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Etats-Unis, Europe : hausse de l'appétit pour le risque

Les annonces des banquiers centraux ont clairement augmenté l’appétence des investisseurs au risque. La BCE promet de faire « plus » pour soutenir la croissance et la banque centrale américaine est sortie de son indécision. L’économie américaine est suffisamment solide pour supporter une première hausse des taux directeurs, éventuellement en décembre. Le statu quo de septembre, en validant les craintes de « contagion » du ralentissement des émergents sur la croissance américaine avait accentué les anticipations les plus anxiogènes sur les marchés. En réaffirmant sa volonté de commencer à normaliser sa politique monétaire, le Fed a « rassuré » sur la solidité de l’économie et, enfin, fourni un début de timing clair pour sa politique monétaire. La question, notamment cette semaine, est de savoir si les indicateurs économiques qui seront publiés seront suffisamment solides pour « ancrer » ces anticipations de hausse des taux directeurs. Comme toujours, le rapport du BLS sur le marché du travail de vendredi sera déterminant.

La fin de saison de saison des earnings du troisième trimestre s’annonce aux Etats-Unis. Après la publication de 331 sociétés, soit 66% de l’indice du S&P 500, seulement 45% des entreprises annoncent des chiffres d’affaires au-dessus des attentes, mais 79% des EPS sont meilleurs qu’attendu. Une fois de plus, les entreprises américaines restent focalisées sur le « retour aux actionnaires » via des programmes de rachats d’actions ou des dividendes généreux. Les rachats d’actions ont, d’ailleurs, accéléré au troisième trimestre, contribuant à limiter la chute de Wall Street. Mais, sur le fond, les discours des entreprises sur les perspectives économiques mondiales restent mitigés. Les résultats des entreprises américaines sont aussi très lourdement affectés par la hausse du dollar. Elles seront très sensibles au comportement du billet vert sur le marché des changes ces prochains mois, si le Fed commence effectivement à remonter ses taux directeurs…

 

Etats-Unis/Europe : hausse de l’appétit pour le risque malgré des signaux mitigés

rtts europe etatsunis

Les dernières statistiques hebdomadaires sur les flux dans les gestions montrent un net retour de l’appétit pour le risque de la part des investisseurs. La collecte des fonds actions ou des fonds spécialisé dans le crédit, y compris le high yield, a fortement augmenté au cours des deux dernières semaines. Le discours de M. Draghi a accentué l’appétit des investisseurs pour le risque. Le communiqué du FOMC, diffusé après sa réunion de la semaine dernière, malgré l’annonce qu’une hausse des taux directeurs est « sur la table », a été aussi perçu très positivement. Les investisseurs privilégient, une nouvelle fois, le discours des banquiers centraux aux signaux envoyés par les chefs d’entreprises.

Mais il est clair que les publications des sociétés sont nettement moins favorables que le discours des banques centrales. Aux Etats-Unis, cette saison des earnings aura été essentiellement marquée par la bonne performance des valeurs du secteur technologique, et encore, d’une partie des valeurs de ce secteur. Cette semaine, le « F » des GAFA, c’est-à-dire Facebook, publiera ses résultats. Mais, avec Microsoft, les GAFA sont la bonne surprise de cette saison des earnings. Netflix, la star des publications du second trimestre, qui avait fait chuter les valeurs liées aux câbles et de média, a perdu de son éclat. Les grands gagnants sont les valeurs technologiques qui exercent une activité liée au « cloud » ou profitant de son développement. Internet et ses applications pour mobiles sont des moteurs de croissance exceptionnels. Apple, parmi les équipementiers télécom, concentre l’essentiel des profits du secteur, comme Google ou Facebook sur le marché publicitaire. Dans le monde de l’internet, un leader remporte l’essentiel des parts de marché et des profits. Face à des milliers de startups, la puissance des GAFA n’a jamais été aussi forte. Ces valeurs offrent encore des perspectives exceptionnelles de croissance malgré un environnement économique global très incertain.

Les discours des chefs d’entreprise des autres secteurs sont nettement plus mitigés. Il est souvent question de restructuration ou d’amélioration des marges. Face à une appréciation du dollar qui pèse sur leurs résultats, les entreprises américaines, comme au second trimestre, mettent en place, en priorité, un strict contrôle de leurs coûts et se concentrent sur leurs profits par actions. Le développement du chiffre d’affaires est mis de côté, les cashflows seront principalement utilisés à rémunérer les actionnaires, via des programme de rachats d’actions ou des augmentations de dividendes. Les discours sur les perspectives économiques restent globalement négatifs, comme au second trimestre, avec une forte incertitude sur la croissance dans les émergents. Entre un « dollar fort » et une croissance mondiale jugée en berne, les discours des CEO sont rarement très « offensifs » et positifs. En cas de réelle et durable déception sur une activité, le spin off reste l’arme la plus utilisée pour améliorer à terme ses EPS…

En Europe, les marchés ont vécu, la semaine dernière, leur première salve importante de publications de résultats d’entreprises du Stoxx. Pour résumer les grandes lignes : c’est assez mitigé avec des déceptions souvent plus sévèrement sanctionnées, en absolu, que les hausses qui suivent les bonnes surprises ont été saluées. De manière générale, les effets change représentent toujours un apport conséquent à la croissance publiée au troisième trimestre, mais l’impact est plus faible qu’au premier semestre. Il ne fera d’ailleurs que se réduire au quatrième trimestre et, surtout, au premier trimestre 2016, si les taux de change varient peu d’ici là. Certaines valeurs très exposées à des émergents bien spécifiques endurent même des effets change négatifs (real brésilien, rouble russe, etc.). Sinon, outre le ralentissement des émergents, les chiffres publiés en Europe ne montrent pas d’accélération. Mais il est néanmoins difficile d’extraire des enseignements généraux car d’un secteur à l’autre et même d’un titre à l’autre, les conclusions sont différentes.

Ainsi, dans l’automobile, le secteur qui a le plus progressé en octobre après la chute du mois de septembre provoquée par le scandale Volkswagen, les résultats ont globalement été bien accueillis. Daimler avait mis le secteur sur une bonne trajectoire la semaine précédente. Les chiffres de Peugeot, mais surtout Renault et encore plus de Nokian Renkaat, ont rassuré. Volkswagen a progressé le jour de sa publication, mais la visibilité reste encore faible et la performance de la valeur sur l’ensemble de la semaine a été mitigée. Dans les biens de consommation, les publications étaient moins nombreuses. La semaine précédente, les chiffres de Burberry (mauvais) avaient été contrebalancés par les publications de LVMH et Kering (bonnes). La semaine dernière, L’Oréal a déçu, SEB a fait fort et Luxottica conserve une croissance solide mais la forte valorisation du titre lui a fait perdre du terrain. Pour le leader mondial des cosmétiques, l’Europe et les Nouveaux marchés ont déçu mais l’Amérique du Nord a tiré la croissance.

Dans la chimie, BASF a été contraint d’abaisser sa guidance 2015 et Linde a publié des résultats mitigés. C’était mieux du côté d’Air Liquide, mais surtout chez Solvay, même si le marché a fait la fine bouche (forte hausse à l’ouverture mais le titre a clôturé proche de l’équilibre). Dans les télécoms, la grosse sanction a été pour Altice, malgré des chiffres proches des attentes. Mais le marché s’inquiète toujours de l’effritement du CA et redoute que les mesures prises pour stabiliser les bases d’abonnés ne viennent peser sur l’EBITDA, la mesure scrutée de près en raison de l’endettement du groupe. Dans la technologie, Nokia va procéder à un important retour à l’actionnaire et a relevé sa guidance annuelle, malgré des résultats en légère baisse sur un an. Le titre s’est envolé de 10% et a entraîné Alcatel-Lucent par ricochet. Par contre, Gemalto s’est effondré après sa nette contreperformance dans la branche mobile, qui a publié un recul significatif du chiffre d’affaires, même si son chiffre d’affaires reste globalement en hausse.

En France, des valeurs comme Saint-Gobain ou Schneider Electric n’ont pas fait de miracle avec des perspectives décevantes en raison de leur exposition à des marchés difficiles, la construction en Europe et en Chine ou les secteurs industriels comme le pétrole et le gaz pour Schneider. Idem pour TF1, toujours confronté à un marché de la publicité anémique et à l’érosion de ses audiences. Mais d’autres, comme Airbus, ont dévoilé des résultats trimestriels solides.

Mais le secteur qui a sans doute fait le plus réagir, est celui des banques. Hormis les bons chiffres de BNP Paribas, les titres des autres établissements comme Deutsche Bank, Barclays, Standard Chartered, Santander ou BBVA ont légèrement baissé au mieux, piqué du nez au pire. Les sanctions les plus lourdes sont à chercher du côté des banques qui se réorganisent lourdement, comme Deutsche Bank et Barclays. Pour s’adapter à la nouvelle donne et à l’inflation réglementaire, ces banques sont obligées de revoir leur modèle, ce qui laisse le marché sceptique, sachant que la transformation s’annonce longue et profonde. Sur la semaine, le secteur Euro Stoxx Banks a d’ailleurs cédé 3,0%.

La saison des earnings n’est pas terminée, notamment en Europe. Mais, clairement, les discours « micro » sont loin d’être euphoriques. Heureusement que Draghi et Yellen sont présents pour rassurer les investisseurs !

C. Parisot