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23 Mars 1992, Meurt un économiste anti mainstream : Nicolas Hayek

1- L’homme
Hayek est né à Vienne, le 8 mai 1899. Sa jeunesse autrichienne est marquée par un climat politique difficile, des grèves massives paralysent le pays. Il assiste à un populisme, souvent antisémite, et un socialisme révolutionnaire radicalisé par l’introduction des thèses marxistes.
Opposé au keynésianisme, au socialisme et à l'étatisme, il est considéré comme l'un des penseurs politiques les plus importants du xxe siècle. En 1974, il reçut le « prix Nobel d'économie » pour « ses travaux pionniers dans la théorie de la monnaie et des fluctuations économiques et pour son analyse de l'interdépendance des phénomènes économiques, sociaux et institutionnels », prix partagé avec Gunnar Myrdal, rimages 3écompensé pour les mêmes raisons.Hayek a vécu en Autriche, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne, et a été naturalisé britannique en 1938, après avoir refusé de rejoindre l'Autriche annexée par les Allemands. Il passa la majeure partie de sa vie académique à la London School of Economics, l'Université de Chicago et l'Université de Fribourg. Il a été nommé à l'ordre des compagnons d'honneur en 1984 par la reine Élisabeth II pour « ses services à l'étude des sciences économiques » et a reçu du président George. Bush également la médaille présidentielle de la liberté en 1991.
En 2011, son article Utilisation de l'information dans la société a été sélectionné dans le top 20 des articles publiés par l'American Economic Review durant ses cent dernières années. Friedrich Von Hayek n'était pas uniquement un économiste pur et dur. Il s'intéressait aussi à l'histoire, la politique, la science et la philosophie et cela se ressent dans ses écrits.
 
2-Son Travail
Hayek, dans la continuité de la tradition libérale initiée par Adam Smith « la main invisible », défend une conception minimale de l’État. Son programme est exposé dans  Constitution de la liberté (1960) : déréglementer, privatiser, diminuer les programmes contre le chômage, supprimer les subventions au logement et les contrôles des loyers, réduire les dépenses de la sécurité sociale, et enfin limiter le pouvoir syndical. L’État n’a pas le droit d’assurer la redistribution, surtout en fonction d’un quelconque critère de « justice sociale ». Son rôle est réduit à la fourniture d’un cadre juridique garantissant les règles élémentaires de l’échange. En 1976, il va jusqu’à proposer la dénationalisation de la monnaie, c’est-à-dire la privatisation des banques centrales nationales pour soumettre la création monétaire aux mécanismes du marché. D’autres prises de positions semblent nuancer la radicalité de son libéralisme, il préconise par exemple la création d’un revenu minimum.
images 4La métaphore de la « main invisible », qui assure dans la pensée d’Adam Smith l’adéquation de l’offre et de la demande sur les différents marchés, illustre parfaitement ce présupposé commun qu’ils cherchent tous à démontrer à partir de différents postulats : équilibre général de Walras, redéveloppé par Pareto.D’autres écrits lui valent une posture de révolutionnaire comme ceux écrits sur la démocratie : « Mieux vaut un régime non-démocratique garantissant l’ordre spontané du marché qu’une démocratie planificatrice. ». Ce raisonnement justifiera la présence des « Chicago boys » au Chili. En fait Hayek semble être obsédé par les classes moyennes qui contrôlent les régimes démocratiques : « Il y a une grande part de vérité dans la formule d’après laquelle le fascisme et le national-socialisme seraient une sorte de socialisme de la classe moyenne ».
Contrairement à d'autres économistes, Hayek n'appliquait pas l'idéologie libérale seulement à l'économie, mais aussi à tous les secteurs de la vie en société et à l'être humain en général.
Selon Hayek, la société s'organise selon un ordre spontané qui découle de l'expérience des Hommes à vivre en commun et s'adapte au fur et à mesure que cette expérience grandit. L'ordre social n'a pas à être imposé, il se forme seul, comparable à un « darwinisme social ». L'ordre construit, imposé, ne prend pas en compte la dimension imprévisible des Hommes et leur libre-arbitre ce qui mène au totalitarisme dont il a horreur et qu'il a combattu sous deux formes, le communisme et le nazisme.
Toujours dans cette notion de liberté, Hayek défend l'idée selon laquelle le droit devrait être au centre de la constitution d'un État.
images 2Hayek déplore les ravages de l'État Providence défendu par Keynes, qui laisse de côté le droit pour les privilèges individuels. Le peuple devient dépendant des interventions répétées de l'État qui lui fait perdre toute autonomie.  Il considère que la démocratie est un système défaillant qui conduit à la démagogie et doit être encadré par des règles de droit fortes. Ses théories ont inspiré les gouvernements de Reagan, Thatcher et… Pinochet.
« La Route de la servitude » livre sorti en 1944 voulait expliquer les naissances du totalitarisme qui se positionnent à contre-courant des grandes idéologies qui dominent Le pouvoir coercitif, de l'État, selon Hayek, transforme toute question économique ou sociale en question politique. Il considère qu'il n'existe pas de différence de nature mais seulement de degré entre le communisme et le nazisme, entre socialisme et totalitarisme.
Ce livre fut un succès commercial traduit en 20 langues et ayant connu plus de 30 rééditions aux États-Unis. Si l'ouvrage le fait connaître du grand public, il acquiert une réputation de polémiste qui le dessert dans le monde académique. Il passera les décennies suivantes à l'écart du mainstream universitaire.
3-Une bagarre de concepts économiques qui dure depuis 80 ans avec Keynes
Face à une situation de crise, John Maynard Keynes suggérait à la Banque d’Angleterre de maintenir les taux d’intérêt bas de manière à ce que les entreprises puissent emprunter à bon marché, et proposait d’abaisser sensiblement les impôts afin d’encourager les dépenses. Il préconisait également d’employer les chômeurs, 11,4% de la population active à l’époque ! «Il serait bien temps de la rembourser (les dettes) une fois que l’économie serait à nouveau prospère.» Il ne fallait pas avoir peur du long terme, parce que, écrivait-il, «à long terme nous serons tous morts». Hayek , quant à lui attribue les crises économiques et financières aux investissements mal dirigés par une politique d'excès de crédit, il rejette les explications de la conjoncture. Il juge John Maynard Keynes comme un « homme de grande intelligence mais aux connaissances limitées en théorie économique ». Il regrettera de ne pas avoir écrit à temps contre la « Théorie générale » de Keynes. Néanmoins, il ne cessera de montrer comment les politiques keynésiennes de relance économique, fondées sur l'utilisation du budget public, produisent sur le long terme à la fois inflation, stagnation économique et chômage (telle la stagflation des années 1970 en Angleterre et ailleurs.    « Les entreprises qui croissent grâce à un financement bon marché peuvent pendant un temps engager des chômeurs afin de faire face à une demande artificielle, mais à moins que les taux d’intérêt ne restent indéfiniment bas, des usines finiraient par fermer et les nouveaux emplois seraient perdus. »
Au milieu des années 70, lorsque les économies occidentales ont été confrontées à la combinaison de l’inflation et de la stagnation, que l’on a baptisée «stagflation», le keynésianisme semblait avoir fait son temps. Les idées de Hayek reviennent sur le devant de la scène et sont remis à jour par les monétarisme. Milton Friedman, reprend les thèses de Hayek Sous le monétarisme, l’inflation devait être contenue uniquement en augmentant progressivement, et de manière prévisible, la masse monétaire. Mais en 2008-2009, lorsque, comme dans les années 1930, l’économie mondiale a dû faire face à une crise sans précédent et à l’effondrement imminent du système financier, George W. Bush et ses alliés du G20 se sont instinctivement ralliés non pas à Hayek, mais à Keynes. Ils ont soutenu les banques en difficulté avec des prêts gouvernementaux monstres et évité une récession calamiteuse grâce à une relance économique keynésienne pour laquelle ils ont dépensé des centaines de millairds de $. Aujourd’hui, il semble que le Tea Party aux Etats-Unis, en tête, semble reprendre les thèses de Hayek avec une demande de remboursement de la dette dans les plus brefs délais. La discussion pour savoir s’il faut stimuler l’économie ou laisser les marchés guérir spontanément continue à dominer la politique des deux côtés de l’Atlantique. Les lignes de combat demeurent les mêmes qu’à l’époque de Keynes et de Hayek, et le ton est resté tout aussi vif.
Les politiciens sont confrontés aux mêmes choix: lutter contre le chômage ou risquer l’inflation; introduire la relance ou imposer l’austérité; emprunter et dépenser ou taxer et rembourser la dette.
Un camp est tourné vers la relance keynésienne. Le plan pour l’emploi du président Barack Obama est un stimulus déguisé de 50 milliards pour créer de l’emploi grâce à des dépenses en infrastructure en est un exemple, tandis que l’autre camp fait écho à la double attaque de Hayek contre Keynes: selon lui, la relance ne marche pas et gaspille l’argent du contribuable; et le gouvernement s’attribue une part trop importante du revenu national.
En Grande-Bretagne, les élèves de Hayek du premier ministre David Cameron savourent la réduction des dépenses publiques (voir les réactions en UK après les chiffres du 20 mars). En Europe, Bruxelles tente désespérément de maintenir l’intégration politique européenne sur les rails en exigeant une réduction du secteur public et le retour aux budgets équilibrés au Portugal, en Espagne, en Irlande, en Italie et surtout en Grèce.
Dans ce match retour entre Keynes et Hayek, Hayek est en train de prendre le dessus. L’Europe s’est engagée dans une décennie de douloureuse austérité, promettant de rembourser peu à peu la dette et de forcer les gouvernements ballonnés à maigrir. Aux Etats-Unis, tous les candidats républicains soutiennent le message de Hayek de rectitude fiscale et de gouvernements plus petits. Hayek aurait-il gagné ce concours qui dure depuis quatre-vingts ans?