Droits TV : les parts du gâteau

En France, en dehors des terrains de football et de leurs joueurs aux salaires, parfois exorbitants, une autre bataille fait rage: celle de la répartition des droits TV. Qu’il s’agisse de la Ligue 1 ou de la Ligue des Champions, le combat des chaînes est le même et il pourrait être comparé à un combat de chéquiers. Des droits TV qui profitent également aux clubs, qui ne sont pas en reste.

Comment fonctionnent les droits TV en football? Pour mieux comprendre cela, prenons l'exemple de la Ligue 1 et de la Ligue 2. En mars dernier, la Ligue de football professionnel (LFP) lançait un appel d'offres anticipé, voulant surfer sur la vague de la concurrence entre les chaînes payantes et les bons résultats du PSG en Ligue des Champions, pour les droits de diffusion de ces deux ligues sur la période 2016-2020. Pour la répartition entre les chaînes, les droits L1 et L2 sont fractionnés en 9 lots qui seront attribués aux plus offrants, 6 lots pour la L1 et 3 pour la L2, dont la LFP en a proposé un résumé illustré ici-même: 

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Ainsi par exemple, le lot 1 pour la Ligue 1 représente 2 matchs en direct par journée, dont une rencontre de premier choix (pour 28 journées) ou de deuxième choix (pour 10 journées), plus un match de troisième choix (pour 38 journées) et deux magazines le samedi soir et le dimanche.

La LFP avait fixé par lot un prix de réserve tenu secret. Si le prix était atteint, l'attribution des lots était automatique. Si le prix n'était pas atteint, la LFP se réservait le droit d'attribuer ou non tout ou partie des lots. Le montant des droits TV du championnat français (1ère et 2ème division) hors droits vendus à l'étranger, s'élevait à 607 millions d'euros pour la période 2012-2016 (668 pour 2008-2012). L'objectif était donc de surperformer ces résultats et de montrer que le championnat français peut prétendre à jouer dans la cours des grands. A titre de comparaison, le montant des droits TV pour le championnat anglais de Premier League sur la période 2013-2016 s'élevait à 755 millions de livres sterling, soit plus de 900 millions d'euros. Il n'y a rien à redire, l'Angleterre est bien le pays du football.

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Chez nous, le match s'est donc joué entre les deux chaînes payantes : Canal+ et beIN Sport.  Au combat de coq c'est Canal+ qui sort vainqueur en décrochant le graal avec les lots 1 et 2. BeIN Sport hérite des lots 3, 4, 5 et 6. La chaîne cryptée aura le privilège de se servir dans le buffet des matchs encore chauds pour sélectionner ses affiches et conservera ses magazines spécialisés "Jour de Foot" et "Canal Football Club", un soulagement pour ses abonnés. BeIN Sport devra attendre que son rival ait fait son choix pour les 3 affiches avant de connaître les matchs qu'elle diffusera. Canal+ dispose donc d'un match de plus qu'actuellement (2 jusqu'à la fin de la saison 2015-2016).

La facture est salée tout de même pour les deux chaînes mais les rentrées d'argent seront d'autant plus importantes. Canal+ devra débourser environ 265 millions d'euros pour le lot 1 et 275 millions pour le lot 2, soit un peu plus de 540 millions d'euros et beIN Sport 160 millions pour le lot 3 et 26.5 millions pour les lots 4, 5 et 6, soit 186.5 millions d'euros. Avec ces chiffres, la LFP peut se féliciter de donner plus d'importance au championnat français et de renflouer ses caisses au passage.

Pour citer le cas Ligue des Champions, le match (retour) entre Canal+ et beIN Sport concernant la période 2015-2018 s'est soldé par un nul. En effet, les deux chaînes  devront se partager la diffusion. La chaîne Qatarie obtient le choix de diffusion de l'affiche du mardi et la diffusion des autres matchs du mercredi, la chaîne cryptée quant à elle, obtient la diffusion de la première affiche du mercredi et de son magazine "Canal Champions Club".

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Le montant total des droits TV pour le championnat français, s'élèvera donc à 748.50 millions d'euros selon les chiffres de la LFP de 2016 à 2020. Une forte augmentation due en partie aux recrutements phares du PSG et de l'AS Monaco ainsi qu'à la lutte que se livrent les chaînes payantes. La France reste distancée par d'autres grands championnats européens, dont la domination de l'Angleterre qui reste sans égal. Nul ne doute, en France, que le football est le sport le plus attrayant.

A qui profite ce montant en Ligue 1?

A la LFP avant tout, bien entendu, mais pas que. Aujourd'hui 50% du montant global est divisé en parts égales, 30% du montant distribué selon la notoriété du club, 15% selon l'exposition médiatique et le reste est redistribué dans le football amateur. La notoriété par club est désormais basée sur les 5 saisons précédentes. On note que le fonctionnement diffère de ce qui est pratiqué en Espagne où le FC Barcelone et le Real de Madrid négocient directement avec les diffuseurs le montant des droits qui leur sera reversé. En Angleterre, l'écart entre le club le moins rémunéré et le plus rémunéré est le plus faible, et le montant réparti y est le plus important. A titre indicatif, les droits des 5 championnats majeurs européens ont augmenté d'un milliard d'euros (+25%) entre 2010 et 2013.

Les clubs français profitent donc pleinement de ces droits TV, qui représentaient pour la saison 2012/2013 54% de leurs revenus en moyenne. Avec un fort déficit (en moyenne 39%) et la taxe du gouvernement à 75% sur les hauts salaires, les clubs vont devoir revoir leur modèle économique, car après 2020, rien ne garantit que le montant reversé sera toujours aussi important, ni même que Le PSG ou Monaco n'auront pas négocié leurs parts en début de saison, réduisant ainsi celle des autres clubs. Il va falloir s'assurer d'autres revenus et limiter les dépenses. Les nouveaux stades en vue de l'Euro 2016 pourront, pour certains comme Lyon, contribuer à augmenter les rentrées d'argent. Est-ce que cela suffira?

  

Manuel Orengo

manu@kazeco.com

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