La Chronique du Chef-Economiste

Enfin de bonnes surprises

La confiance semble être revenue sur les marchés. Sur le triptyque baissier, « pétrole/Chine/craintes de récession aux Etats-Unis », les investisseurs sont essentiellement plus confiants sur la croissance aux Etats-Unis. La situation en Chine reste complexe et difficile à analyser. Le gouvernement doit rapidement détruire des capacités de production excédentaires, tout en finançant un « plan de relance », pour atteindre son objectif de croissance (6,5/7% pour 2016 et 6,5% en moyenne sur les 5 prochaines années). La situation reste complexe. Du côté du pétrole, l’OPEP ne pourra trouver une unanimité sur un gel de sa production avec l’Iran en son sein. Mais, les dernières négociations entre pays de l’OPEP et non-OPEP laissent espérer un gel de la production dans une partie des pays. Les scénarios les plus noirs sur les prix du pétrole s’effacent, mais sans une révision à la hausse de la croissance mondiale, donc de la demande, il est difficile d’accorder aux prix du pétrole un fort potentiel de hausse. Le principale market mover des dernières semaines est clairement la perception sur l’économie américaine associée à des discours très cléments des membres du FOMC, annonçant implicitement un statu quo de la politique monétaire américaine en mars. Un recul du risque de récession et pas de hausse des taux directeur, un scénario idéal pour Wall Street ! Mais, est-il durable ?

Enfin des bonnes surprises…

Dans l’ensemble des statistiques publiées la semaine dernière, un indicateur était étonnant : l'indice de confiance des investisseurs de State Street a baissé de 2,2 points au mois de février, à 106,5. Le recul de cette confiance peut paraître étonnant alors que le marché actions et les cours du pétrole ont marqué une nette inflexion depuis la mi-février. Mais, les résultats de cette enquête sont plus étonnants dans sa décomposition par zone géographique. La confiance recule de 13 points en Europe, son repli le plus violent depuis 16 mois. En Asie, l’indice est en hausse de 9,2 points et il progresse de 0,4 point en Amérique du Nord. La perception sur l’Europe serait donc le « maillon » faible des marchés. Cette thématique change par rapport au début d’année. Les craintes étaient essentiellement sur les Etats-Unis avec un risque de récession estimé en forte hausse sur les derniers mois. Comment expliquer ce changement de perception ?

eco surprises

 
Les graphiques ci-dessus présentent les écarts entre les publications d’indicateurs économiques et les attentes du consensus. Un indicateur en-dessous de 0 indique des « mauvaises surprises », ou des attentes du consensus trop élevées. A l’inverse, un indicateur très positif indique une sous-estimation de la croissance par le consensus. A long terme, ces indicateurs, au niveau des Etats-Unis, de l’Europe ou de la Chine, sont très volatils et il est difficile de conclure à un biais optimiste ou pessimiste du consensus.
 

Par contre, à plus court terme, nous observons un « effet ciseau » entre les Etats-Unis et l’Europe. Sur le dernier trimestre 2015, l’Europe a offert de « bonnes surprises » par rapport aux attentes du consensus. L’économie européenne apparaissait comme « résistante » face aux risques sur la croissance mondiale, justifiant un discours plutôt positif sur la zone, même si le rythme de croissance en Europe resterait relativement faible. L’image d’une amélioration graduelle de l’économie européenne n’était pas remise en cause. Par contre, depuis janvier, cette « image positive » s’est nettement détériorer avec la publication de nombreux indicateurs d’activité en-dessous des attentes du consensus. Certes, il n’y a pas de signaux de retournement conjoncturel, mais, si l’on tient compte de ces dernières publications, la croissance dans la zone euro pourrait être revue en légère baisse en 2016.

A l’inverse, l’économie américaine a été très décevante, par rapport aux attentes du consensus, sur le dernier trimestre 2015 et en janvier 2016. Sur le mois de février, les statistiques restent inférieures, en moyenne, par rapport aux attentes du consensus, mais il existe quelques « bonnes surprises » comme les chiffres de l’emploi, les dépenses de construction de février… Ainsi, globalement, les scénarios les plus noirs sur l’économie américaine s’effacent. La probabilité d’une chute de l’économie en récession est en forte baisse au regard des indicateurs publiés sur février et en ce début mars. Ainsi, les investisseurs peuvent retenir deux éléments : les déceptions sur la croissance ne militent pas pour un resserrement monétaire de la banque centrale à court terme, mais les indicateurs ne sont pas suffisamment mauvais pour réviser fortement à la baisse les projections de croissance de 2016. Certes, la croissance restera faible, mais les taux d’intérêt aussi… Au final, ce scénario n’est pas forcément le pire pour Wall Street, notamment si dans les prochaines semaines, l’indicateur de « surprise » repasse dans les positifs… Certes, il ne devra pas trop monter, car rapidement, le discours des membres du FOMC pourrait « gâcher la fête » sur les marchés….

Mais, au final, il existe bien une « rupture » sur les dernières semaines entre la perception de l’économie américaine et européenne. Ce changement de perception ne s’est pas encore traduit sur les changes ou en termes de performance relative de marchés. Mais, si elle perdure, voir s’accentue, elle aura un impact sur les anticipations de politique monétaire des deux côtés de l’atlantique. L’anticipation d’une hausse des taux directeurs du Fed en juin sera renforcée. Du côté de la BCE, si la banque centrale adopte des nouvelles mesures d’assouplissement à « minima », les attentes autour de sa politique monétaire resteront importantes. Le dollar pourrait alors connaître, à nouveau, une tendance haussière… Ce mouvement sera alors une nouvelle pression sur la valorisation de Wall Street et les cours du pétrole. Le mouvement de « Yo-Yo » des marchés n’est peut-être pas fini…

C. Parisot

Chef Economiste