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Classement mondial de la Liberté de la presse 2014 - RSF

Fondée à Montpellier en 1985 par quatre journalistes (Robert Ménard, Rémy Loury, Jacques Molénat, Emilien Jubineau), l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF) a établi au fil des dernières années un système de veille particulièrement efficace, reposant sur 10 bureaux et 150 correspondants actifs dans 130 pays. Reconnue d’utilité publique en France et disposant d’un statut consultatif auprès des Nations-Unies et de l’UNESCO, RSF exerce aujourd’hui ses missions de soutien et de protection des journalistes sur les cinq continents et publie chaque année un classement mondial de la liberté de la presse dressant l’état des lieux d’une profession victime de pressions psychologiques, d’atteintes à l’intégrité physique, voire d’assassinats.

Du point de vue de la méthodologie, le classement prend en compte des données quantitatives (nombre de journalistes tués, emprisonnés, enlevés, victimes d’exactions, agressés, nombre de médias censurés…), mais aussi d’autres, moins facilement quantifiables touchant au cadre légal en vigueur, à la transparence des dispositifs gouvernementaux, ou encore aux modalités d’accès à la profession de journaliste…

A l’heure où la liberté de la presse est aujourd’hui remise au-devant de la scène médiatique, le classement RSF 2014 (publié en février 2014) proposant un panorama global de la situation de 180 pays mérite une relecture attentive. Démocraties avancées, dictatures, sociétés en proie aux crises économiques ou sociales, aux guerres intestines… toutes sont aujourd’hui soumises à leurs propres défis.

carte2014_fr

Retour sur quelques situations (même si toutes mériteraient d’être évoquées).

 

1ère - Finlande

Première du classement sur les trois dernières années, la Finlande est aujourd’hui emblématique d’un pays où la liberté de la presse semble reposer sur de solides garanties. Depuis la fin de la Guerre Froide, le pays a définitivement tourné la page de la « finlandisation » et de la censure omniprésente. Le pays est également doté de l’YLE, ensemble de chaînes de télévision et de radios financées par l’impôt et jouissant d’une grande liberté d’expression.

33ème - Royaume-Uni

La lutte contre le terrorisme outre-manche se traduirait par des pressions à l’égard des journalistes. Dans le cadre de l’affaire Snowden, le gouvernement britannique a ainsi pu obliger le Guardian à détruire certaines informations conservées dans ses disques durs. Un difficile arbitrage entre sécurité nationale et liberté de la presse qui continuera sans doute de toucher les démocraties occidentales dans un avenir proche.

39ème - France

En 2014, RSF a notamment pointé du doigt « la décision prise par la justice française de faire retirer de la procédure les enregistrements de l’affaire Bettencourt des publications de Mediapart et du Point ». Une mesure qui a relancé le débat sur les marges de manoeuvre de la presse d'investigation face au cadre légal en vigueur.

46ème – Etats-Unis

A l’image du Royaume-Uni, les Etats-Unis sont critiqués pour faire de leur politique de sécurité nationale un impératif supérieur à celui d’une presse libre. RSF fait ici notamment référence à la condamnation de Bradley Manning à 35 ans de prison pour avoir transmis des informations officielles au site Wikileaks, ou encore à la traque d’Edward Snowden, agent des renseignements à l’origine de l’affaire des écoutes menées par la NSA.

64ème - Hongrie

L’arrivée de Victor Orban à la tête du pays en 2010 et une nouvelle loi votée en 2011 menaçant d’amendes les médias qui ne produiraient pas des « informations équilibrées » provoquent la dégringolade du pays au classement RSF. Une influence de plus en plus importante des autorités étatiques qui pourrait mettre en danger l’existence même de certains organes de presse dans le pays.

99ème - Grèce

La crise économique et sociale que connaît la Grèce éprouve également la situation de la presse dans le pays. En cinq ans, le pays perd plus de cinquante places dans le classement RSF. Une situation qui serait dû à la montée des mouvements populistes, mais aussi au retrait des investisseurs traditionnels, aujourd’hui attirés par d’autres activités plus rentables.

148ème - Russie

Visée depuis plusieurs années par RSF, la politique du Kremlin à l’égard de la presse est encore dénoncée en 2014 : allongement de la liste des motifs permettant de bloquer des sites web, journalistes assignés à résidence, diffamation réintégrée dans le domaine pénal… L’ONG souligne toutefois « la résistance et l’opiniâtreté (de la) société civile ».

175ème - Chine

Censures et emprisonnements de journalistes se succèdent dans un pays qui contrôlent de très près l’activité de la presse, y compris sur internet. RSF note également que Pékin pourrait « profiter de sa puissance économique pour étendre son influence sur les médias hongkongais, macanais et taïwanais et remettre en cause leur indépendance ».

177ème - Syrie

La guerre qui sévit en Syrie ces dernières années expose bien évidemment les journalistes à un risque mortel, mais aussi les autres pays frontaliers (Liban, Jordanie) à un délitement de leurs propres conditions d’exercice de la liberté de la presse. A l'image des autres terrains de conflit de la planète, la Syrie reste l'un des lieux les plus imperméables à l'information.

179ème - Corée du Nord

Avant dernière du classement devant l’Erythrée, la Corée du Nord de Kim-Jung-Un reste maintenue sous une chape de plomb d’où presque rien n’entre ou sort. Une situation qui perdure depuis plus d’un demi-siècle et qui condamne le pays à un quasi silence radio.