Economie et Sport

Course d'obstacles : le dépassement de soi pour principale motivation

kazeco courseTout le monde a déjà entendu parler de ces fameuses courses. Elles ressemblent à des parcours militaires auxquels seuls les plus fous d’entre vous ou de votre entourage s’aventurent à participer. Beaucoup existent aujourd’hui, les plus connues étant la « Mudday » (« jour de la boue ») et la « Spartan Race » (« course des spartiates ») dont l‘édition parisienne s‘est tenue le week end dernier. Mais qu’est-ce que c’est au juste et pourquoi est-ce aussi répandu aujourd’hui?

Ces courses d’obstacles sont des aventures très variées et ouvertes à tous. Durant chacune d‘entre elles, le participant devra grimper, sauter, ramper (le plus souvent sous des barbelés ou des fils assénant une légère décharge électrique), monter à la corde, sauter par dessus des braises, nager (bien évidemment la température de l‘eau n‘est jamais clémente), courir en portant du poids, passer dans de la boue et bien d‘autres choses encore. Chaque « obstacle » peut être évité, moyennant une pénalité selon les courses. L’élément clé est que les participants ne connaissent réellement le contenu de leurs courses que le jour même de l’évènement ou peu de temps avant.

kazeco course obstacle 1L’attrait réside dans le challenge. Cette envie de se dépasser couplée au sentiment d’avoir accompli quelque chose de fort, que ce soit en individuel ou en équipe. Ces courses d’un nouveau genre permettent de lutter contre l’ennui du fitness classique et des courses comme les marathons qui peuvent sembler lassantes (au-delà de leur difficulté). Là, il faut faire attention à où on met les pieds, à comment franchir l’obstacle, la performance passe presque au second plan.

Elles sont aujourd’hui tellement nombreuses qu’il est quasiment impossible de toutes les citer. Mais revenons à la plus connue chez nous: la Spartan Race. Cette course d’obstacles a été créée en 2001 par Joe De Sena, Mike Morris, Andy Weinberg, Selicia Sevigny, Richard Lee, Brian Ducanson, Shaun Bain et Noel Hanna (ça en fait du monde, j’en conviens). Il existe 4 différentes Spartan Races: la Sprint sur 5km, la Super sur 13km, la Beast sur 20km et la Ultra Beast sur 42km (un marathon entier!), le tout ponctué d’obstacles, vous imaginez la difficulté. Les Spartan Races connaissent même une version pour les enfants, bien plus sympathique.

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Depuis 2004, les fondateurs ont même créé la Death Race (« course de la mort »), dont la première édition fût courue le 9 juin 2007 à Pittsfield, dans le Vermont aux Etats-Unis. Elle n’a pas pour but la « mort » des participants, mais le dépassement ultime. Personne ne connait réellement leur contenu, qui peut passer de tronçonner des rondins d’arbre, à retenir une liste de noms de présidents américains en haut d’une colline et la réciter en bas, en cas d’erreur il faudra remonter. Une année, les participants ont même dû amener un vélo pour au final devoir jeter la chaine et le porter sur le dos tout au long de l’épreuve (environ 72 heures). Ici, les participants ne connaissent pas l’heure de départ.
 

Ce qui rend ces courses connues c’est entre autre, en 2013, l’annonce de l’arrivée d’un sponsor de poids: Reebok. L’équipementier, propriété d‘Adidas depuis 2005, après avoir recentré son activité sur le Fitness et le CrossFit, s’est associé à la franchise Spartan Race qui est aujourd’hui présente dans le monde entier sous le nom de « Reebok Spartan Race ».

kazeco course obstacle 3jpgLe prix d’inscription pour ces courses varie entre 40 et plus de 100 euros, selon l’évènement et la distance à parcourir, avec des milliers de participants à chaque édition on peut considérer cela comme un franc succès. De quoi se frotter les mains du côté des organisateurs et sponsors. Les trois plus grosses entreprises au monde offrant ces évènements ont enregistré un chiffre d’affaire de 150 millions de dollars à elles trois en 2012. Ce sont: « Tough Mudder » avec 70 millions de dollars, « Warrior Dash » avec 50 millions et « Spartan Race » avec 30 millions.

Les courses d’obstacles ne se résument pas seulement à des courses dans la boue par-ci par-là. Elles sont également présentes à la télévision.

Nous avons commencé à les voir dans l’émission Survivor plus connue sous le nom de Koh Lanta en France. Le format de ces courses y est largement utilisé dans les épreuves, où les candidats doivent triompher seul ou en équipe, dans des parcours en sous-bois, sur la plage ou dans l’eau. Une autre émission propose ce type de courses: Wipeout. C’est un jeu télévisé américain diffusé sur ABC depuis 2008 et depuis 2011 sur Gulli en France, dans lequel les candidats de tout âge doivent compléter un parcours d’obstacles en un minimum de temps. Ces derniers sont souvent de mousse et le candidat qui rate termine à l’eau. A en juger par les audiences constantes de ces émissions, c’est un créneau intéressant et pas encore épuisé.

Il est évident qu’en parlant de ces quelques courses, nous en oublions la majeure partie. Le dépassement de soi est une sensation exquise pour ces athlètes. Parmi les courses offrant cette possibilité, l’une d’entre elle mérite encore notre attention. Bien que différente d’une course d’obstacles classique par son format, elle s’en rapproche par sa finalité. C’est la course la plus dure au monde: la Barkley. Ce n’est pas tant dans la longueur, le dénivelé ou la température qu’elle porte ce douloureux titre de course à pied la plus dure au monde, mais pour son ensemble.

A quoi ressemble cette terreur?

kazeco course obstacle 4jpgUn parcours de 160km (5 tours d’une boucle d’environ 32km), un dénivelé positif de 16.500 mètres, un temps limite de 60 heures, le parcours n’est dévoilé que la veille et change chaque année, le départ n’est annoncé qu’une heure avant, souvent par un réveil brutal en pleine nuit, et la température atteint les -10 degrés. Depuis sa création, en 1986 à Frozen Head dans le Tenessee, il y a eu environ 1.000 participants et 14 seulement qui en sont venus à bout. A l’origine de l’idée, l’évasion d’un prisonnier du pénitencier de Frozen Head qui a parcouru 8 miles et demi en 54 heures. Cet évadé n’était autre que l’assassin de Martin Luther King. Le créateur de la Barkley, Gary Laz Cantrell, s’est dit que durant ce laps de temps il aurait pu parcourir 100 miles (160km environ). Il a donc décidé de mettre au point cette course pour le dépassement de soi. Chaque fois qu’une personne termine (on l’appelle un « finisher ») le parcours est modifié pour être encore plus dur. Aucun balisage, rien. Les participants sont livrés à eux-mêmes. Et ce n’est pas avec l’inscription de 1.60 dollar que Mr Cantrell va faire fortune. C’est pour la performance, la recherche de la limite de  l’humainement possible. D’ailleurs, l’annonce que votre candidature est retenue se fait par email, vous recevez une lettre de condoléances de Laz… Le ton est donné.

Ces courses d’obstacles d’un nouveau genre ne sont donc pas là pour l’argent mais pour le dépassement de soi. Certaines le sont plus que d’autres, mais elles n’en restent pas moins un business lucratif intéressant pour les entreprises qui les organisent. Elles surfent sur la vague de la lutte contre les kilos superflus et la volonté de se dépasser, surement amplifiée par des journées de travail trop monotones.

La prochaine édition de la Reebok Spartan Race se tiendra les 11 et 12 Octobre 2014 sur le Circuit Paul Ricard du Castellet dans le Var. On se retrouve là bas?

Manuel Orengo

manu@kazeco.com

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