EcoLab

Changement climatique : pourquoi la coopération internationale traine-t-elle les pieds ?

8 changement climatique kazecoDimanche 21 septembre, 300 000 personnes se sont mobilisées à New-York dans le cadre de la plus grande Marche pour le Climat jamais réalisée. Une douzaine de manifestations de plus petites envergures ont suivi dans d’autres grandes capitales de la planète de Londres à Sydney en passant par Paris. C’est d’ailleurs dans l'attente d’un futur sommet international qui aura lieu dans la capitale française en 2015, que les représentants de plus de 120 pays se sont retrouvés mardi 23 septembre au siège des Nations-Unies à New-York.

Préparer l’avenir et faire oublier l’échec du sommet de Copenhague de 2009, tel était la mission du dernier sommet onusien sur la question climatique. Pourtant, ni le Premier ministre indien Narendra Modi (dont le pays occupe la 3ème place en termes d’émissions de CO2), ni Vladimir Poutine (4ème), ni même le premier ministre japonais Shinzo Abe (5ème) n’ont été présents au sommet de New-York et les efforts de négociations semblent une fois de plus avoir achoppé sur des lettres d’intentions et des financements, plus que sur la reconnaissance de mesures pragmatiques et la limitation d’émissions de CO2 clairement chiffrées. La faute à qui ? A quoi ?

La question du changement climatique souffre en effet d’un terrible phénomène de distorsion. A la fois environnementale, économique et culturelle, elle s’expose à une complexité inédite dans les relations internationales rendant toute décision multilatérale à son sujet particulièrement difficile à susciter. Les derniers échanges qui ont eu lieu lors du dernier sommet onusien en ont encore apporté la preuve.

Les bonnes intentions se sont données rendez-vous à la tribune de l’ONU. David Cameron, a annoncé qu’il serait à la tête « du gouvernement le plus vert qui a jamais été » et Barack Obama a quant-à-lui rappelé que « nous étions la première génération à subir les effets du changement climatique et les derniers à être en mesure de pouvoir y faire quelque chose». En fait, tout le monde semble justement prêt à faire quelque chose…mais les résolutions pragmatiques, aujourd’hui comme hier, tardent à venir.

Quelques jours après le Sommet International sur le Climat de New-York et à quelques mois de la future Conférence Paris Climat 2015, Kazeco revient sur les obstacles empêchant toujours une plus grande coopération internationale en matière de lutte contre le changement climatique.

 

Le changement climatique est une question environnementale (oui, oui !) et concerne donc ce qui est autour de nous. Les implications du changement climatique ne sont en effet pas les mêmes pour un citoyen américain et un habitant des îles Palau ou des Maldives, archipels directement menacés par une future montée du niveau des océans. Les effets du changement climatique ont beau être mondiaux, ils restent cependant sujets à des perspectives nationales bien différentes les unes des autres. Canaliser les bonnes volontés « vertes » à un point ou à un autre de la planète ne relève pas des mêmes évidences. Les volontés de nos représentants politiques s’en ressentent naturellement.

8 changement climatique3

« Notre place est ici (à New-York) car nous serons les premiers à disparaître si rien n’est fait pour contenir le changement climatique ». Tommy Remengesau, président de Palau, en marge du sommet onusien du 23 septembre dernier.

 

La libération de gaz de schistes par fracturation hydraulique a beau être lourdement sanctionnée par les écologistes du monde entier, le Canada et les Etats-Unis ne feront pas marche arrière au sujet d’une technologie accroissant de concert leur indépendance énergétique et leurs revenus.

8 changement climatique4
Pour la première fois depuis quarante ans, Les Etats-Unis, grâce à l'exploitation intensive du gaz de schiste sont en mesure d'exporter du pétrole brut
 

La Chine quant-à-elle, a annoncé par la voix de son vice-premier ministre qu’elle atteindra son pic d’émission « aussitôt que possible ». Une manière polie de rappeler qu’elle se doit encore d’assurer un taux de croissance très élevé, supérieur à 7,4% afin de garantir la création d’emploi dans les zones nouvellement urbanisées et la création endogène de richesses, synonyme de hausse du niveau de vie et de paix social.

Pourtant, la création de richesses par le biais de nos industries met aussi en péril les richesses que notre planète met chaque année à notre disposition. En 1997, le professeur d’économie politique Robert Costanza et ses collaborateurs du Guind Institute for Ecological Economics (GIEC) avaient ainsi évalué « la valeur annuelle des services écosystémiques fournis par la biosphère » à 33 000 milliards de dollars, soit 40% du PIB mondial actuel !

Mère-Nature serait en fait la première pourvoyeuse de richesses mondiales ! Des richesses qui ont par ailleurs l’avantage significatif d’être gratuites à leur état brut. Préserver leurs capacités de renouvellement et limiter les coûts et les pertes induites des extractions font aussi partie des questions économiques actuelles au même titre que celles portant sur la relance de la croissance économique mondiale.

 

François Hollande a annoncé que la France allait contribuer à hauteur d’ 1 milliard de dollars au Fonds vert de l’ONU (qui n’en compte aujourd’hui que 2,3), dont l’objectif est de réunir 10 milliards d’ici la fin de l’année, et 100 milliards par an à partir de 2020. Il a également rappelé que la conception française de la lutte contre le changement climatique ne pouvait aller sans une profonde transformation de nos économies.

Cette transition ne sera pourtant pas sans risque. Créatrice d’emplois, elle s’expose aussi à une longue phase d’initiatives et d’expérimentations. L’Economie Verte ne mobilisera pas du jour au lendemain autant d’employés que les secteurs dépendant des énergies fossiles. De plus, la transition vers une Economie Verte se paie. Formations professionnelles, transformation des outils de production, homologations et certifications, tous ces éléments nécessaires à la naissance de nouvelles activités économiques vertes s’expriment en coûts. Enfin, ces changements impliqueront l’extinction progressive d’autres activités polluantes et donc aussi des disparitions d’emploi. La création d’emplois par l’Economie Verte n’est pas une hypothèse pure et parfaite et expose nos dirigeants à des sanctions électorales d’autant plus menaçantes en période de crise.

 

8 changement climatique6

Loin des difficultés économiques connues en Europe, la ville de Masdar City dans les Emirats Arabes Unis est devenu un champ d'expérimentation majeur de l'Economie Verte. Energie, transports et urbanisme ont été pensé dans une perspective durable qui pourrait bien servir d'exemple à l'avenir.

 

8 changement climatique2Les écologistes subissent un terrible déficit de crédibilité. Politiquement minoritaires, leurs chiffres et statistiques sont souvent raillés, même si de temps à autre une récompense internationale leur est accordée pour la sincérité de leurs travaux[i]. Les sceptiques ont même profité du Sommet sur le Climat pour rappeler qu’il y a quelques jours à peine les observatoires du monde entier annonçaient une stabilisation de la couche d’ozone, alors en contraction constante depuis une trentaine d’années.

Le versant « vert » des politiques gouvernementales est encore perçu dans les pays occidentaux comme celui du politiquement correct. Les dernières déclarations des chefs d’Etats lors du sommet new-norkais ont été fortes, mais ne mèneront à rien sans l’appui d’une classe politique largement représentée pour laquelle l’écologie ne sera plus seulement de l’ordre de l’accessoire. Les pouvoirs publics ont un rôle fondamental à jouer sur le terrain d’une communication écologique souvent laissée en friche.

8 changement climatique1L’adresse de Leonardo Di Caprio, lors de son intervention à la tribune des Nations-Unies, à l’intention des chefs d’Etats réunis était d’ailleurs un coup de communication bien pensé. On retiendra la punch line :

« Je gagne ma vie en faisant semblant, vous ne pouvez pas vous le permettre. »

 

Ce cinquième et dernier point rejoint en fait le premier évoqué. Chaque nation reste face à ses priorités.

Dans son édition du 22 septembre, le Wall Street Journal relatait ainsi à titre d’exemple le sens des priorités du premier ministre indien Narenda Modi, en rappelant que celui-ci, bien que présent à New-York, bouderait les négociations sur le changement climatique, mais serait en revanche peut-être au rendez-vous de rencontres autour de la lutte contre la pauvreté à Central Park.

Chaque pays est en droit d’arguer de difficultés, de priorités, d’une culture propre, mais aussi d’exigences en termes de niveau de vie ; surtout lorsque la pauvreté est pour lui un mal endémique. Paradoxalement, la dégradation de notre environnement peut aussi à terme polluer les sols, diminuer leurs rendements, creuser les inégalités avec les populations dont la subsistance dépend justement de la terre ou encore nuire à la santé de millions de personnes... L’essentiel du problème est peut-être là. Face à un danger que l’on ne voit pas et à un autre que l’on visualise très bien, le choix nous paraît souvent trop facile à faire.

La protection de notre environnement immédiat ne s’oppose pas frontalement à l’amélioration de nos conditions de vie, loin s’en faut. 

8 changement climatique5
 
A New Dehli, la concentration de particules fines nuit également gravement à la santé de la population urbaine. Avec 620 000 morts par an, l'Inde détient le record mondial du taux de mortalité lié à des mladies respiratoires. 

 

L’essentiel du problème est peut-être là. Face à un danger que l’on ne voit pas et à un autre que l’on visualise très bien, le choix nous paraît souvent trop facile à faire.

 

*****


En guise de conclusion, une réponse aux effets néfastes du changement climatique nécessite un changement de paradigme, mais aussi une visualisation claire de nos intérêts à y participer. Les mesures à prendre ne doivent pas être vues uniquement comme des mesures de rétorsions. Elles ont l’impératif de créer des gains, en terme d’emplois, de projets, de visualisation de notre devenir. Les dernières technologies de l’information, celles des énergies renouvelables et de la fabrication (imprimante 3D) permettent d’entrevoir la création de nouveaux schémas de production, moins dépendants des énergies fossiles et moins chers à long terme. La véritable motivation à être Vert est peut-être aussi là : l’efficacité.
 
Mais plus encore, notre défaut d'intérêt pour la protection de notre environnement immédiat - proche - peut également se traduire par une chute brutale de notre niveau de vie. L'autre pendant de notre motivation à défendre notre environnement est sans aucun doute le bien-être
 

Bien sûr, l’avènement d’économies vertes à l’échelle nationale n’exemptera jamais la communauté internationale de conclure des accords multilatéraux en vue de préserver nos ressources. A quelques mois du Sommet de Paris, la nécessité de faire oublier le désastre de Copenhague exige que communication, progrès économique et protection de la planète convergent en un argumentaire unique. Loin du politiquement correct et de la menace, les politiques de protection de l’environnement et leur communication méritent de faire peau neuve et de se présenter sous d'autres aspects.

 

 
David Dayan
 
david@kazeco.com
EcoLab 

 

[i] Ainsi, l’ex vice-président américain Al Gore et le Groupe Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) avaient ils reçu ensemble le Prix Nobel en 2007.