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5 septembre 1661 : Arrestation de Nicolas Fouquet

Avocat, conseiller au Parlement de Metz à 20 ans à la faveur d’une dispense d’âge délivrée par Richelieu, intendant de province, Surintendant des Finances siégeant au Conseil d’en-Haut, Procureur du Parlement de Paris, orateur de talent, fin connaisseur des rouages du pouvoir, doté d’une capacité de travail louée à la fois par Mazarin, qui fut l’un de ses mentors, et par Anne d’Autriche qui fut sa protectrice, Nicolas Fouquet (1615-1680) avait tout pour répondre à la devise inscrite sur le blason familial « Quo non ascendet ? » (Jusqu’où ne montera-t-il pas ?).

5 septembre 1661 arrestation nicolas fouquet2Issu d’une famille qui fit fortune dans le commerce du drap avant de se reconvertir dans la magistrature, Nicolas Fouquet se fit en effet très rapidement une place de choix parmi les serviteurs du Roi. Surintendant des Finances à partir de 1653, il eut la difficile tâche de trouver les ressources financières nécessaires aux guerres de Louis XIV et au train de vie dispendieux du monarque. La Fronde de 1648 et les hausses d’imposition sous Mazarin ont laissé le système de recouvrement de l’impôt à l’agonie. Pour restaurer la confiance et renforcer le financement de la politique royale, Fouquet réorganise un réseau de traitants (financiers), non sans clientélisme, et n’hésite pas à le rémunérer à des taux engageants et parfois excessifs. La réévaluation de la livre tournoi et un appel excessifs aux affaires extraordinaires - création de charges, de droits nouveaux, émissions de prêts avantageux pour les traitants – vont dans le sens d’une restauration de la confiance et d’un influx croissant de liquidités, mais aussi dans celui de Fouquet et de sa clientèle qui s’enrichissent indiscutablement au passage.

 

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Le blason des Fouquet fait figurer un Ecureuil, en raison de l'étymologie du nom familial - Le mot "Fouquet", désigne en effet le rongeur dans le patois de certaines régions de l'ouest de la France. Un animal à la réputation d'économe, à l'inverse de celle du ministre de Louis XIV...

 

Plus jeune responsable des Finances de l’histoire de l’Ancien Régime, Fouquet fascine, amasse une quantité de richesse hors du commun, se construit sa propre place-forte à Belle-Île, bâtit le somptueux Château de Vaux-le-Vicomte, protège des artistes comme Molière, Corneille ou Poussin.

 

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Château et jardins de Vaux-le-Vicomte
 

Et c’est justement au sortir d’une des somptueuses fêtes organisées à Vaux-le-Vicomte que le Roi pris de jalousie et ulcéré par autant de fastes aurait renforcé ses suspicions à l’encontre de son ministre devenu si riche et puissant. Le fait est que le travail de sape dans l’esprit du Roi avait commencé depuis un certain moment. Il fut principalement l’œuvre de Mazarin, qui, avant de mourir (9 mars 1661), mit le Roi en garde contre la trop grande ambition de son ministre, mais surtout le grand dessein de Colbert, autre fameux administrateur du Royaume et ennemi politique juré de Fouquet.

 

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Louis XIV au début de son règne personnel (1661)
 

Il y eut cependant une étape préparatoire à la déchéance du ministre. Un préalable d’ordre administratif qui relève d’une ruse dont seuls les grands appétits politiques ont le secret. Procureur du Parlement de Paris, Fouquet n’a à répondre de ses agissements que devant le Parlement où il dispose de bon nombre d’amis. Pour faire tomber ce privilège synonyme de protection et éviter tout conflit avec le Parlement, Louis XIV convoque Fouquet à Versailles et lui propose la plus haute charge du Royaume, celle de Chancelier. Mais conformément aux instructions du Roi, Fouquet doit au préalable se délester de sa charge de Procureur. Le ministre tombe dans le piège, vend sa charge le 17 août et se met ainsi à la merci du Roi et de Colbert dont il s’est manifestement trop peu méfié. La charge de Chancelier ne viendra jamais.

 

5 septembre 1661 arrestation nicolas fouquet1Arrêté le 4 septembre 1661 par d’Artagnan, sous ordre expresse du Roi, Fouquet sera principalement jugé pour péculat (malversations et enrichissement personnel), mais aussi pour planification d’une tentative de rébellion à l’encontre du Roi. Ce n’est qu’en 1664, après trois ans d’audiences, que le procès aboutira finalement à une sentence proclamant la confiscation des biens de Fouquet et son bannissement du Royaume. Déçu par les juges qui se refusèrent à prononcer la peine de mort alors prévue en cas de péculat, Louis XIV disgraciera certains d’entre eux et usera de son droit de grâce pour commuer le bannissement en détention à perpétuité au sein de la forteresse de Pignerol, dans l'isolement le plus stricte. La présence de Fouquet au sein d’une cour étrangère aurait en effet toujours été synonyme de danger potentiel pour Louis XIV.
 
Conformément au vœu du Roi, Fouquet finira ses jours en détention à la forteresse de Pignerol. Le 23 mars 1680, une crise d’apoplexie emporte l’ex-ministre.
 
La fulgurante ascension du ministre n’aura eu d’équivalent que sa disgrâce. Coïncidant avec le jour d’anniversaire des 23 ans de Louis XIV, l’arrestation du ministre marque les débuts du règne personnel du monarque (1661).
 
Un siècle plus tard, les Lumières et notamment Voltaire useront également de l'évènement pour illustrer l'arbitraire monarchique, principe ennemi des révolutionnaires de 1789.