La Chronique du chef Economiste

Bourse: Euroland vs Etats-Unis, qui l'emportera?

En ce début d’année, il ne fallait pas être « contrariant ». Le consensus anticipait une surperformance des indices européens sur les autres bourses, et force est de constater que ce mouvement s’est réalisé. En monnaie locale, la performance de la bourse européenne est impressionnante. De fait, les arguments ne manquent pas pour justifier une surperformance des indices européens sur leurs homologues américains. Toutefois, lorsque l’on compare la performance des indices en devise commune, l’essentiel de la surperformance de la bourse européenne disparait. Au niveau des entreprises, contre toute attente, la révision à la baisse des prévisions d’EPS depuis le mois de juin est, selon le consensus Factset, plus forte, en zone euro qu’aux Etats-Unis. Malgré des perspectives d’activité révisée à la hausse en Euroland et une déception sur la croissance du début d’année aux Etats-Unis, les attentes des analystes ne sont pas favorables à la bourse européenne.

Faut-il anticiper la poursuite d’une forte surperformance de la bourse européenne ou, au contraire, considérer que les indices européens ont seulement bénéficié d’un « effet technique » lié à la hausse du dollar ? Quid de la performance relative des deux bourses dans les prochains mois…

Bourse : Etats-Unis vs Euroland, qui l’emportera ?

Cette année est-elle celle de la revanche de l’Europe sur les Etats-Unis, du moins d’un point de vue boursier ? Après une longue période de sous-performance, les indices de la zone euro peuvent-ils « rattraper » leurs homologues américains ?

De fait, ce début d’année est marqué par des révisions à la hausse des perspectives de croissance en Euroland, tandis que le consensus sur la croissance américaine (qui était élevé) est plutôt à la baisse ces dernières semaines après un début d’année médiocre. Les arguments en faveur d’une surperformance de la bourse européenne ne manquent pas comme le résume le tableau ci-dessous.

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Tous ces éléments du tableau sont recevables et pourraient clairement justifier une surperformance durable de la bourse européenne sur son homologue américaine en 2015. De fait, depuis le début de l’année, l’écart de performance entre les marchés actions américain et européen, en devise locale, s’est creusé.

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Toutefois, le graphique ci-dessus est perturbant. Il ne montre l’écart de performance des indices boursiers européen et américain en devise locale. L’écart de performance entre les deux bourses semble s’expliquer par un « effet change ». En monnaie commune la bourse européenne n’a pas observé une réelle surperformance. Les investisseurs n’ont pas réellement anticipé un creusement de la performance économique des entreprises européennes sur les entreprises américaines, malgré les arguments évoqués précédemment dans notre tableau.

De fait, nous avons étudié l’évolution du consensus des analystes sur les bénéfices par actions des entreprises des deux côtés de l’Atlantique. Selon le consensus Factset, les prévisions de résultats, sont orientées à la baisse des deux côtés de l’Atlantique. Il n’y a pas de jaloux ! Certes les secteurs des matières premières et pétrolier pèsent lourdement sur ces révisions à la baisse. Mais, dans l’ensemble, malgré des discours plus optimistes des économistes, les analystes restent pour le moins prudents sur les résultats des entreprises européennes. Les effets d’un recul des prix énergétiques, d’un euro faible ou de taux d’intérêt très bas ne sont pas visibles dans les projections des analystes.

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Mais, le plus étonnant est que les révisions à la baisse sont plus fortes pour le S&P 500 !

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Un élément positif pour l’avenir ? Les analystes actions vont-ils sensiblement réviser à la hausse les perspectives de profits des entreprises européennes ? Mais, surtout, peut-on observer une poursuite de la surperformance de la bourse européenne ces prochains mois, indépendamment des fluctuations des taux de change ? Ou au contraire, allons-nous constater un comportement de la bourse européenne très proche de celle du Japon, qui réagit essentiellement aux mouvements du change yen/dollar ?

La réponse à cette question est déterminante pour le stock picking. Car si les marchés se comportent effectivement e fonction des évolutions du taux de change euro/dollar, alors les « valeurs dollars » devraient nettement surperformer les autres secteurs. Dans le cas contraire, les investisseurs devraient plus acheter les valeurs européennes domestiques.

Notre sentiment est que les marchés actions des deux côtés de l’Atlantique vont se re-corréler en devise locale. La récente décorrélation est ponctuelle et le fruit de la volatilité des taux de change. Certes, il existe un écart de valorisation entre les entreprises européennes et américaines, mais il a toujours existé et il n’y a aucune raison qu’il disparaisse ces prochains mois. L’autre élément est que nous ne sommes pas convaincus d’une réelle divergence dans les prévisions de profits des entreprises de part et d’autre de l’Atlantique. La croissance en Europe restera inférieure à celle des Etats-Unis cette année et sur les prochaines années. Dans la zone euro, la reprise reste « molle ». Enfin, en cas de mouvement violent sur la bourse américaine (hausse comme baisse), il est difficile d’imaginer une déconnexion totale du marché européen. La récente surperformance des indices boursiers de la zone euro semble être ponctuelle et plus le reflet d’un ajustement des taux de changes que réellement un mouvement de durable de moyen/long terme.

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Christian Parisot

Chef-Economiste