Economie et Sport

Assouplissement du Fair-play Financier ?

kazeco fair play financier1En vigueur depuis 2011, le fair-play financier a pour objectif d’améliorer la santé financière des clubs et de garantir un équilibre interclubs, limitant les abus et ainsi les fossés entre les cadors européens et les petits poucets. Depuis lors, les clubs qualifiés pour les compétitions de l’UEFA doivent montrer patte blanche, c'est-à-dire prouver pendant toute la saison, qu'ils n'ont pas d'arriérés de paiement envers d'autres clubs, leurs joueurs ou les administrations. Ils ne doivent donc pas dépenser plus que ce qu’ils gagnent. Mais il y a quelques jours, le président de l’UEFA, Michel Platini, a admis qu’il fallait un assouplissement du fair-play, malgré l’attachement qu’il porte à ce dernier. Sans doute un pas en avant non négligeable pour les dirigeants des clubs engagés dans les compétitions européennes, qui permettrait ainsi à ce que la Premier League (Angleterre) ne creuse pas trop l’écart avec les autres championnats suite au nouveau contrat télé pour les saisons à venir.

Avec la mise en place du fair-play financier, les clubs qualifiés pour les compétitions de l’UEFA se devaient d’avoir des comptes en ordre sous peine de sanctions. Les vérifications des instances du football portent sur les 3 derniers exercices, ce qui explique que ce fameux fair-play, en place depuis 2011, n’ait commencé à faire effet que lors de la saison qui s’achève.

Mais au-delà de justifier d’un équilibre financier, les clubs peuvent-ils avoir des pertes ?

kazeco fair play financier2Oui. En fait, les clubs peuvent dépenser jusqu’à 5 millions d’euros de plus que ce qu’ils gagnent par période de trois ans. Leurs pertes (dépenses au-delà de ce montant donc), quant à elles, ont une autre limite : 45 millions d’euros jusqu’à cette saison 2014/2015 et à partir des trois prochaines saisons 30 millions d’euros. Il faut néanmoins noter, que pour promouvoir le développement des clubs mêmes, les dépenses liées au développement des infrastructures ou des sections jeunes ne sont pas prises en compte dans ce calcul. Ainsi, faute de pouvoir investir dans des joueurs surcotés, les clubs pourront décider de développer leurs centres de formations afin de puiser dans les jeunes effectifs. Nota bene : le propriétaire d'un club peut injecter de l'argent par le biais d'un contrat de sponsoring avec une société avec laquelle il a des liens. L’UEFA étudiera alors ce cas pour adapter son calcul de dépenses.

Qu’arrive-t-il aux clubs qui ne respectent pas les règles fixées ?

Ils s’exposent à des sanctions en fonction de plusieurs facteurs. Voici la liste de ces sanctions :

Devant ces risques, les propriétaires de clubs ne font certainement pas les fiers, refusant de se trouver confrontés aux instances de la FIFA. Mais l’annonce de Michel Platini a de quoi les dérider un peu. Sur RTL, le président de l’UEFA a confirmé, sans surprise, son attachement au fair-play financier, qui aurait « permis de réduire de 1.7 milliard à 800 millions d’euros les pertes des clubs européens ». Là où il a créé un « mini-évènement » c’est en annonçant qu’il fallait l’alléger.

Pourquoi une telle annonce maintenant ?

kazeco fair play financier3Rien n’a été justifié, mais on peut aisément se douter que le récent contrat télé de Premier League, prévoyant le versement de 2.3 milliards d’euros par saison, et ce, pendant 3 ans, a pesé dans la balance. Ce contrat permettrait au championnat anglais de disposer d’une puissance financière bien supérieure à ses homologues européens, et potentiellement (même si la réalité du terrain aura le dernier mot), de voir les clubs anglais s’imposer au sommet de l’Europe au fil de l’eau. Un déséquilibre qui, bizarrement, ne plait pas à tout le monde et que le fair-play financier, tel qu’il est actuellement, pourrait accentuer. L’annonce de Michel Platini abonde donc dans le sens de Nasser Al-Khelaïfi, le président du Paris-Saint-Germain, qui se demandait, dans les colonnes du Parisien, comment l’UEFA allait intégrer le nouveau contrat télé de Premier League, soulignant par la même occasion le fait que le fair-play financier n’était « plus seulement le problème du PSG mais celui de tous les clubs ».

Le but de la manœuvre est de permettre à des clubs qui en ont les moyens (le PSG et Manchester City en sont deux exemples frappants) de venir concurrencer les grands d’Europe, qui glanent à tour de rôle les places du dernier carré de la Ligue des Champions. Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, le PSG et Manchester City, pourtant puissants financièrement, ont vu le montant de leurs transferts fortement diminuer entre 2013 et 2014, saison où la fair-play financier a fait une entrée fracassante. A l’heure actuelle, un fair-play financier trop strict aurait pour effet de les protéger d’une concurrence nouvelle, limitant l’essor de clubs pouvant se permettre d’énormes dépenses en termes de recrutements. Or ce n’est pas le but de l’UEFA. Tout du moins on l’espère.

kazeco fair play financier4

Ainsi, l’UEFA, par le biais de son comité exécutif, devrait statuer sur ce cas fin juin, à l’occasion d’une réunion, afin de trouver une solution qui satisferait tout le monde, sans pour autant remettre en cause l’efficacité et l’importance du fair-play financier. Il serait également question de tenir compte des différents régimes fiscaux par pays. Une bonne nouvelle pour les clubs de l’hexagone, fortement imposés. Il serait donc possible que le PSG et consorts disposent d’une marge de manœuvre plus importante lors du prochain mercato, et puissent attirer des stars. Tout cela est possible, si tenté que l’accord (pas encore) trouvé, soit effectif d’ici là.

Manuel Orengo

Economie et Sport – Kazeco.com

manu@kazeco.com