Club en bourse : pari pas franchement gagnant

Quand football et finance tentent un mariage, cela ne se finti pas toujours comme prévu. Bon nombre de clubs de football ont voulu surfer sur la vague des marchés financiers, mais pour en sortir gagnant il faut s'accrocher.

Beaucoup de gens connaissent le Dow Jones, l'Eurostoxx, le Stoxx Europe 600 un peu moins, mais il existe un indice spécialement taillé pour le football et qui a vu le jour en 1992: le Dow Jones Stoxx Europe Football !

Ci-dessous l'évolution de l'indice boursier lié au football européen depuis 2002. On peut constater qu'il est très volatile, ce qui le rend « attractif » et « risqué » à la fois et peut en partie s'expliquer par l'imprévisibilité qui réside dans ce sport. On voit souvent des "petits poucets" battre des cadors de Ligue 1 en Coupe de France ou d'autres surprises dans les championnats étrangers. Le football se démarque de ses confrères dans ce domaine tant il est beaucoup plus rare de voir une telle situation au rugby. Il est également difficile de prévoir une blessure et les répercussions que cela peut engendrer (baisse du niveau de l'équipe, recrutement d'un nouveau joueur en remplacement et donc dépenses supplémentaires,…) ou bien même les retards dans les divers projets du club, comme par exemple la construction d'un stade.

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En 1983, le tout premier club à entrer en bourse est l'anglais Tottenham où évolue actuellement le portier des Bleus, Hugo Lloris. Le club sera imité par les italiens de la Juventus, de la Lazio de Rome et de l'AS Rome, mais aussi par son rival Manchester United puis par l'Ajax d'Amsterdam. Aujourd'hui, après avoir accueilli près de 40 équipes dans son indice, le Dow Jones Stoxx Europe Football compte 23 clubs parmi lesquels l'unique français: l'Olympique Lyonnais.

Historiquement on constate que la valeur des clubs de l’indice est en chute libre. Ainsi, les clubs italiens ont vu leur valeur se déprécier à un tel point qu'aujourd'hui, ils sont tous les trois devenus ce que l'on appelle des "penny stocks" (comprenez par-là que ce sont des valeurs qui cotent en centimes et sont, par conséquent, peu onéreuses mais plus volatiles).

L'objectif d'une entrée en bourse pour les clubs est de leur permettre de se désendetter et de faire participer les supporters à la vie du club. Un moyen en quelque sorte d'accroître le sentiment d'appartenance par l‘acquisition d‘actions et de financer des projets humains ou matériels par le biais des marchés.

Pourquoi les clubs peinent-ils en bourse?

foot manu2Comme nous l'évoquions précédemment, le côté "imprévisible" de ce sport, ne peut pas rendre l'investissement sûr. Si des blessures ou des retards dans les projets surviennent, le cours en bourse en prend immédiatement un coup. L'exemple le plus frappant pour nous est le cas de l'Olympique Lyonnais. Introduite en 2007 au cours de 24 euros sous le nom d'OL Groupe pour lever des fonds en vue de la construction du nouveau stade, l'action de l'OL a vu son cours divisé par 10 en 7 ans pour arriver à 2.42 euros. La faute à quoi? La faute à une perte de crédibilité vis-à-vis des investisseurs suite aux retards dans la construction du nouveau stade lyonnais censé accueillir, entre autre, l'Euro 2016. Des problèmes administratifs qui coûtent cher et auront déjà retardé les travaux de 4 années!

L'autre point qui rend difficile pour un club de "réussir en bourse", ce sont les joueurs. En effet, l'introduction en bourse peut également servir à financer l'achat de joueurs lors des transferts puis à payer leurs salaires. Jusque-là, l'idée semble bonne. Seulement il est difficile d'évaluer la valeur exacte d'un club, les éléments le composant étant immatériels, et la valeur exacte de joueurs bien souvent surcotés (surement un effet de mode propre au football)! Le club qui fait cela doit donc s'assurer d'obtenir les résultats escomptés, car derrière, ce sont des investisseurs qui croient en son projet qu‘il ne faudra pas décevoir. Vu l‘agitation récente, heureusement que l‘AS Monaco n‘est pas cotée en bourse... D’ailleurs, l’un des seuls clubs à avoir dégagé des bénéfices et à avoir versé des dividendes à ses actionnaires avant 2005 est Manchester United.

Beaucoup de clubs ont levé des fonds grâce aux marchés boursiers, mais ils restent en proie à un rachat par des milliardaires. La forte corrélation avec les résultats sportifs pénalise les cours des actions, et ces dernières affichent un historique calamiteux. Pour tenter de faire grimper la cote, ou plutôt pour ne pas la voir descendre trop, les clubs doivent se diversifier tout comme le Borussia Dortmund qui a investi dans des salles de fitness ou encore une billetterie. Résultat: fût un temps, l'action affichait une progression de 1'200%! Aujourd'hui, on est redescendu sur Terre côté germanique avec un prix proche de celui de lancement, mais on a évité la catastrophe et c’est l’essentiel.

On constate que l'introduction n'est pas évidente pour un club de football. Une entreprise qui entre en bourse aura moins de mal à maîtriser le niveau d'incertitude qui plane autour d'elle, et pourra être plus facilement évaluée à sa juste valeur. Certes, un projet immobilier peut prendre du retard, tout comme un projet de fusion-acquisition, et par conséquent impacter le cours négativement, mais il n'en reste pas moins qu'une entreprise est moins "immatérielle" qu'un club de football.


Des clubs présents en bourse, aucun n'affiche une domination suprême sur les terrains, et forcément, les cours s'en ressentent. A moins d’une diversification couplée à des résultats sportifs intéressants, l'introduction en bourse est à prendre avec des pincettes, tout comme l‘investissement dans les clubs. Mieux vaut se concentrer sur la réalité du terrain que de s'en remettre à des investisseurs virtuels.



Manuel Orengo
manu@kazeco.com
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