pour le parti communiste d’écarter les candidats démocrates. Pris donc comme une attaque directe, le parti démocrate avait organisé en juillet un référendum non officiel donnant aux électeurs le choix entre trois modes de désignation possible des futurs candidats au poste de chef de l’exécutif. Ce référendum était à l’initiative d’un certain groupe, Occupy Central With Love and Peace.
 
Hu Jia, un ancien des manifestations de Tiananmen en 1989 a aussi soulevé la probable inquiétude de Pékin :
 
«Le Parti communiste a très peur de ce petit morceau de terre, parce que si un vrai suffrage universel peut fleurir à Hong Kong, il est très probable qu’un véritable suffrage universel finira par arriver sur le continent.»
 
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Les réseaux sociaux ont baptisé le mouvement "révolution des parapluies" à cause de la seule arme que possèdent les manifestants contre les gaz lacrymogènes 
 
  1. Qui sont les manifestants ?
Le mouvement avait été initié par le groupe Occupy Central with Love and Peace qui a lancé la campagne de désobéissance civile. Le 1er juillet pour l’anniversaire de la rétrocession, 510 000 personnes ont défilé dans la rue. La marche avait été prolongée par OCLP pour un sit-in géant dans le quartier des affaires. La campagne de désobéissance civile a réellement débuté le 22 septembre lorsque les étudiants, menés par le jeune Joshua Wong, se sont ralliés à la cause démocratique.
Depuis les manifestants bloquent les bâtiments du gouvernement, le centre financier et le quartier des affaires paralysant ainsi l’économie hongkongaise.
 
«Le suffrage universel est la mission de cette époque et cette époque appartient aux jeunes, alors laissez les jeunes remplir la mission.» Joshua Wong
 
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 A 17 ans seulement, Joshua Wong est devenu la bête noir du régime communiste chinois 
  1. Et maintenant ? 
Plusieurs questions se posent face à un tel conflit qui prend de l’ampleur de jour en jour.
D’abord, comment va réagir la Chine ? Va-t-elle intervenir ? Jusqu’où ira la manifestation ? S’agit il d’un nouveau Tiananmen ? La patience de Hong Kong a –t elle des limites ?
 
Le mouvement de contestation est purement pacifiste mais les affrontements se durcissent et la répression est de plus en plus violente. Le gouvernement de Hong Kong, soutenu par les autorités chinoise persiste dans sa ligne de conduite. Le mardi 30 septembre les manifestants avaient lancé un ultimatum exigeant que le pouvoir local dénonce la tentative de Pékin d’abolir la démocratie hongkongaise. Par ailleurs hier, un autre ultimatum avait été lancé pour demander la démission du chef de l’exécutif actuel Leung Chun-ying accusé d’être aux ordres de Pékin. Mais le dirigeant ne cède pas et appelle à réfléchir sur les conséquences économiques de ce mouvement car la manifestation commence à être pesante : les magasins restent fermés, l’activité économique est très faible et l’indice boursier hongkongais a perdu 7,8% depuis 1 mois.
 
Jeudi soir, pour la première fois, les représentants du mouvement protestataire ont accepté la proposition du chef de l’exécutif à ouvrir des négociations à conditions qu’ils ne négocient pas avec celui-ci, jugeant que Leung Chun-ying a « d'ores et déjà perdu son intégrité ».
 
 
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Le Chef executif a perdu toute la confiance des protestants
 
Mais ce matin les tensions sont encore bien là car les négociations sont considérées comme complexes, les relations avec la police se dégradent et Pékin a mis encore la pression sur les manifestants.
Dans un éditorial au ton alarmiste, le Quotidien du peuple écrit que les manifestations vont à  « l'encontre des principes légaux et sont vouées à l'échec » tandis que la fédération des étudiants a prévenu à l’ouverture des négociations: « Le peuple de Hongkong continuera [son] mouvement d'occupation jusqu'à ce qu'un véritable suffrage universel voit le jour. »
 
Les questions se tournent désormais vers Pékin et sa volonté de garder la petite île aux œufs d’or sous son contrôle.
 
Hong-Kong est en train de subir sa plus grande crise politique depuis sa rétrocession en 1997.
 
 
Florian Pavia