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30 janvier 1875 : Amendement Wallon, la République prend du gallon !

Adopté le 30 janvier 1875, l’amendement Wallon fut l’une des pierres angulaires de l’édifice républicain annonçant la rupture définitive de la France avec l’idéal monarchique.

 

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Envahissement de l'Assemblée Nationale par les partisans républicains le 4 septembre 1870

 

Proclamée le 4 septembre 1870 au lendemain de la chute du Second Empire, précipitée par la défaite concédée face aux armées prussiennes, la Troisième République est mise sur pieds à la hâte, sans pour autant bénéficier d’un quelconque cadre constitutionnel. En cause, une opposition politique farouche entre monarchistes (légitimistes, orléanistes, bonapartistes), espérant le retour d’un roi sur le trône de France, et Républicains, désireux de renforcer l’esprit du 4 septembre au sein de nouvelles lois constitutionnelles.

Portée à l’Assemblée Nationale suite aux élections du 8 février 1871, la forte majorité royaliste (400 royalistes sur 675 sièges) n’arrive pas en effet à rétablir le régime monarchique en France. En cause notamment, le refus du Comte de Chambord, héritier légitimiste au trône de France, de devenir le futur Henri V de France s’il doit accepter le drapeau tricolore de 1789. Les monarchistes élus à la Chambre des Députés décident alors de gagner du temps en nommant Adolphe Thiers chef du pouvoir exécutif de la République Française, avant d’en faire le Président de la République (loi Rivet du 31 août 1871) nommé pour sept ans (loi de Broglie du 13 mars 1873).

 

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Henri d'Artois, Comte de Chambord
 

De 1871 à 1873, trois tentatives de restauration monarchique échoueront encore du fait de l’entêtement du Comte de Chambord. Thiers finit même par plaider ouvertement pour une « République conservatrice », garante de stabilité, plutôt qu’à soutenir une hypothétique restauration monarchique dont l’image se fait alors de plus en plus floue. Une position qui lui soustrait définitivement le soutien royaliste à la Chambre le forçant ainsi à la démission. A sa place, la majorité royaliste, toujours dans sa stratégie d’attente d’une restauration monarchique, nomme le Maréchal Patrice de Mac Mahon Président de la République. Monarchiste convaincu, ce dernier accepte alors l’idée de se démettre de ses fonctions au jour où un futur héritier au trône de France viendrait à se manifester.

Mais les longues hésitations du parti monarchiste se sont accumulées et les Républicains pressent alors la rédaction de lois constitutionnelles afin de définir clairement la nature et le fonctionnement du régime. Repoussée à de nombreuses reprises par le parti monarchiste, la référence textuelle au terme de « République » est l’enjeu d’une bataille parlementaire incessante où se joue l’avenir du régime politique qu’adoptera la France.

 

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Henri Alexandre Wallon 
 

Le 30 janvier 1875, l’adoption de l’amendement Wallon portant sur la loi constitutionnelle du 25 février 1875 (organisation des pouvoirs publics) concrétisera finalement le tournant majeur tant attendu par les partisans de la République. Adoptée en première lecture à seulement une voix près (353 contre 352), notamment grâce à l’appui de forces du « centre », mais aussi de certains monarchistes, la Chambre des députés accepte pour la première fois une reconnaissance textuelle et légale à la notion de République :

Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée Nationale. Il est nommé pour sept ans ; il est rééligible. 

Une avancée sémantique, mais aussi juridique, qui posera un jalon essentiel et déterminant de l’édifice républicain, et avec lequel plus aucun retour en arrière ne sera désormais plus envisageable. 

 

Un amendement qui vaudra également à son auteur le surnom de "Père de la République".

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