Football, investissements et tensions, le cocktail brésilien

mondial1

A quelques jours du coup d'envoi de la 20ème édition de la Coupe du Monde de football qui se tiendra au Brésil du 12 juin au 13 juillet, les supporters sont en ébullition. Tous prêts, boissons au frais, menu de la pizzeria la plus proche à portée de main (pour ceux qui ne sont pas du voyage bien entendu) et barbecue affuté; tous l'attendent avec impatience depuis 4 ans. Mais au-delà de ces frémissements et loin des terrains de football un grondement tout droit sorti des favelas et du cœur des brésiliens se fait ressentir. Pourquoi, à l'aube d'un tel évènement médiatique et sportif, ça chauffe autant?

Cinq fois champion du monde, le Brésil semble, sur le papier, être l'hôte rêvé. Ses plages de sable fin, ses stades mythiques, le toucher de balle de ses habitants, la samba et bien entendu les brésiliennes. La venue de la Coupe du Monde de football a pourtant semé la zizanie dans le pays. Il a fallu investir près de 9 milliards d'euros pour accueillir les 32 équipes nationales et les 600.000 étrangers qui ont prévu de venir séjourner au Brésil. Les infrastructures ont été rénovées avec pas moins de 12 stades entièrement neufs, les systèmes  de télécommunication ont été améliorés et la sécurité renforcée. Mais tous ces investissements ne sont pas du goût des locaux. Ils se sentent délaissés au profit d'un sport et jugent ces dépenses inutiles. Des manifestations ont eu lieu, la première notable dans la nuit du 16 au 17 juin 2013 où 200.000 personnes étaient présentes. Leurs revendications? Ils estimaient, à juste titre, qu'en ces temps difficiles il était plus important d'investir dans les services publics plutôt que dans le football. Par ailleurs le prix des transports en commun a augmenté, ne faisant qu'alimenter la gronde. Des anciennes figures du sport brésilien ont même rejoint leur cause à l'image de l'emblématique Ronaldo, qui a cependant condamné toute forme de manifestation violente - il est vrai que depuis un an, plusieurs manifestations anti-mondial se sont terminées dans la violence – et le roi Pelé. Des joueurs de la Seleçao ont également apporté leur soutien au mouvement comme Dani Alves, David Luis ou Hulk.

Au-delà de ce côté négatif, il y a tout de même du bon, avec plus de 3 milliards d'euros de retombées économiques pour le pays grâce, entre autre, à l'affluence croissante de visiteurs durant cette période. Pour mener à bien les chantiers des stades et infrastructures diverses, le pays a prévu de créer en tout et pour tout, 600.000 emplois dont 300.000 temporaires. Le gouvernement s'attend à un impact positif sur la croissance du pays de l'ordre de 0.4% par an et ce, jusqu'en 2019. Ces points n'ont malheureusement pas réussi à calmer les manifestants pour qui les dépenses engendrées par cette Coupe du Monde restent une hérésie. Le gouvernement assure que le droit à manifester sera respecté dès lors qu'il est exercé sans violences. Un gouvernement qui marche sur des œufs puisqu'en octobre auront lieu les élections présidentielles.

Les hauts dirigeants de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), les "têtes pensantes" comme on peut les surnommer non sans un brin d'humour, y sont allés de leurs déclarations, toutes aussi belles les unes que les autres, pour s'exprimer sur ce sujet brulant. Joseph Blatter, président de la FIFA a ouvert le bal au lendemain des manifestations de juin 2013, nous gratifiant d'un : «Le football est plus fort que linsatisfaction des gens», ce qui a augmenté le mouvement de foule 4 jours plus tard (forcément). Puis récemment, fin avril 2014, en marge de la conférence de presse du comité de pilotage de l'Euro 2016, Michel Platini s'est quant à lui fendu d'une superbe sortie, digne d'une reprise de volée pleine lucarne que vous saurez apprécier: « Il faut absolument dire aux Brésiliens qu’ils ont la Coupe du monde et qu’ils sont là pour montrer les beautés de leur pays, leur passion pour le football et que s’ils peuvent attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux, bah ce serait bien pour le Brésil et puis pour la planète football, quoi. Mais bon, après, après on maîtrise pas, quoi ».

Il faut malheureusement rajouter à cela les tragiques morts survenues sur les chantiers des stades qui n'ont pas encore tous les sièges requis, les travaux ayant pris des retards considérables. Aujourd'hui encore, à quelques jours du coup d'envoi de ce tournoi, des grèves paralysent les transports dans les villes de Sao Paulo et de Rio de Janeiro. Il y a également des menaces de mouvements sociaux au sein de la police, laissant à craindre pour la sécurité des équipes et des supporters.

mondial2Depuis plusieurs années, le Brésil est confronté à une croissance qui refuse d'avancer et à une inflation rendant le quotidien des brésiliens amère. Le slogan des habitants "it's not about 20 cents" (en français : ce n'est pas à propos de 20 centimes – en référence à l'augmentation du tarif des transports en commun) a été repris par de nombreuses stars à travers le monde comme Beyoncé, Lady Gaga, Arnold Schwarzenegger, Katy Perry ou encore Britney Spears.

Les tensions ont diminué ces derniers temps, mais doit-on craindre un redémarrage en flèche dès l'ouverture de la coupe du monde? Il faudra attendre le 13 juillet pour connaître le pays qui inscrira son nom sur la liste des vainqueurs. Dans quatre ans, la Russie en sera le nouvel hôte. Il faudra alors investir de nouveau et le pays a déjà prévu de dépenser 21 milliards d'euros soit 6 de plus que ce que prévoyait le budget initial. Nul doute que les russes battront un nouveau record, comme lors de l'organisation des JO de Sotchi en février dernier. En tout cas aujourd'hui l'essentiel est ailleurs: 

Pensez-vous toujours que ce soit juste à propos de 20 centimes?

 

Manuel Orengo

manu@kazeco.com

Sport Eco - kazeco.com