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Accord climat Chine USA: doit-on s'en réjouir?

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Mercredi 12 novembre, la Chine et les Etats Unis concluent un accord limitant les émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit d’un événement d’ordre historique puisque c’est la première fois que ces deux géants s’engagent sur la question du réchauffement climatique. N’oublions pas qu’à eux deux, ils représentent 40% du total des émissions de CO2. La nouvelle fait donc renaitre un espoir. Pourtant, il y a-t-il vraiment de quoi ? Un certain scepticisme nous pousse à accueillir la nouvelle avec prudence et donc à se questionner : est ce que l’accord sino américain est une réelle avancée pour le climat ?
 

Un grand pas pour les négociations…

 
D’un coté, les Américains s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effets de serre de 26 à 28% d’ici 2025 par rapport à 2005. De l’autre, les Chinois se sont fixés comme objectif d’atteindre en 2030 leur pic d’émission de gaz à effet de serre et de produire 20% de leur énergie à partir de sources non créatrices d’émissions de carbone.
Pour voir cet accord comme une réelle avancée, il faut raisonner de la façon suivante. Pour la première fois dans l’histoire, la Chine, qui ne voulait pas sacrifier sa croissance pour l’environnement, s’engage sur un seuil chiffré. Aujourd’hui, elle détermine une année où les émissions cesseront d’augmenter avant de voir la courbe s’inverser. En d’autres termes, une année où la Chine prévoit pour la première fois de décélérer.
 
Après l’Europe en octobre, ces deux géants s’engagent sur l’honorable voie de la lutte contre le réchauffement climatique et cela se traduit par un changement majeur : le climat n’est plus seulement une question d’ordre politique, mais aussi une problématique économique. En effet, le réchauffement climatique et les technologies pour le combattre ont fait naitre un réel marché d’avenir. Si deux mastodontes comme la Chine et les Etats Unis commencent à penser vert, c’est qu’ils y ont un intérêt…
 
Mais pas de mauvaise langue, cet accord doit être considéré comme une bonne nouvelle pour les négociations. En dehors des probables enjeux économiques qu’il cache, l’accord a un fort pouvoir symbolique et est plutôt de bonne augure pour les échéances à venir. En effet, à un an de Paris 2015, ce sont trois poids lourds mondiaux qui ont déposé leurs cartes sur la table des négociations. Les conditions de pourparlers seront bien différentes que lors de la Conférence de Copenhague en 2009 qui fut un véritable échec. Espérons à présent un effet « boule de neige »… D’autant plus que l’argument favori « la Chine ne fait rien » ne sera plus tenable pour les pays mauvais élèves du climat. Les conférences de Lima et de Paris en 2015 peuvent dès lors être abordées avec un certain optimisme. Contenu, toutefois.
 
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 En chine, les villes sont de plus en plus pris d'assault par les nuages de pollutions

…mais plus facile à dire qu’à faire. 

La nouvelle est certainement bonne mais ne levons pas pour autant les bras en l’air en criant « Ma planète est sauvée ! ». Car aux Etats-Unis, Obama fait face à un obstacle de taille: le Sénat. Les récentes élections ont porté au pouvoir les adversaires de toutes préoccupations climatiques et écologiques. En effet, la lutte contre le réchauffement climatique est très loin d’être une priorité pour le parti républicain désormais majoritaire au Congrès. Par ailleurs, les réactions du speaker de la chambre des représentants John Boehner et du chef de la nouvelle majorité du Sénat Mitch McConnell ont été excessivement négatives.
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On craint alors que la discussion et les actions concernant le réchauffement climatique soient systématiquement bloquées, Obama étant accusé de « croisade » contre l’industrie des Etats-Unis. Enfin, James Inhofe, climato-sceptique assumé et connu pour son opposition à la ratification du protocole de Kyoto, se voit chargé de la présidence de la commission sénatoriale chargée de l’environnement, bref une bonne nouvelle…
 
La situation aux Etats Unis fait donc prendre du recul sur la « faisabilité » de l’engagement américain, bien qu’Obama cherche par tous les moyens à contourner le Congrès.
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En conclusion le constat général est plutôt mitigé. Il faudra surtout retenir le poids symbolique de l’accord sino-américain. Avec l’Europe ce sont des géants qui s’engagent officiellement devant le monde sur la voie de la lutte contre le réchauffement climatique, une prise de conscience qui, espérons le, entrainera un nombre de pays significatif dans son sillage lors du rendez vous parisien de 2015.
 
C’est un grand pas pour les négociations mais cela reste un petit pas pour le climat. Si l’on se réfère au cinquième et dernier rapport du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) publié au début du mois, les engagements pris par la Chine et les Etats Unis sont en effet bien loin d’être suffisants.
 
N’oublions pas que d’après le GIEC les émissions de gaz à effets de serre devraient être de 0% en 2100. La route à parcourir d’ici là est encore longue…

 

Pour aller plus loin:  Changement climatique : pourquoi la coopération internationale traine-t-elle les pieds?

 

Florian Pavia

florian@kazeco.com