La Chronique du Chef Economiste

Des résultats qui ne font plus rêver...

Etonnant ! Face au déluge de publications de sociétés, de nombreux indicateurs économiques des deux côtés de l’Atlantique, notamment des estimations préliminaires du PIB du second trimestre, le comportement des indices boursiers est étonnamment « calme ». Certes, quelques arbitrages entre certaines valeurs ont été violents, mais sans pour autant dessiner une réelle nouvelle tendance sur les indices. Les entreprises, globalement, annoncent des résultats positifs des deux côtés de l’atlantique. Nous réalisons un bilan de ces publications ce matin. Mais, finalement, l’orientation des indices reste plus guidée par les « éléments macro » que « micro ». Les stress tests bancaires ou les chiffres de l’emploi américains pourraient être plus déterminant que les changements de guidances des entreprises… Etonnant ! Face au déluge de publications de sociétés, de nombreux indicateurs économiques des deux côtés de l’atlantique, notamment des estimations préliminaires du PIB du second trimestre, le comportement des indices boursiers est étonnamment « calme ». Certes, quelques arbitrages entre certaines valeurs ont été violents, mais sans pour autant dessiner une réelle nouvelle tendance sur les indices. Les entreprises, globalement, annoncent des résultats positifs des deux côtés de l’atlantique. Nous réalisons un bilan de ces publications ce matin. Mais, finalement, l’orientation des indices reste plus guidée par les « éléments macro » que « micro ». Les stress tests bancaires ou les chiffres de l’emploi américains pourraient être plus déterminant que les changements de guidances des entreprises…

Entreprises, des résultats qui ne font plus rêver…

Du côté des Etats-Unis, à vendredi soir, l’essentiel des grandes sociétés du S&P 500 ont réalisé leurs publications de résultats du second trimestre : 61%, soit 306 entreprises, du S&P 500 se sont livrées à cet exercice. Le sentiment global est que les discours des chefs d’entreprises apportent peu d’éléments nouveaux. La conjoncture mondiale est toujours qualifiée de « challenging » ou très incertaine. Les chefs d’entreprises restent concentrés sur la réduction de leurs coûts et la maximisation de leur cash flow en dollar. Certes, le « dollar fort » est moins au centre de leur discours, même si plusieurs entreprises déçoivent du fait de la volatilité des changes. Mais, plusieurs sociétés relèvent leurs guidances 2016 du fait d’une appréciation moins forte qu’anticiper du dollar.
Au niveau géographique, les chefs d’entreprises parlent beaucoup moins de la Chine ou globalement des émergents. La situation en Chine semble s’être stabilisé et n’est plus une source majeure d’inquiétude. L’Amérique Latine, en dehors du Venezuela, présente une situation moins stressante, au contraire, plusieurs industriels annoncent une amélioration dans cette région dans les prochains mois. L’Europe est aussi présentée, généralement, comme une zone de faible croissance. Le brexit est généralement perçu comme un élément de plus d’incertitude sur la croissance mondiale, mais très peu de chefs d’entreprises, hormis le CEO de Ford, ont des discours très négatifs, hormis un impact direct de la chute de la livre dans leurs comptes. Le fonds du problème est qu’aucune zone géographique ne semble offrir, pour les prochains mois, un fort potentiel de croissance, permettant aux chefs d’entreprise des annonces très positives de croissance du chiffre d’affaires ou des profits. Ainsi, l’obsession reste le versement de dividendes et des rachats d’actions, plus d’une croissance de leurs investissements…

Par secteur d’activité, les « GAFA », avec Microsoft, sont les grands gagnants de ces trimestriels. Les cinq sociétés ont publié des résultats au-dessus des attentes. Globalement, ces entreprises profitent de la croissance des activités autour du « cloud » et de l’achat de services, sur internet, des ménages. Google ou Facebook domine clairement le marché publicitaire sur le mobile. Amazon et Microsoft connaissent des taux de croissance record de leurs activités dans le « coud ». Apple est un cas particulier. La société est en difficulté sur le segment du mobile et sa montre connectée ne sera pas un nouveau moteur de croissance, mais le chiffre d’affaires généré par ses services reste en net croissance. De plus, les ventes de l’entreprise font preuve d’une grande solidité face à la concurrence, notamment de Samsung. Les valeurs « GAFAM » affiche encore des taux de croissance ou des perspectives positives et souffrent nettement moins que d’autres secteurs de l’environnement international difficile.

Le secteur pétrolier est toujours dans un environnement difficile. Les parapétroliers considèrent que le « pire » est passé mais les résultats du second trimestre restent très déprimés. Les pressions sur les prix de vente sont encore d’actualité pour les groupes d’agroalimentaires. La concurrence entre les marques est forte et le souhait de manger plus « sainement » reste un thème important des consommateurs qui pénalise des ventes de boissons gazeuses, de snack food ou de la restauration rapide (comme par exemple Mc Donald). Ce mouvement est particulièrement important aux Etats-Unis. Mais, les marchés émergents donnent des signes de redressement pour ces entreprises. Les valeurs industrielles profitent encore d’une forte croissance du marché aéronautique, ou pour les chimistes, globalement, d’un redressement des ventes en volume. Mais, le recul des prix reste une forte pression baissière sur la croissance des chiffres d’affaires. Enfin, parmi les secteurs sans surprise, toujours en forte croissance, la santé bénéficie de ses hausses de prix sur le marché Nord-Américain et d’une solide croissance de la demande grâce au renouvellement des médicaments. La croissance dans ce secteur reste solide.

Globalement, ces résultats d’entreprise du S&P 500 sont « positifs ». Les guidances 2016 sont majoritairement relevées à la hausse et les entreprises sont confiantes dans la réalisation de leurs objectifs personnels de résultats annuels, malgré un environnement « difficile et incertain ». Mais, rien dans les discours des CEO ne permet de souligner une zone ou un segment de marché permettant de connaître dans les prochains mois une croissance très forte, à deux chiffres. Les résultats sont bons mais les perspectives d’activité ne font pas « rêvées », hormis peut-être pour les « GAFA » …
 
 
Sur l’ensemble des valeurs du Stoxx 600, près de 220 ont publié leurs résultats la semaine passée. Les entreprises européennes publient toujours plus tard en moyenne que leurs homologues américains mais année après année, l’écart semble se réduire. En tout cas, avant le mois d’août, beaucoup de directions financières avaient l’intention de dévoiler les chiffres du trimestre passé, bons pour la plupart.
Les banques ont globalement déçu, notamment Deutsche Bank, Credit Suisse ou encore Commerzbank. C’était mieux du côté de BNP Paribas, BBVA ou UBS, mais dans l’ensemble, les résultats sont en baisse avec une double pression, l’attentisme des clients dans un environnement sans visibilité d’une part et la faiblesse des taux d’autre part. Toutefois, le point d’orgue de la semaine était la publication des tests de résistance de l’ABE vendredi soir à 22h, heure de Paris (cf. After Market du jour).
Au sein des autres secteurs, les autos se sont illustrées grâce aux françaises : Faurecia, Michelin, Plastic Omnium, Valeo, Renault et Peugeot ont tous publié des bons résultats avec parfois des marges records. Si ces bons chiffres sont souvent salués le jour de la publication, les titres peinent à entretenir leur tendance haussière dans les jours qui suivent, signe que le secteur auto, cyclique, par excellence, ne convainc toujours pas les investisseurs au regard des défis qui s’annoncent dans les années à venir.
Dans les télécoms, Orange a perdu 3,7% le jour de sa publication malgré des chiffres en ligne avec les attentes et un EBITDA en légère croissance mais le contexte concurrentiel reste dur en France avec de nouvelles promotions qui pèsent sur les ventes domestiques. Même sanction pour Telefonica, qui perd 4% après une publication globalement en ligne mais la dette supérieure à 50 mrds d’euros ne fait toujours pas l’objet d’un plan détaillé en vue de sa réduction. A l’inverse, Telecom Italia a gagné 7,8% après un trimestre solide en Italie, le meilleur depuis 2009.
Dans le luxe, LVMH et Kering ont gagné plus de 7%, en partie grâce à leur navire amiral respectif, Louis Vuitton et Gucci. La croissance organique du groupe italien a largement battu les attentes et montre une accélération qu’il faudra confirmer dans la durée. Quant à LVMH, les alcools ont tiré la performance mais le leader mondial est crédible dans sa conquête de parts de marché alors que d’autres groupes de luxe plus petits souffrent dans l’environnement actuel.

Dans l’optique, Essilor et Luxottica ont raté le coche en raison d’une saison estivale peu ensoleillée. Les deux groupes ont ajusté à la baisse leurs objectifs annuels. Dans les SSII, pas de problèmes pour Cap Gemini ou Atos, dont les marges poursuivent leur progression. Pour l’instant, l’impact du Brexit est théorique. Dans les semi, STMicroelectronics montre des signes encourageants de retour durable à la croissance, qui reste encore à confirmer. Le groupe profite du dynamisme des microcontrôleurs, au cœur de l’Internet des objets ou de la bonne santé des puces pour l’industrie, notamment auto. Dans la chimie, Solvay publie un CA un peu court mais la profitabilité est bonne, ce qui a soutenu le titre alors que le marché est resté sans grande réaction face aux résultats de BASF. Idem pour Bayer, dont la principale interrogation reste les chances de succès de l’offre sur Monsanto.

Dans le pétrole, les françaises s’en sortent également mieux que les étrangères avec des résultats en baisse pour Total mais moins que chez Shell, ENI ou BP. Technip a relevé à la hausse ses objectifs annuels mais le marché ne s’est pas réjoui outre-mesure. Il faut dire que le WTI s’est rapproché des 40 $ vendredi, avec une accélération baissière sur la semaine écoulée après la hausse surprise des stocks hebdomadaires américains.

Dans d’autres secteurs, Carrefour a dévissé malgré une publication plutôt en ligne, tirée par l’international mais les investisseurs ont réagi aux perspectives mitigées en France. Suez a confirmé sa guidance mais prévenu qu’elle serait difficile à atteindre, ce qui n’a pas surpris le marché, qui avait intégré le S1 poussif du groupe. EDF, qui a vécu une semaine très chargée avec la validation de l’investissement à Hinkley Point C par le conseil d’administration et l’ouverture de négociations exclusives avec la CDC pour la cession de 49% du capital de RTE sur la base d’une valorisation généreuse, s’offrait un rebond vendredi. Danone enchaine les records historiques et a confirmé ses bonnes dispositions depuis l’annonce du rachat de Whitewave Foods en présentant des résultats marqués par une croissance organique au-dessus des attentes. Parmi les autres valeurs, L’Oréal a déçu, ArcelorMittal a rassuré en faisant preuve d’un ton prudemment optimiste. Sanofi est resté stable après des résultats qui souffrent toujours de la baisse des ventes du Lantus. ADP a décroché après une forte révision baissière de ses objectifs annuels en raison du trou d’air touristique en France après les attentats. Safran perdait du terrain après une bonne livraison mais la confirmation des prévisions et un ton légèrement prudent ont incité les investisseurs à vendre. A l’inverse, AB Inbev, qui a revu à la baisse ses prévisions sur le marché brésilien, était en hausse suite à la validation sous condition du rapprochement avec SABMiller par les autorités chinoises. Pourtant, le brasseur britannique a demandé à ses équipes d’interrompre le rapprochement après un relèvement jugé trop modeste de l’offre du leader mondial, qui a ajusté le prix proposé suite à la chute de la livre.

Au total, cette saison des earnings est globalement positive. Les entreprises publient des résultats positifs, souvent au-dessus des attentes mais les thématiques évoluent peu et n’induiront pas forcément de rotations sectorielles importantes. Face aux incertitudes sur la croissance mondiale, les investisseurs restent à l’écart de valeurs cycliques. Le secteur automobile, malgré de solides résultats, n’observe pas une hausse de son PER. Les incertitudes sur la croissance dans les émergents pénalisent encore de nombreuses sociétés industrielles et les valeurs ayant une forte croissance, comme le secteur technologique, restent chères ne permettant pas d’anticiper une forte croissance de leur valorisation boursière. Des résultats positifs mais pas suffisants pour adopter des scénarios très haussiers sur les indices boursiers…

C. Parisot

Chef Economiste