FlashbackEco

21 octobre 1907 : Panique à la Bourse de New York !

Pendant la deuxième moitié du XIXème siècle, l’appareil industriel et le réseau ferroviaire américain ont attiré un très fort afflux de capitaux dans les banques new-yorkaises devenues les véritables « pompes à finance » de l’économie du pays. Pourtant, à la fin de l’année 1907, une conjoncture économique défavorable a placé Wall Street dans une situation de vulnérabilité inattendue.

 

Il faut dire que les évènements annonciateurs d’une dépréciation de la capitalisation boursière américaine se sont accumulés au cours des derniers mois. Le tremblement de terre de San Francisco de 1906 a aspiré une grande partie des fonds autrefois capitalisés dans les banques de la Grosse Pomme. Le relèvement des taux d’intérêts sur la place de Londres a aussi séduit les investisseurs étrangers qui se détournent alors un peu plus de New York. Enfin, les actions des compagnies de chemins de fer chutent suite à l’entrée en vigueur du Hepburn Act prévoyant un plafonnement de leurs tarifs. Bref, dans un marché déprécié et au bord de la crise de liquidité, la place new-yorkaise est fragilisée, vulnérable au moindre coup dur. Sur les neuf premiers mois de l’année 1907, les cours ont déjà chuté de 24,4%.

 

C’est finalement une tentative ratée de corner[1] , initiée par le trust Knickerbocker des frères Heinze et le banquier Charles Morse qui sera l’effet déclencheur d’une panique généralisée. Les initiateurs de la manœuvre qui étaient portant coutumiers du fait n’arrivent pas cette fois-ci à racheter les actions qu’ils ont émises au prix escompté. Des acheteurs arrivent en effet à se procurer des actions à des prix plus faibles que ceux proposés par les frères Heinze. Le 21 octobre 1907 panique bancaire kazeco 2corner échoue. Craignant une faillite, les clients des banques appartenant au trust Knickerbocker se pressent pour réclamer leur argent. Le Trust Knickerbocker finit par s’écrouler, entraînant dans sa chute celle de Gross & Kleeberg, grande société de courtage new-yorkaise. La panique se généralise alors aux autres banques américaines. Depuis 1836 et le refus du Président Andrew Jackson de renouveler la Chatre de la Seconde Banque des Etats-Unis, le pays est par ailleurs dépourvu d’une institution financière capable d’injecter des liquidités afin de contrecarrer toute éventualité d’effondrement systémique.

 

21 octobre 1907 panique bancaire kazeco 3Face à l’incapacité de la Municipalité de New-York et des pouvoirs publics, c’est l’intervention coordonnée de plusieurs grandes banques sous l’égide de J.P Morgan, qui permettra finalement à l’hémorragie financière de s’arrêter. Un fonds de 23,6 millions de dollars – somme colossale à l’époque - est alors constitué afin d’être injecté sur le marché et maintenir ainsi celui-ci dans un état de relatif équilibre. Le pire sera ainsi évité. Dans le cadre d’une telle panique, même le Président Roosevelt accepte de revenir exceptionnellement sur les dispositions du Sherman Act prohibant les concentrations et autorise la fusion d’établissements bancaires afin que ceux-ci résistent à la contagion de la crise bancaire.
 
 
Trois semaines après le choc du 21 octobre, le risque d’effondrement systémique est écarté mais le Dow Jones Industrial Average (DJIA) assume alors une perte de près de 50% par rapport à son plus haut niveau de l’année précédente.
 
 
21 octobre 1907
 
Niveau du DJIA entre 1904 et 1910
 

 

La crise de 1907 marque le point de départ d’une phase de récession de l’économie américaine qui durera alors jusqu’au milieu de l’année 1908, mais aussi le renouveau d’une réflexion d’ensemble qui mènera en décembre 1913 à l’institution de la Réserve Fédérale américaine, alors imaginée comme le bouclier du système bancaire moderne.

 

A lire aussi :

 

 

[1] Tentative de manipulation du marché visant à amener les détenteurs d’actions à vendre à tout prix.
 
En émettant ou en vendant de gros volumes d’actions ou encore en faisant circuler des rumeurs néfastes, les instigateurs d’une tentative de cornerisation peuvent faire plonger les cours et racheter l’ensemble des actions à prix modique plus tard.
De telles manœuvres sont aujourd’hui punies par la plupart des législations bancaires en vigueur.