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5 janvier 1855 : King C. Gilette, une success story à ne pas jeter...

Né le 5 janvier 1855 à Fond du Lac dans le Wisconsin et décédé le 9 juillet 1932 à Los Angeles, Californie, King Camp Gilette a donné son nom à l’une des marques les plus connues de notre époque tout en étant à l’origine d’un business model révolutionnaire.

 

5 janvier 1855 gilette 9Après quinze années d’une carrière d’agent de commerce rondement menée, c’est en travaillant aux côtés de William Painter, fondateur de la Crown Cork and Seal Company et inventeur – entre autres - de la capsule pour bouteille, que King C. Gilette eut l’une des discussions les plus déterminantes de sa vie. Painter aurait alors encouragé son employé à la création d’un objet qui serait jeté après son utilisation, obligeant ainsi les consommateurs à devenir des clients récurrents. De l’aveu même de Gilette, les mots du mentor devinrent peu à peu une obsession.

 

Une idée fixe qui débouche finalement un beau matin sur un éclair de génie, où, fatigué d’aiguiser son coupe-chou sur son cuir avant de se raser, King C. Gilette à enfin la vision de l’objet qui assurera sa fortune, celle d’un rasoir et de sa lame à double tranchant, à la fois souple, solide, réutilisable… mais surtout jetable une fois émoussée !

 

5 janvier 1855 gilette 2Après quatre années passées à élaborer la lame et le rasoir jetable répondant à ces conditions, King C. Gilette aboutit à son premier prototype en 1899. Il s’adresse ensuite à l’indispensable William Emery Nickerson, ingénieur chimiste du MIT, responsable de l’amélioration continuelle du produit, mais aussi de sa production de masse au sein de l’American Safety Razor Company fondée le 28 septembre 1901 par Gilette à Boston, et qui deviendra la Gilette Safety Razor Company l’année suivante.

 

De l’idée au business model, la voie sera alors toute tracée ou presque. La sentence proverbiale « Donnez-leur les rasoirs, vendez leur les lames ! », quoi qu’un peu exagérée, résume à elle seule la stratégie commerciale de produits reposant essentiellement sur leurs qualités de consommables, à la manière de ce que les cartouches d’encre seront pour les imprimantes quelques décennies plus tard.

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Après une mauvaise première année d’activité en 1903 ne vendant que 51 rasoirs et 168 lames, King C. Gilette appliquera à la lettre la recette d’un business model en devenir en réduisant de 20 à 12 le nombre de lames vendues par paquet, tout en misant sur une publicité constante et une stratégie de dépôt de brevets systématique à partir de 1905, qui assurera notamment l’expansion pérenne des activités de la société à l’étranger. En 1905 d’ailleurs, la société, balbutiante deux années plus tôt, écoule alors 250 000 rasoirs et plus de 2 millions de lames sur l’année.

 

Inventeur du Milady Decolette en 1915, premier rasoir pour femme, fournisseur de 3,5 millions de rasoirs et de 36 millions de lames pour les soldats américains engagés dans le premier conflit mondial, la petite société de Boston remporte d’immenses marchés et compte alors plus d’une quarantaine de filiales à l’étranger à partir de 1926 ; premières grandes réalisations d’une compagnie dont le succès s’écrit encore au présent.

 

5 janvier 1855 gilette 7Retiré des affaires courantes de la compagnie à partir de 1913, tout en en conservant la présidence jusqu’en 1931, King C. Gilette continuera quant à lui de poursuivre jusqu’à sa mort des idéaux apparemment très éloignés de la carrière du célèbre entrepreneur, mais qui furent pourtant parmi ses leitmotiv essentiels. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la création d’une entreprise collaborative réalisant des grands travaux au service d’une société égalitaire, délivrée des exigences de la compétition économique et des inégalités qu’elle suscite, fut en effet l’une des grandes préoccupations de King C. Gilette. Une utopie sociale qui poussa notamment l’entrepreneur à succès à la rédaction de plusieurs ouvrages – The Human Drift (1894) ; The Ballot Box (1897) ; World Corporation (1910), The People’s Corporation (1924) -, sans pour autant que son rêve d’une Metropolis idéale ne soit jamais plus facile à réaliser que l’empire industriel qu’il avait si brillamment mis sur pieds.

Filiale du groupe Procter & Gamble, The Gilette Company réalise aujourd’hui (2014) un chiffre d’affaires avoisinant les 8 milliards de dollars.