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5 juillet 1783 : Havas, magnat des médias

Né le 5 juillet 1783, Charles-Louis Havas fut un touche-à-tout de génie. Négociant dans le port de Nantes à 22 ans, il connaît ses premiers succès dans l’import-export du coton avant de se tourner vers le secteur bancaire. Spécialiste des emprunts publics, il accumule une fortune considérable mais se retrouve ruiné avec la chute de l’empire napoléonien. Il repart alors de zéro ou presque, et en opportuniste avisé devient alors journaliste et informateur. L’Empire a décimé la presse et le besoin d’informations est grandissant.

Charles Havas, anglophone et germanophone, et sa femme, Jeanne, qui maîtrise aussi bien l’espagnol que le portugais, traduisent alors les dépêches provenant du monde entier pour le compte de milieux d’affaires toujours plus en recherche d’informations.

Après un bref essai de retour dans le milieu de la finance qui se solde par un échec, Charles Havas crée le Bureau de traduction des journaux étrangers, qui deviendra le Bureau des Nouvelles, en 1832. Il créera ensuite l’Agence des feuillets politiques en 1835, véritable précurseur de l’agence presse. 

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Charles Havas tisse pendant ces années un réseau de correspondants, rachète des organes d’informations à Paris, en province, mais aussi plus largement en Europe. Charles Havas devient le grand pourvoyeur d’informations du monde de la finance. Il renseigne sur les grands changements politiques survenant en Amérique du Sud, les évolutions industrielles majeurs, les sociétés cotées à la Bourse de Paris, dont le nombre est multiplié par cinq entre 1830 et 1836 (on passe en effet de 44 à 223 valeurs).

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Dernier client privilégié de Charles Havas et non des moindre : l’Etat. En 1838, l'agence Delaire-Havas avec l’appui du ministre de l’Intérieur, Camille de Montalivert, relancent les correspondances ministérielles. Ces accointances entre la presse et le pouvoir, et le monopole de fait que Charles Havas se constitue peu à peu dans la presse d’information feront dire à Honoré de Balzac, l’un des plus célèbre détracteur de l’entrepreneur :

"Le public peut croire qu'il existe plusieurs journaux, mais il n'y a en définitif, qu'un seul journal... Monsieur Havas".

Les relations qu’entretient Charles Havas avec les hauts fonctionnaires de l’Etat lui permettront également d’être directement relié au réseau télégraphe de Chappe.

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Enfin, en 1852, à quelques jours de sa retraite, Charles-Louis Havas pose les jalons de l’empire Havas tel que nous le connaissons aujourd’hui en entrant au capital du Bulletin de Paris. Le modèle économique de la publication est simple. Le Bulletin vend ses nouvelles aux journaux de provinces en contrepartie d’encart publicitaires en troisième ou quatrième de couverture. En prenant une participation dans cette société, Charles Havas, dispose d’une régie publicitaire, en parallèle de ses organes d’informations.

Si Charles Havas a créé de son vivant un empire de l’information, ses enfants mettront quant à eux sur pieds un empire de la publicité sur le fondement de l’héritage laissé par leur père, notamment avec la création de la Société générale des annonces, qui se retrouvera elle aussi dans une situation de quasi-monopole pendant la deuxième moitié du XIXème siècle.

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Avec un chiffre d’affaires de 1,7 Md et un résultat net de 128 M d’euros en 2013, le groupe Havas est aujourd’hui un des grands acteurs de la publicité au niveau mondial. 

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