Economie et Sport

24h d’excitation et plus si affinités

kazeco mans2Depuis 1923, le département de la Sarthe est sous les feux de la rampe l’espace de « 24 heures ». Un laps de temps entre guillemets puisque l’euphorie dure bien plus longtemps avec une semaine entière d’événements. La mythique course d’une durée de 24 heures, qui fait depuis 2012 partie du championnat du monde d’endurance, attire toujours autant les foules, les stars et les pilotes, même après 83 éditions. Et qui dit attirance dit retombées économiques.

L’idée est née en 1920 dans la tête d’un certain Georges Durand, secrétaire général de l’Automobile Club de l’Ouest (ACO). Il souhaitait mettre sur pied une épreuve automobile qui favoriserait l’évolution de ce secteur et pensa à une course d’endurance, avec un relai de pilotes jour et nuit. Un pari osé, mais  gagnant puisqu’aujourd’hui, la course des « 24 heures du Mans » est un rendez-vous incontournable des sports automobiles.

Les hostilités commencent traditionnellement avec le pesage des véhicules. S’en suivent les essais et les qualifications mercredi et jeudi. La température commence à monter aux abords du circuit. Pour alimenter cette excitation, le vendredi a lieu le Saint Saturnin Classic British Welcome. Qu’est-ce ? C’est un site non loin du circuit dédié au rassemblement de voitures prestigieuses. Tout le monde peut y participer, échanger avec d’autres passionnés ou immortaliser les engins présents - histoire de patienter avant la parade des pilotes en fin de journée. Rajoutez à cela une fête foraine, des concerts, la mise ne place du village et ses animations et bien entendu la course, et vous avez votre cocktail spécial « Le Mans ».

Les « 24 heures du Mans » c’est un style à part. D’accord c’est une course d’endurance mythique, mais c’est aussi un départ bien particulier qui a subit des changements au fil du temps. Au début, les voitures partaient arrêtées, comme en Formule 1, mais en ligne. Très vite (en 1925) le style à changé pour un départ en épi dit départ « Le Mans ». Celui-ci voyait les pilotes partir en courant vers leur voiture pour prendre le départ de la course. Mais, étant donné que, pour gagner du temps, certains pilotes ne bouclaient pas leur ceinture, fermaient mal leur portière (ce qui causa un accident en 1968) et autre, ce style de départ fût remplacé par le départ en épi avec le pilote à bord en 1970 puis départ lancé depuis 1971 - à chaque fois donné par une célébrité. Cette année, après le pilote de Formule 1 Fernando Alonso, c’est Bill Ford, président de la marque du même nom, qui s’y est collé.

Il faut savoir que ce type de course de voitures au Mans est décliné en différentes catégories. Pour ne citer qu’elles y a les 24 heures Camions, Moto, mais aussi Roller ou Vélo. Ces trois dernières courses ne nécessitant pas de port de ceinture et ne disposant pas de « portes », le départ « Le Mans » a été maintenu pour le côté historique.

kazeco mans3C’est donc cet ensemble de particularités qui fait que cette épreuve attire autant. Même des célébrités viennent participer à la course, comme l’acteur américain Patrick Dempsey, celui-là même qui a incarné pendant 11 saisons le « Docteur Mamour » dans la série Grey’s Anatomy. L’acteur a terminé sur le podium (deuxième place) dans la catégorie amateur au volant d’une Porsche 911 RSR appartenant à l’écurie qu’il a créée (Dempsey Proton Racing). Même s’il termine à une honorable 22ème place au général, le Docteur Mamour en est à sa 4ème participation aux 24 heures du Mans. Petit point amusant : François Hollande, présent dans la Sarthe, n’a pas reconnu l’acteur quand il lui a serré la main. Patrick Dempsey, visiblement content de rencontrer notre Président, a perdu son sourire en répondant « des États-Unis » quand ce dernier lui a demandé d’où il venait. Notons tout de même que la dernière présence d’un Chef de l’État remontait à 1972 avec Georges Pompidou.

Quand on voit que des personnalités internationales s’intéressent à ce genre de course ce n’est pas pour son côté « bling bling » mais plutôt pour l’amour du sport automobile. Le circuit du Mans est historique et la course fabuleuse. Ce n‘est donc pas une surprise de voir les spectateurs se ruer en masse dans la Sarthe pour y assister, et l’étude publiée fin Mai par l’ACO abonde en ce sens !

Cette étude porte sur les retombées financières du circuit des 24 heures du Mans. Qu’y apprend-on ? On y apprend qu’en 2014 ce dernier a généré des retombées économiques de plus de 114 millions d’euros  et créé pas moins de 2.500 emplois à temps plein. Rien que ça !

Les retombées financières sont de trois types : les directes (comprenez par là, les rentrées d’argent liées à la billetterie, aux droits de retransmission télé, droits de licence, marketing, séminaires, écoles de pilotage etc.), les indirectes (dépenses liées à l’arrivée des spectateurs, la restauration, l’hébergement etc.) et les induites (liées à l’impact sur l’activité économique de la Sarthe, sur les entreprises voisines liées aux sports mécaniques etc.). Les retombées directes ont été de l’ordre de 52.3 millions d’euros cette même année contre 38 millions 5 ans plus tôt (et 25 millions en 2001). Soit plus de 37% d’augmentation en 5 ans. Les retombées indirectes ont, quant à elles, été de l’ordre de 29.6 millions d’euros contre 27.6 millions en 2009. Ce qui représente une augmentation de plus de 7%, certes pas comparable à l’évolution des retombées directes, mais tout de même significatif. En incluant à ces deux données les retombées induites, qui sont de l’ordre de 9,85 millions d’euros, on obtient un total de 91.75 millions d’euros sur 2014.

Pour mesurer l’impact dans le tissu économique local, un coefficient multiplicateur d’impact a été utilisé. Il a été actualisé à 1.25 en 2014 contre 1.33 en 2013. Qu’est ce que cela veut dire ? Cela signifie qu’en 2014, pour 100 euros de retombées financières, il y avait une diffusion de 25 euros dans l’économie locale, soit des retombées économiques de 125 euros. En appliquant ce coefficient, on obtient donc des retombées économiques de 114.7 millions d’euros en 2014 grâce au circuit des 24 heures du Mans. A titre de comparaison, l’année 2009 avait engendrée 111.5 millions d’euros de retombées économiques.

Au niveau des emplois, en 2014 l’impact du circuit sur le département de la Sarthe en engendré à la création de 2.456 emplois à temps plein pour être très précis. Soit l’équivalent de 45.1 millions d’euros de revenus salariaux. Si l’on compare au niveau du département, cela correspond à 1% de l’emploi.

Une étude très intéressante et qui met en lumière cette effervescence autour de la Sarthe, comme l’a si bien dit Pierre Fillon, le Président de l’ACO : « Cette étude est intéressante tant pour les pouvoirs publics que nos partenaires ou la presse car elle apporte des éléments concrets à notre travail et le projette au grand jour sous un angle différent. »

kazeco mans4Tous les points de cette étude ont montré une augmentation, plus ou moins forte selon le secteur. Le fait que les retombées directes soient en forte augmentation démontre l’attrait des 24 heures du Mans, avec une augmentation des droits de diffusion. Le dynamisme économique présenté par l’épreuve nous démontre qu’après 83 éditions, le Mans est loin d’avoir dit son dernier mot. Toujours aussi spectaculaire et jouissive pour les amateurs de courses automobiles, cette course a encore vu des records pulvérisés lors de l’édition 2015. Le premier est celui de la plus haute vitesse moyenne, record réalisé par André Lotterer au volant son Audi R18 e-tron quattro avec un temps de 3min 17s 475 sur le circuit, ce qui représente une vitesse moyenne de 248.459 km/h. Le second record est celui du tour le plus rapide avec un temps de 3min 16s 887 établi par Neel Jani sur Porsche. A noter que ces deux records sont établis depuis l’existence des deux chicanes dans la longue ligne droite Hunaudières. Les 263.500 spectateurs présents auront donc pu assister au 17ème sacre de Porsche… 17 ans après leur dernier. En effet, c’est  la Porsche 919 Hybrid qui a été la première à franchir la ligne d’arrivée.

Manuel Orengo

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