Economie et Sport

GP F1 du Japon: les enjeux ont-ils dépassé le sport?

Il nous était impossible d’évoquer le sport cette semaine sans parler du terrible accident survenu dimanche dernier sur le circuit de Suzuka au Japon à l’occasion de la 16ème manche de la saison de Formule 1.

C’est en 1976 que le Japon est inscrit pour la première fois au calendrier des circuits comptant pour le championnat du monde de Formule 1. Depuis 1987, le circuit utilisé est celui de Suzuka, à l’exception des années 2007 et 2008 où il est remplacé par celui de Fuji (le « Fuji Speedway »).

Pourquoi ce retour temporaire?

kazeco f1terA l’origine couru à Fiji, le GP du Japon est absent du calendrier de 1977 à 1987 suite à un accident entre Gilles Villeneuve et Ronnie Peterson ayant entrainé la mort de deux personnes dans une zone interdite au public. Honda, propriétaire du circuit de Suzuka, exerçant une domination impressionnante depuis 1985 sur la Formule 1, influe alors fortement sur le retour du Japon au calendrier. Et c’est en toute logique que son circuit est choisi. En 2007 et 2008, c’est un bref retour au Fiji Speedway, propriété du constructeur automobile Toyota, pour que le Suzuka soit remis aux normes de la FIA (Fédération Internationale Automobile). Bref retour, car la Direction du groupe nippon annonce que, crise oblige, il ne pourra continuer à organiser le Grand Prix de Formule 1. C’est donc le retour au circuit de Honda.

Ce Grand Prix du Japon est historiquement passionnant puisque, faisant partie des dernières manches de la saison (souvent dernière ou avant dernière), il a souvent joué un rôle déterminant dans l’attribution du titre de champion du monde, assistant même au sacre dès la ligne d’arrivée. Il est aussi réputé pour ses conditions météorologiques difficiles. Et une fois n’est pas coutume, ce fût le cas la semaine passée…

Les faits. Nous sommes le dimanche 5 octobre 2014, une pluie diluvienne s’abat sur le circuit de Suzuka à l’occasion du Grand Prix de F1. On parle même d’un Typhon, mais les responsables de l‘organisation ne souhaitent pas arrêter la course. La Sauber de Sutil vient de faire un « tout droit » dans une courbe après avoir fait de l’aquaplaning. Le pilote est indemne, il faut alors sortir sa voiture. Un engin entre en scène pour dégager le véhicule accidenté, et, dans une manœuvre pour sortir par le chemin appelé « l’échappatoire », se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment. Jules Bianchi, le pilote français de l’écurie Marussia fonce à près de 250 km/h et réalise la même « erreur » que Sutil. Il perd le contrôle de son bolide et fonce tout droit dans le gravier. En sortant de la piste, il vient percuter avec une violence incroyable l’engin en question.

kazeco jules bianchi1Le choc est terrible, tant et si bien que, sur la vidéo d’un amateur présent dans les gradins, la voiture donne l’impression de passer sous l’engin. Actuellement, Jules Bianchi est toujours dans un état critique. Le casque n’a pas cédé, ce qui a, selon les spécialistes, concentré l’onde de choc sur le centre du crâne. Cet élément a entraîné de graves complications. Le pilote souffre d’une lésion axonale diffuse, ou en d’autres termes d’une forme grave de traumatisme crânien un peu comparable à celui de Michael Schumacher.

Comment peut-on laisser se produire un tel incident deux fois en deux tours? Et pourquoi l’engin était-il encore là?

Ces questions sont difficiles à élucider et les coupables sont durs à identifier. Il semblerait, d’après les éléments, que ce drame ne soit qu’une question de malchance.

kazeco f1bisImmédiatement après l’accident de Sutil, les commissaires de courses ont agité les drapeaux jaunes, signalant un accident et demandant aux pilotes de ralentir. Seulement, Jules Bianchi arrivait lancé à ce moment-là en direction de la Sauber accidentée. Ce qui aurait dû être un accident comme il s’en produit souvent, allait se transformer en drame pour quelques centimètres. Les centimètres parcourus par l’engin de remorquage que la Marussia allait percuter de plein fouet.

Si le conducteur de l’engin avait vu arriver la Formule 1 de Jules Bianchi il n’aurait surement rien pu faire, étant donné la vitesse à laquelle elle fonçait.
 
L’incident n’est pas un cas isolé. En 2003, lors du Grand Prix du Brésil, Michael Schumacher avait frôlé de peu un tracteur évacuant deux F1. Mais il n’est pour autant pas commun!
 

Alain Prost est revenu sur l’incident, n’hésitant pas à accuser l’organisation du GP: « Ce tracteur n’avait rien à faire là, c’est une erreur fondamentale. Une dépanneuse ne doit jamais se retrouver en possible sortie de trajectoire. Elle ne peut entrer en action que si les pilotes sont protégés par la safety car ».

Pourquoi la safety car n’est elle pas arrivée?

kazeco f1Son intervention est de la responsabilité du directeur de course. Il est le seul habilité pour décider, ou non, de la sortie de la safety car. Les avis divergent quant à l’accident de Sutil. Lewis Hamilton, vainqueur oublié de dimanche dernier, estime qu’elle n’avait pas à sortir. Sutil pense, quant à lui, le contraire. Quoi qu’il en soit, le directeur de course l’a jugée inutile, préférant ne pas interrompre à nouveau cette course (les conditions difficiles ont fait que la course a été interrompue à plusieurs reprises avant de s‘achever au 46ème tour sur le 53 initialement prévus). Face à ce problème, la FIA a décidé d’étudier un nouveau mode de décision (à plusieurs?) en ce qui concerne l’intervention de cette voiture.

Aujourd’hui encore, on comprend mal pourquoi la course a eu lieu tout court alors que quelques jours auparavant, la FIA et Bernie Ecclestone, envisageaient de l’avancer au samedi en raison de la menace du typhon. Phanfone, c’est son nom, menaçait déjà le circuit de Suzuka avec de fortes précipitations dès le jeudi. Celui qui s’annonçait comme catégorie 4 sur l’échelle de Saphir-Simpson, avec des vents de 250 km/h aura donc eu raison des bolides, créant de l’aquaplaning… et des accidents. Il faut croire que les conséquences économiques d’une annulation (ou d’une modification de date) sont telles qu’elles ont la priorité sur la sécurité des pilotes. Aurait-on tendance à oublier que ce sont eux et leurs écuries qui font la réussite de ce sport?

L’écurie russe Marussia, choquée à l’aube de son Grand Prix en Russie, avait envisagé un forfait avant de finalement s’élancer à une seule voiture. Un forfait aurait eu des conséquences sur les retombées économiques de ce GP « à domicile », mais l’on comprend aisément les mécaniciens et l’ensemble du paddock.

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Aujourd’hui le mal est fait, et tout ce que l’on peut dire c’est que, quelles que soit les causes, nos pensées vont vers Jules Bianchi et ses proches. Forza Jules!

Manuel Orengo

manu@kazeco.com

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