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Financement des Start Up en France : réalité ou poudre aux yeux ?

Les politiques montrent dorénavant un soutien indéfectible aux Start up. Le plan de communication mis en avant pour montrer que les Start up gagnent et donnent le visage d’une France dynamique, a bien fonctionné tout au long de l’année 2014.

Les moyens mis en place suivent cette dynamique ; « L’equity-crowdfunding" ou plateforme participative, facilité par la loi entrée en vigueur le 1er octobre 2014, permet aux entreprises de lever des fonds auprès des internautes grâce à des plateformes numériques sans passer par le circuit de financement traditionnel, tels que les banques avec toute la lourdeur bureaucratique et le scoring que cela implique. Cependant, même si la volonté existe et elle paraît bien réelle tant les deux ministres, Axelle Lemaire et Emmanuel Macron sont sur le terrain, la question se pose de savoir si les financements sont à à la hauteur aujourd’hui de l’enjeu. Axelle Lemaire nous donne un élément de réponse puisque son challenge pour fin 2015, est de faire investir les poids lourds des capitaux risqueurs américains sur le sol français.

Le Panorama sur le terrain 

Fort de la présence de 66 entreprises française et d’une moisson de prix puisque cinq start-up françaises ont reçu des trophées de l'innovation aux «CES Awards» de Las Vegas. On compte parmi ces récompensés, Withings  pour sa montre connectée et son système de domotique intégré, Giroptic pour sa caméra haute définition 360 degrés et Cityzen Sciences pour son tee-shirt connecté.

Au niveau législatif, nous l’avons dit, la loi du 1er octobre incite les sociétés à recourir à une plateforme participative et ainsi lever par ce moyen un montant plafonné à un million d’euros calculé sur une période de douze mois.

Ce levier est important car il s’agit de permettre aux entreprises dont la taille est trop faible pour intéresser les acteurs traditionnels du private equity, d'accéder à des investisseurs en fonds propres.

Les fonds collectés via la quarantaine de plateformes de crowdfunding qui existent en France ne s'élevaient encore qu'à 66,4 millions d'euros au premier semestre 2014, la loi devrait permettre d’obtenir des montants bien plus élevés.

2387123 panorama et resultats des plateformes de crowdfunding francaises 2

Les « equity crowdfunding », comme Wiseed ou Smartangels, sont encore faibles. Selon le Fibamy, ces plates-formes sont impliquées dans moins de 10 % des opérations en France.

Logique ? Oui, puisque les décrets d'application n'ont été publiés qu'en octobre. Cependant le secteur s'attend à ce que le « crowdfunding » prenne une part significative dans l'avenir. 

Panorama des opérations financières

Sur l’année passée, quelques acteurs semblent avoir raflé la mise. Par exemple, le site de e-commerce Sarenza, spécialisé dans la vente de chaussures, a levé 74 millions d'euros auprès des fonds HLD et BPI

BlaBlaCar, le spécialiste du covoiturage a annoncé ce mercredi 2 juillet une levée de fonds de 100 millions de dollars, soit 88 millions d’euros.

Withings, la start-up française spécialisée dans les objets de santé connectés (en photo le Pulse), a finalisé une levée de 23,5 millions

Les fonds Idinvest Partners, Elaia Partners, Partech Ventures, Ixo Private Equity et Intel Capital sont entrés à hauteur de 15 millions d’euros.

Drivy a réalisé une levée de fonds de 6 millions d'euros le 12 mai 2014

Le réseau social professionnel Viadeo a levé 5 millions d'euros (6,6 millions de dollars) auprès du fonds A Capital le 27 juin 2014.

Sur le premier semestre, les start-up françaises ont levé 445 millions d'euros et le second semble être du même acabit.

Les investisseurs les plus actifs sont Bpi France, Kima Ventures, Alven Capital, Sigma Gestion et Idinvest Partners, selon le baromètre EY du capital risque en France sur le premier semestre.

2238605 les start up francaises ont leve 445 millions d euros au premier semestre

Et Pourtant …

C'est moins que l'année passée : elles avaient levé 487 millions d'euros en 177 opérations au deuxième semestre 2013 et 488 millions en 211 opérations au premier semestre 2013.

Pour décembre 2014, « seulement » 21 deals pour un montant total de près de 44 millions d’euros ont été conclus. 

En août et septembre, on avait noté 54 opérations pour un montant total de levées de plus de 62 millions d’euros, dont deux levées comportant des investisseurs US et une comportant un investisseur du golfe.

Les fonds d’investissement dédiés aux PME ont ainsi pris des participations dans 57 entreprises pour 74 millions d’euros, en progression de 95% par rapport au premier semestre 2013.

Dans l'innovation, notamment les start-up, la BPI a investi 86 millions d’euros dans 26 entreprises, soit un boom de 161%. Et dans les grandes entreprises et Entreprises de taille intermédiaire (ETI), la banque publique est montée au capital de 15 sociétés au premier semestre, pour 293 millions d’euros (+14%). La BPI a pris son véritable rôle de capital risqueur en 2014.

Cependant, les investisseurs individuels ont diminué drastiquement leur contribution.

Le recul a atteint 13 % l'an dernier. La communauté d'investisseurs aurait rétréci. L'investissement des « business angels » dans le secteur Internet a baissé de 13 % en 2014, et le deuxième semestre a été particulièrement alarmant : le montant total levé par les start-up auprès des « business angels » a chuté de 24 % sur les six derniers mois de l'année, comparé au deuxième semestre 2013. Le niveau global d'investissement des « business angels », décisifs dans le financement des start-up car ils interviennent surtout lors des premiers financements, est ainsi revenu à celui de 2011-2012, après une embellie en 2013. Au total, l'indicateur a recensé plus de 26 millions d'euros investis par les « business angels » l'an dernier, un chiffre toutefois non exhaustif, les mouvements non significatifs n'étant pas comptabilisés.

La communauté des "Business Angels" semble se concentrer sur quelques entrepreneurs qui ont réussi et qui réinvestissent, alors que les autres investisseurs individuels ont peut-être eu tendance à se redéployer vers les secteurs traditionnels, les sociétés Internet ayant connu des fortunes diverses entre 2010 et 2012 ».

Autre tendance forte de l'année 2014, la propension des Business Angels à se détourner du secteur internet. Seuls les entrepreneurs qui ont fait fortune dans ce secteur continuent à miser sur les start-up de ce secteur. Une situation inquiétante dans la mesure où, comme l'observe l'Isai, la France accuse toujours un retard très important en matière de financement des start-up du numérique par les business angels (à PIB égal, environ 25 fois moins que les Etats-Unis et 10 fois moins que le Royaume-Uni). 

La fronde des « pigeons » est toujours d’actualité. Les pigeons demandent une simplification de l'investissement personnel, ainsi qu'une grande réforme de l'ISF, dont la complexité expliquerait en partie les différences observées entre les business angels français et leurs homologues anglo-saxons.

Le départ des entrepreneurs et des investisseurs à l’étranger, même si cela semble se tasser depuis fin 2013, constitue tout de même un phénomène qui a pu jouer sur la taille de la communauté des business angels.

Malgré cela, la France se hisse en seconde position au sein de l'Union Européenne en termes de nombre d'opérations avec 15% du nombre total des investissements, derrière le Royaume-Uni (25%) mais devant l'Allemagne (13%).

Aussi, des tickets d’entrée plus importants avec l'augmentation des montants investis. En moyenne, 400.000 euros par tour de table contre 350.000 euros les années précédentes.  

Cependant, en termes de montants levés, , la France conserve la troisième position avec 12% du total (27% pour le Royaume-Uni, 19% pour l'Allemagne).

Mais, selon le baromètre annuel du Fonds Isaï, qui mesure l'activité de ces investisseurs qui parient sur les start-up, les fonds levés ont baissé de 25 à 30% durant le second semestre 2014. Des chiffres qui viennent tempérer l'enthousiasme de ces derniers mois. En effet, le nombre de levées de fonds est ainsi revenu au niveau de 2011.

"Il faut se mettre dans la peau d'un investisseur, perdu dans les discours contradictoires entre un climat politique très favorable aux start-up, et par exemple des lois qui protègent les taxis", expliquent les analystes d'Isaï. "Les entrepreneurs sont formidables, mais les investisseurs restent paralysés par le risque politique", fait remarquer l'un d'eux. Il est vrai que tous les pays européens rencontrent cette problématique du financement nécessaire pour aider les start-up à atteindre le statut d'entreprises de dimension internationale. Le marché américain offre accès à 320 millions de consommateurs. Cela veut-il dire que l’Europe n’est pas assez intégrée ? Oui selon les spécialistes. 

Au total, une envie et un dynamisme sur le secteur des start up en France donnent l’enthousiasme. La French Tech, ces « Barbares » montrent une vraie dynamique et d’ailleurs les politiques ont bien compris que le sursaut de la France passerait forcément et en partie par les start up. Seulement, malgré les avancées récentes, des financements, le cadre légale, fiscale et des financements lourds freinent encore les talents de s’exprimer complètement.

La fin de l’année 2015 donnera une vision sincère du travail accompli.

David Gurn