6 août 1945 : Necessary Evil ?

6 août 1945 1Alors que la reddition de l’Allemagne Nazie a été acceptée par les Alliés (7 et 8 mai 1945) et que la Seconde Guerre Mondiale s’est achevée en Europe, les combats continuent dans le Pacifique et suscitent l’inquiétude de l’Etat-Major américain. L’engagement des forces militaires japonaises est total. Le phénomène des kamikazes, prêts à sacrifier leurs vies pour préserver l’honneur de l’Empereur, mais également les combats féroces qui ont eu lieu sur l’île d’Okinawa ont alerté le commandement américain sur l’extrême niveau de combativité des Japonais. Disposés à défendre leur archipel contre toute tentative d’invasion américaine, les forces japonaises se regroupent et amassent 600 000 hommes pour la défense de l’île de Kyushu où les forces américaines envisageaient un débarquement terrestre avec près de 450 000 hommes (opération Olympic, opération Downfall).

6 août 1945 2Fort de ces données, les Etats-Unis réévaluent leurs plans. Le 26 juillet 1945, lors de la conférence de Potsdam, le Président Harry Truman proclame un ultimatum à l’égard du Japon dont il réclame la reddition sans conditions. Le refus de l’Empereur Hirohito de se plier à cette dernière exigence de l’ennemi, conduit le commandement américain à s’orienter vers l’utilisation de la bombe A, développée par l’équipe scientifique américaine du Docteur Robert Oppenheimer.

 

 

Le 6 août 1945 à 8 heures et 15 minutes, le bombardier B-29 Enola Gay relâche finalement Little Boy, la première bombe atomique de l’Histoire sur la ville d’Hiroshima, centre industriel du pays et quartier général de la Deuxième Armée Impériale.

6 août 1945 kazeco titreUne bulle de gaz, un rayonnement thermique, une température qui s’élève à un pic de 4000°C en surface, puis des incendies et des vents compris entre 300 et 800 km/h rasent le centre-ville d’Hiroshima, alors que l’onde de choc de l’explosion provoque des dégâts sur plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Les estimations des pertes humaines varient entre 70.000 (Département de l’Energie des Etats-Unis) et 140 000 morts (Mémorial de la Paix d’Hiroshima) et divergent notamment en raison du différentiel existant entre les milliers de personnes mortes sur le coup et les milliers de brûlés et irradiés qui agoniseront de leurs blessures pendant plusieurs semaines.

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La déclaration de guerre de la Russie soviétique au Japon le 8 août et l’explosion d’une seconde bombe atomique sur la ville de Nagasaki le lendemain provoqueront la décision de capitulation du Japon le 15 août 1945, et la signature officielle de sa reddition le 2 septembre 1945 à bord du cuirassé américain Missouri.

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Les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki ont eu de nombreuses conséquences sur l’histoire du XXème siècle. Elles ont tout d’abord fait entrer l’Humanité dans l’ère atomique. Les grandes puissances de la guerre froide seront les nations victorieuses de la Seconde Guerre Mondiale : Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine Russie. Elles siégeront de manière permanente au Conseil de Sécurité des Nations-Unies et seront les premières à maîtriser le feu atomique, enjeu de l’équilibre entre Est et Ouest durant la guerre froide.

Le Japon quant-à-lui est démilitarisé, mais l’Empereur est conservé par les autorités américaines d’occupation qui ne désirent pas susciter le mécontentement de la population civile en la privant de l’un de ses symboles. Le pays fait alors face à un gigantesque effort de reconstruction qui aboutira à la création de l’une des économies les plus performantes du monde au sortir des Trente Glorieuses. L'article 9 de la Constitution de 1947 fut également une des conséquences majeures des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. Il consacre aujourd’hui encore le pacifisme du Japon et sa renonciation "à jamais" à la guerre.

Pour l’anecdote, les trois avions assignés à la mission de largage de la bombe atomique portaient les noms d’Enola Gay (bombardement), The Great Artiste (mesures et relevé de données) et Necessary Evil chargé d’être le témoin de l’explosion dévastatrice par la prise de photographies et de films.

Les images produites par ce dernier appareil ont ironiquement continuées à poser la question du bombardement d’Hiroshima comme celle d’un mal nécessaire à la fin des hostilités dans le Pacifique. Elles ont également placées l’Homme en face de sa création et de sa conscience, nécessaire garde-fou des avancées humaines. 

Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison.

Extrait de la réaction d’Albert Camus au bombardement d’Hiroshima, paru dans le journal Combat, 8 août 1945. 
 
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