Economie et Sport

Fêtes, Foot et gueule de bois

2014 est mort vive 2015! La nouvelle année est arrivée avec son lot de traditionnelles bonnes résolutions. Chacun y va de ses idées, de son thème, mais il y en a un qui fait fureur à tous les coups: le sport! C’est un peu normal de vouloir éliminer les excès du mois de décembre (ou de l’année toute entière), plein de volonté et parfois un peu éméché, nous nous lançons dans des idées farfelues comme celle de vouloir finir un marathon ou bien s’inscrire en salle de sport pour retrouver la ligne, pour le plus grand bonheur des coaches. Les fêtes de fin d’année ne se résument pourtant pas qu’à de bonnes résolutions, elles sont aussi synonyme de « Boxing Day ». Un terme qui fait vibrer les amateurs de shopping mais surtout de football.

Le Boxing Day c’est quoi?

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A l’origine c’est une tradition de plusieurs pays du Commonwealth, comme l’Angleterre ou le Canada, qui veut qu’au lendemain de Noël on distribue des cadeaux aux plus démunis. Le terme provient du mot « box » (boîte) car à l’époque, les serviteurs prenaient congé de ce jour et récupéraient dans une boîte les restes de Noël et des présents. Mais aujourd’hui c’est aussi une tradition que les férus de sport attendent avec impatience. Traditionnellement, les britanniques utilisaient des chiens pour chasser des renards, mieux connu sous le nom de « chasse à courre », ce qui est aujourd’hui interdit. A présent, les courses de chiens, le Rugby et le Football on prit le dessus. Ce jour est férié pour les banques, s’il tombe un samedi le lundi est décrété férié, s’il tombe un dimanche, ce sont les lundi et mardi suivants qui le sont. Beaucoup d’écoles et d’institutions sont fermées, néanmoins, beaucoup de magasins, voire la quasi-totalité, sont ouverts en raison du début des soldes. De quoi satisfaire ces dames.

boxing2Beaucoup de britanniques profitent de ces jours de repos pour aller voir les matchs de championnat de football où, traditionnellement, les clubs jouent contre les rivaux voisins, et ce pour éviter aux  supporters et aux joueurs des déplacements trop importants pour disputer ou assister aux rencontres. Londres est en effervescence à cette période puisque la capitale compte un grand nombre de clubs de Premier League (l’équivalent de la Ligue 1 française). Le Boxing Day se déroule en 3 matchs: le 26 décembre, le 28 décembre et le 1er janvier. Les joueurs anglais n’ont donc pas, contrairement à leurs homologues européens, de vacances de Noël. On ne chôme pas sur les terres du pays qui jadis inventa le football! Ces journées sont historiquement les plus rentables pour les billetteries des clubs, plus qu’intéressant financièrement donc, avec une moyenne de remplissage des enceintes sportives allant de 95 à 100%!

boxing4Le planning peut parfois être dur pour les joueurs qui ont du mal à s’accoutumer aux matchs d’après fêtes, à l’image de la déclaration il y a quelques temps du français Olivier Giroud, attaquant d’Arsenal: « t’es tout seul à l’hôtel, franchement c’est un peu glauque, t’appelles tes potes, la famille, mais ça te donne encore plus le cafard de savoir qu’ils font la fête. Donc tu coupes le portable ». Même s’ils s’adaptent en s’expatriant en Angleterre, la transition reste tout de même difficile pour les joueurs français.

3boxing4Importer ce modèle en France est à l’ordre du jour. La LFP (Ligue de Football Professionnel) planche sérieusement sur le sujet qui pourrait rapporter gros en terme de droits TV. Les chiffres prévisionnels ne sont pas communiqués, mais on sait qu’en cette période l’audience pourrait exploser et le montant des droits également. Seulement, les arguments « contre » vont bon train. Pour commencer, la question de l’intégrité physique des joueurs qui, après 5 mois de compétition, ont besoin de mettre les organismes au repos, se pose. Nous avons aussi la différence de culture avec l’Angleterre, où le football est une religion, bien au-delà de l’engouement du public français pour le ballon rond (même s’il reste le sport le plus pratiqué en France). Et puis, disons-le, les affiches de Premier League, sont plus attrayantes que celles de Ligue 1. Pour finir, en Angleterre le 26 décembre est, comme nous l’avons dit, traditionnellement un jour férié (depuis 1871 tout de même), ce qui permet de faire jouer les matchs en plein après-midi et de rendre l’instant agréable pour une sortie en famille au stade. Chez nous, cela est impossible, il faudrait faire jouer les matchs le soir, ce qui rendrait plus compliqué de remplir les stades après une journée hivernale de travail, même en période de fêtes. Ces arguments ont été avancés par Mr. Piat, le président de l’association chargée de défendre les intérêts des joueurs professionnels: l’UNFP (Union Nationale de Footballeurs Professionnels).

Néanmoins, cela n’est pas impossible, et nos voisins Belges l’ont même mis en place il y a cinq ans. Les autorités avaient, pour l’occasion, demandé à ce qu’aucun match à risque ne soit disputé à cette occasion en raison des effectifs réduits en période de fêtes du côté des forces de l’ordre. Malheureusement, cette contrainte engendrant des affiches moins attrayantes, la Belgique fait face à ce que craint Mr. Piat pour la France: le manque de spectateurs. Aussi, ce Boxing Day à la belge, est de plus en plus impopulaire, à tel point qu’il est en péril aujourd’hui.

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Le chamboulement du calendrier pour copier le modèle de réussite anglais ne fait pas recette. Difficile d’importer ce qui est en place depuis des années dans un modèle économique et culturel totalement différent.

Les anglais vont loin dans leur démarche de foot et de fêtes puisque des matchs ont non seulement lieu les 26 et 28 décembre mais aussi le 1er janvier! Le coup doit être encore plus dur à encaisser pour les joueurs qui ont à peine (voire même pas) le temps de fêter la nouvelle année qu’il faut vite se reposer pour préparer les matchs du lendemain se déroulant l’après-midi. Les organismes sont souvent fatigués et les surprises sont au rendez-vous. Cette année par exemple, le leader Chelsea s’est effondré chez son voisin londonien Tottenham sur le score fleuve de 5 à 3, Stoke City ( qui erre dans la deuxième partie du classement) a tenu en échec Manchester United (3ème) 1 but partout, tout comme Liverpool sur sa pelouse face à la lanterne rouge Leicester (2 à 2). Des surprises partout je vous dit, d’autant qu’aucun club évoluant à l’extérieur n’a gagné pour le premier jour de l‘année.

La culture footballistique anglaise et l’engouement qui l’entoure sont enviés par les autres pays européens qui rêvent de vivre ces moments intenses que ce soit en tant que joueur, des tribunes ou encore en tant que chaîne TV ayant obtenu les droits de retransmission.

Il faudra néanmoins s’armer de patience avant d’arriver à la cheville des anglais, ou alors poser des jours de congés pour aller le vivre directement là bas.

En attendant le prochain Boxing Day, bonnes résolutions ou non, bonne année 2015 à tous.

Manuel Orengo

manu@kazeco.com

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