Economie et Sport

Des étoiles parmi les étoiles

Laurent Sbasnik était réalisateur

Lucie Mei-Dalby était journaliste

Volodia Guinard était chef de projet

Edouard Gilles était ingénieur du son

Brice Guilbert était caméraman

Tels sont les noms des 5 autres français qui ont péri lundi 9 mars lors de la collision de deux hélicoptères en Argentine. L'accident est survenu pendant le tournage de l'émission de télé-réalité "Dropped", qui devait être diffusée par TF1, aux côtés des deux pilotes argentins ainsi que de 3 champions français: la navigatrice Florence Arthaud, la nageuse Camille Muffat et le boxeur Alexis Vastine.

kazeco manu1Il y avait en tout 8 sportifs de haut niveau participant à l'émission, dont le but était d'être abandonnés au milieu de la nature et de rejoindre un point défini le plus rapidement possible. Pour cela, pas de nourriture, ni de boussole, ni de carte. TF1, séduit par ce concept, avait décidé de l'importer sur nos écrans. Les autres sportifs étaient le patineur Philippe Candeloro, la cycliste Jeannie Longo, le footballeur Sylvain Wiltord, la snowdoardeuse Anne-Flore Marxer et le nageur Alain Bernard. Ce dernier aurait dû être dans un des deux hélicoptères, mais pour des raisons de poids, il est monté à bord d'un troisième appareil. Il faut croire qu'une bonne étoile veillait sur lui à ce moment-là.  L'enquête étant en cours, ils ne sont, pour le moment, pas autorisés à s'exprimer publiquement, tout comme les membres de la production. Ils sont tous "effondrés" par ce drame qui a secoué la France entière. Aujourd'hui, toute l'équipe de Kazeco tenait à rendre hommage aux 10 victimes et à adresser son soutien aux familles et ainsi qu'à leurs proches.

Dans ce contexte plus que particulier, le fond et la forme de l'article changeront légèrement, pour que nous revenions ensemble sur le passé sportif des 3 champions disparus. Notre manière à nous de leur rendre hommage.
kazeco manu2Florence Arthaud, née le 28 octobre 1957, fille de l'éditeur Jacques Arthaud, était une navigatrice hors-pairs et a marqué sa discipline. Elle a participé à quatre Route du Rhum, dont la première édition en 1978. Une édition qu'elle terminera classée 11ème à bord de son monocoque de 12 mètres. Elle étoffera son expérience d'une 20ème place en 1982 puis d'une 11ème place en 1986. Mais en 1990, celle que l'on surnomme aujourd'hui "la petite fiancée de l'Atlantique", s'apprête à vivre un des moments les plus importants de sa carrière. Le 18 novembre 1990 à bord de son voilier de 18 mètres, elle remporte la Route du Rhum à Pointe à Pitre en 14 jours 10 heures et 10 minutes. Elle entre alors dans la légende.
« Quatre jours après le départ, j'étais en tête et deux jours plus tard, je ne recevais plus de nouvelles de personne, j'étais en panne de pilote automatique et j'avais des problèmes de santé, confia-t-elle au Figaro avant le départ de l’édition 1998. A cause d'une hémorragie, j'ai été complètement K.O. pendant 72 heures. C'est la veille seulement de l'arrivée qu'un avion m'a appris que j'étais en tête, je n'y croyais pas. C'était un joli pied de nez à tous ceux qui doutaient de moi. Pas mal de choses ont évolué après et notamment le regard des autres.».
 

La même année, elle bat le record de traversée de l'Atlantique (9 jours, 21 heures et 42 minutes, record battu par Bruno Peyron deux ans plus tard). En 1993, elle devient maman d'une petite fille dénommée Marie. En 1996, elle se lance dans le Solitaire du Figaro et dans la Transat AG2R en double avec Jean Le Cam où ils finiront 2ème. Elle obtiendra une 6ème place en 1998 de nouveau avec Jean Le Cam, une 12ème place en 2000 avec Philippe Poupon, puis une 27ème place en 2004 avec Lionel Péan. La mer c'était sa vie, c'était qui elle était. Et comme elle l'avait si bien dit: « La mer, c'est tout simplement le plus beau décor du monde. J'ai besoin de beau, sinon je suis malheureuse »… Ironie du sort, Florence Arthaud venait d'achever ses mémoires qui paraîtront le 19 mars prochain aux Editions Arthaud; «Je veux donner. Je veux pouvoir aider celles qui, comme moi, rêvent d'aventures, à faire de leur vie leur rêve. J'ai envie de me consacrer aux femmes qui souhaitent naviguer», écrivait la navigatrice. Le livre s'intitule "Cette nuit la mer est noire".

kazeco manu3Camille Muffat, née elle aussi un 28 octobre, 1989 pour sa part, est considérée comme l'une des plus grandes nageuses françaises. Alors qu'elle a à peine 15 ans, elle bat Laure Manaudou, alors médaillée d'or Olympique du 400m en 2004, sur l'épreuve du 200m quatre nages lors des championnats de France de Nancy. Elle est alors repérée et sa notoriété démarre, une chose à laquelle elle n'était pas du tout préparée. En 2006, elle remporte quatre médailles lors des championnats du monde juniors au Brésil, ainsi qu'un podium lors de l'Euro en petit bassin à Helsinki. En 2007, lors de l'Euro petit bassin en Hongrie parmi les séniors, elle obtient le bronze 400m quatre nages et l'or 200m quatre nages. C'est le début d'un parcours de championne. Elle enchaine les médailles et les performances, ce qui l'amène à se qualifier pour ses premiers Jeux Olympiques en 2008 à Pékin. Elle ne parviendra pas à décrocher un podium mais en ressort grandie. Elle participe à de nombreuses compétitions et en 2012, lors des championnats de France à Dunkerque, elle devient championne de France du 400m nage libre, pulvérisant au passage le précédent record de France… de Laure Manaudou, le portant à 4min 1s 13. Elle devient également championne de France 200m nage libre et bat, une fois n'est pas coutume, le record de France de Laure. Elle obtient ainsi sa qualification pour les Jeux Olympiques de Londres, qui vont la propulser au rang de célébrité sportive en France une fois pour toute.

Lors de ces Jeux elle remporte la première médaille d'or française lors du 400m nage libre, battant le record olympique de la distance. Elle remporte également une médaille d'argent lors du 200m nage libre et une médaille de bronze avec l'équipe française du relais 4x200m nage libre avec Charlotte Bonnet, Mylène Lazare et Coralie Balmy. Elle devient ainsi la 3ème nageuse française à remporter trois médailles lors d'une même édition des Jeux Olympiques après Micheline Ostermeyer et Laure Manaudou.

Forte de cette expérience, elle continuera sur sa lancée jusqu'aux Mondiaux de Rome en 2013 où elle réalise des performances en demi-teinte. Lors des championnats de France 2014, elle se rattrape et obtient quatre nouveaux titres de championne de France sur les 100m, 200m et 400m nage libre et sur le 100m papillon. Dans un entretien accordé à l'Equipe en juillet 2014, elle annonce sa retraite à seulement 24 ans.

Dans la pratique de ce sport, même si ses revenus étaient confidentiels, selon une étude du Figaro, ils étaient de l'ordre de 500.000 euros, grâce au Team EDF dont elle fait partie aux côtés de son ami Yannick Agnel et de Puressentiel. Elle a également obtenu de la France 50.000 euros pour la médaille d'or, 20.000 pour celle l'argent et 10.000 pour le bronze. Il est certain que la jeune niçoise aura marqué la natation française mais aussi mondiale.

kazeco manu4Alexis Vastine, né le 17 novembre 1986 dans une famille de boxeurs. Son papa, Alain, est un ancien vice-champion de boxe dans les années 80, et initie ses enfants à la pratique du noble art à tel point qu'ils s'illustrent tous au niveau national et international. En 2008, Alexis intègre l'armée et le 121ème régiment du train de Montlhéry, un peloton de commandement et de logistique, et se forme au monitorat de sport. Il avait le grade de brigadier-chef. En 2008, il participe aux Jeux Olympiques de Pékin en catégorie super-légers (moins de 64kg), et se fait "voler" en demi-finale. Alors qu'il dominait son adversaire lors de la 3ème reprise, l'arbitre sanctionne Alexis une première fois lui faisant perdre 2 points. Puis à 19 secondes de la fin, l'arbitre le sanctionne une seconde fois pour s'être trop "accroché" à son adversaire. La décision finale est cruelle: Alexis est éliminé aux portes de la finale et devra se contenter d'une médaille de bronze au goût très amer. D'autant plus que son adversaire du soir, deviendra champion olympique en surclassant l'autre combattant en finale. Le public du soir de la finale hue la décision arbitrale et le comité français déposera une réclamation, qui n'aura pas de suite. La pilule a du mal à passer, mais Alexis ne baisse pas les bras pour autant. Il participe aux championnats du monde militaire de boxe qu'il va remporter à quatre reprises (en 2008, 2010, 2011 et 2014),  de quoi le  rebooster. Il participe aux Jeux Olympiques de 2012 à Londres, et comme si le sort voulait s'acharner sur son destin de boxeur, l'histoire se répétait. Dans la catégorie des moins de 69kg il atteint les quarts de finale et est éliminé sur une décision arbitrale plus que houleuse, tant elle va à l'encontre du match qu'Alexis a dominé. Une nouvelle réclamation a été déposée par l'équipe de France. Elle sera rejetée comme celle des précédents Jeux. Alexis restera allongé sur le ring, refusant de quitter la pièce. "Ces Jeux-là comme ceux de Pékin, quatre ans plus tôt, je ne les digérerai jamais", confie-t-il à L'Équipe, avant d'ajouter "Londres, ça m'a dégoûté. Dans les mois qui ont suivi, j'ai complètement craqué. Au-delà même du sport, c'est un pan de ma vie qui s'est écroulé.". Par la suite, il a perdu les pédales. Dépression et alcool s'en sont mêlés, mais il s'était repris en main pour perdre les kilos superflus, pour revenir au top et plus fort que jamais. Dans le viseur? Rio 2016! Il n'avait que cela en tête, s'entraîner pour gagner, boxer pour le plaisir.

Les parents d'Alexis, qui ont appris la nouvelle à la télévision, sont dévastés, d'autant plus que leur fille de 21 ans, Célie, avait trouvé la mort dans un accident de la route en début d'année. «C'est terrible...horrible...impossible à décrire. Il y a deux mois, on avait déjà perdu notre fille», pleure Alain Vastine, père de cinq enfants qui a l'impression de vivre «un horrible cauchemar». Des déclarations qui se passent de commentaire.

Trois grands champions français, dont les ambitions et rêves se sont arrêtés en Argentine lundi, tout comme ceux des 7 autres personnes qui les accompagnaient. Ce n'est donc pas que le sport qui a mal, mais la France.

Une chose est sûre: cet incident les aura rendus immortels.

Manuel Orengo

Economie et Sport – Kazeco.com

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