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2015, année charnière pour nos énergies

Production et économies d’énergies marqueront incontestablement l’actualité en 2015. En première ligne, la France devrait normalement entériner son projet de loi sur sa transition énergétique devant le Sénat au mois de février et clôturer l’année en accueillant la 21ème Conférence des Parties sur le Climat (COP 21) du 21 au 30 décembre 2015 à Paris. Des enjeux qui positionneront la France au milieu des grandes discussions mondiales en matière de production énergétique, mais qui la placeront aussi en face de ses propres défis, voire de certaines de ses contradictions à l’échelle nationale.

 

L’enjeu de la Conférence de Paris


En accueillant la COP 21, Paris aura pour objectif fondamental d’aboutir à l’adoption d’un accord contraignant, fixant des seuils chiffrés d’émission de gaz à effets de serre et ralliant à ses conditions l’ensemble de la communauté internationale afin de limiter la hausse de la température globale en deçà des 2°C. Un défi nécessaire, qui n’a plus été relevé depuis l’adoption du Protocole de Kyoto (1997), en dépit des négociations qui échouèrent à Copenhague (2009) où qui n’apportèrent que de maigres consolations suite à la Conférence de Durban (2011).

 

12 2015 année charnière 2L’attention sera particulièrement focalisée sur les pays émergents comme le Brésil ou l’Inde, dont l’industrialisation à marche forcée risque encore de se prolonger durant les prochaines années. Etats-Unis et Chine, plus gros pays pollueurs de la planète, représentant à l’heure actuelle plus de 40% des émissions globales de gaz à effet de serre, auront également une responsabilité toute particulière dans les négociations qui prendront place à Paris. En novembre 2014, les deux superpuissances avaient convenu d’un accord bilatéral. Les Etats-Unis s’engageaient à réduire de 26% à 28% leurs émissions d’ici 2025 par rapport à leur niveau de 2005, la Chine annonçait quant à elle atteindre son « pic d’émission » en 2030 avant d’inverser la tendance. Un accord bilatéral, signe de préoccupation environnemental, mais qui a également inquiété les observateurs quant à la possibilité pour les deux Grands de faire cavaliers seuls, loin du concert des nations.

 
Le cours du baril de pétrole
 
Problématique internationale, celle du prix de l’or noir ne devrait cependant pas empêcher les bonnes volontés d’anticiper une révolution énergétique à long terme, facilitant le développement des énergies renouvelables et appuyant les économies d’énergies.
 

12 2015 année charnière 3En l’espace d’un peu plus de six mois, le cours du Brent s’est effondré, passant de 115 $ (19 juin 2014) à un peu moins de 50 $ aujourd’hui. Une chute des prix que l’OPEP n’a cependant pas entendue enrayer, ne souhaitant pas réduire sa production au profit de celle de ses concurrents, Etats-Unis et Canada notamment.

Pourtant, deux observations peuvent être faites.

D’une part, la chute des cours ne permet plus aux « nouveaux » producteurs de pétrole bitumeux, chers à l’extraction, de conserver leurs marges. A 50 dollars le baril, ils perdent même de l’argent. Ainsi, Chevron en Mer du Nord ou Statoil en Mer de Norvège ont-ils déjà pu annoncer leurs retraits de projets économiquement mis en péril au cours du baril actuel ; l’industrie gazière texane affirme quant-à-elle avoir perdu près de 2300 emplois au cours des six derniers mois.

D’autre part, même si la chute des cours du pétrole a déjà eu pour effet de relancer certains pans de la consommation, comme le montre notamment l’évolution des achats de voitures aux Etats-Unis (+4,6% au mois de novembre), le prix de l’or noir ne devrait pas en théorie être mis en balance avec le développement d’énergies renouvelables. Synonyme d’indépendance énergétique à l’égard des pays disposant des grandes réserves d’énergies fossiles (pays du Golfe, Russie…), les énergies renouvelables ont en effet un rôle stratégique. Les prix actuels du pétrole, de nature profondément conjoncturels, remonteront inexorablement. Une perspective qui ne devrait donc pas raisonnablement influencer les visées à long terme des Etats. Espérons-le, en tout cas.

 
La France face à sa transition énergétique
 
 

Le mois de Février devrait selon toute vraisemblance voir l’adoption par le Sénat du projet de transition énergétique, déjà adopté à l’Assemblée Nationale le 14 octobre dernier.

Dans les lignes des grands engagements internationaux, il dispose bien évidemment de ses seuils globaux : réduction de la consommation nationale d’énergie de 50% d’ici à 2050, réduction de la part du nucléaire dans le mix électrique à 50% en 2025 (73,3% en 2013)… mais également de ses mesures pratiques qui auront un impact sur la vie des Français.

Insistant sur les économies d’énergies – peut-être un peu plus que sur le volet « production » – la loi de transition énergétique prévoit de faire du consommateur responsable un élément clé: interdiction des sacs plastiques à usage unique à partir de 2016, de la vaisselle jetable à partir de 2020, mise en place d’une nouvelle prime pouvant atteindre 3700 euros afin de promouvoir encore plus efficacement l’achat de véhicules électriques…

Le texte de loi améliore également un dispositif existant en proposant un remaniement du Crédit d’impôt en faveur du Développement Durable (CIDD), rebaptisé Crédit d’Impôt pour la Transition Energétique (CITE). Il n’est plus nécessaire de s’acquitter d’un « bouquet » de travaux pour bénéficier du crédit d’impôt (30%). Une seule opération suffit désormais (pose d’une chaudière à condensation, d’un appareil de régulation du chauffage…).

Des dispositifs qui vont dans le sens de la transition énergétique escomptée, mais dont on pourra encore dire qu'ils ne vont pas assez loin. Ainsi, peut-on déplorer que l'installation des panneaux photovoltaïques ne soit plus, depuis le 1er janvier 2014, elligible au crédit d'impôt. 

Loin d'être un simple consommateur d'énergie, le particulier aurait pu être imaginé comme un producteur d'énergie autonome, à l'instar de ce que les initiatives politiques outre-rhin ont réussi à instaurer. Avec un niveau d'ensolleillement moindre qu'en France, l'Allemagne est en effet devenue le pays champion de la production d'énergie solaire en termes de puissance installée chez les particuliers. Une prouesse qui n'aurait pu être envisagée sans une politique d'incitation fiscale adaptée, stable, claire et lisible, et prolongée sur plusieurs années.

 
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Les initiatives concrètes et les échéances nationales ou internationales ne manquent donc pas et rien ne semblent empêcher 2015 d’être une année de la transition énergétique.

Seul danger, celui de la demi-résolution ; celui de penser que les problématiques énergétiques – pour des raisons conjoncturelles liées à une chute des cours du pétrole – pourraient être secondaires et donc écartées.

Parent pauvre de la politique, la protection de l’environnement s’est également récemment vu menacée par les articles 28 et 29 de la loi Macron donnant au gouvernement le droit, par ordonnance, de « Modifier les règles applicables à l’évolution environnementale des projets ainsi qu’à celle des plans et programmes » ou encore « d’accélérer l’instruction et la délivrance de l’autorisation des projets de construction ».

Hôte de la COP 21, Paris est loin d’être un mauvais élève, loin s’en faut… Mais le discours national gagnerait sans doute à se faire plus serein dans une année cruciale où la France aura nécessairement un rôle fondamental à jouer.

 

David Dayan

david@kazeco.com

 

 

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