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18 mai 1941, Werner Sombart, Economiste inventeur de « l’esprit du capitalisme » et homme ambivalent

Très compliqué de trouver une analyse juste sur l’homme Werner Sombart et son œuvre.
Il semble avoir inspiré pas mal de courants économiques mais a été rejeté par l’ensemble des économistes. Ses écrits sont polémiques mais c’est surtout sa récupération par les nazis et plus récemment par toute une panoplie d’extrémistes qui font de lui un auteur à contreverses. L’auteur n’est pas indemne de reproches. Les témoignages de ses étudiants le placent comme ambivalents pour le moins sur la question de l’antisémitisme. Pire, malgré tout le bénéfice du doute sur ses écrits, de nombreux témoignages tendent à montrer que l’homme W. Sombart s’est définitivement tourné vers le national socialisme à l’aube de la fin de sa vie, et donc particulièrement en 1940-41.
W. Sombart est né le 19 janvier 1863 et il décède le 18 mai 1941. Il avait tout pour avoir une vie bourgeoise mais il choisit un autre chemin. Il est, en effet, le fils d'un riche homme politique libéral, industriel et propriétaire foncier, Anton Ludwig Sombart. Ses études se passent aux universités de Pise, Berlin et Rome, avec comme matières le droit et l'économie. En1888, Gustav Von Schmoller, le plus éminent économiste allemand de l'époque lui décerne un doctorat de l'Université de Berlin. Pourtant très vite, l’économiste est considéré comme d'extrême gauche, ce qui lui barrera la voie vers des postes de professeur prestigieux. Ses analyses sont d'ailleurs si fines sur le marxisme que Engels, avec qui il a correspondu, déclare qu'il est le seul professeur allemand à comprendre « Le Capital de Marx »!
En 1902, il fait paraître son œuvre majeure, Le Capitalisme Moderne (Der moderne Kapitalismus), parut en six volumes, ouvrage systématique de l'économie et du développement économique à travers les âges. Cet ouvrage est un pendant de "L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme" de Max Weber, qui étudie les relations entre le protestantisme et le capitalisme, sauf que Sombart tend à placer les Juifs au cœur de son développement.. On a pu définir les relations entre Max Weber et Werner Sombart comme celles de deux frères ennemis. Ces deux universitaires allemands, qui avaient le même âge, à un an près, menèrent des recherches parallèles sur la formation de l'esprit du capitalisme moderne.
 
Sombart résume ainsi sa pensée
"On peut résumer dans une seule proposition l’importance historique des Juifs, et plus particulièrement le rôle qu’ils ont joué dans la vie économique, en disant : il s’agit d’un peuple oriental égaré parmi des peuples du Nord et ayant associé ses efforts aux efforts de ceux-ci pour créer une nouvelle civilisation. On prétend que les civilisations de l’Antiquité classique, plus particulièrement la civilisation grecque, et celle de la Renaissance italienne ont résulté de l’union de peuples du Nord, émigrés en Grèce et en Italie, avec les populations autochtones de ces pays."
Sombart n’a pas prononcé de condamnation explicite des Juifs mais les auteurs et les propagandistes nazis ont su se servir à merveille de son œuvre et à l’adapter à leurs buts.
 
A un certain moment, il écrit même:
« Toutes les institutions artistiques ou sociales de nos grandes villes ont eu des Juifs pour promoteurs. Le Juif est l’annonciateur-né du progrès et de ses bienfaits dans tous les domaines de la vie civilisée. »
Cette phrase se distingue d'une autre beaucoup plus polémique puisqu'ila décrit auparavant l'esprt du capitalisme comme venant de l'esprit juif  « le capitalisme moderne est fondé sur la conquête d’un profit sans limite dans une progression sans fin ».
On peut dire que l’ouvrage de Sombart est arrivée à brûle pourpoint pour ce que voulaient en faire les nazis et donc  l’image qu’ils voulaient donnaient du juif à savoir des "êtres incapables, déracinés, malhonnêtes, entremetteurs et  spéculateurs, uniquement occupés à amasser de l’or et à saigner l’Allemagne." . La notion d’usurier prêté alors aux juifs boucle les préjugés.
La notion de l’argent est pourtant largement documenté et rédigé dans les traites de Talmud (encyclopédie juive du "comment vivre en société" adaptée au cours de 25 siècles) dans lequel l’argent ne devrait être qu’un moyen de justice et de protection sociales. S’enrichir à titre individuel n’est pas décrié à condition que l’argent n’en soit pas apparenté à une « idole ». Cependant, ce qui est certain, c’est que le judaïsme n’a jamais eu de rapport torturé à l’argent.

On doit neanmoins à Sombart l'émergence de la comptabilité en partie double. Il a semble t’il inspiré Schumpeter avec le concept de la destruction créatrice, élément majeur de la théorie de l'innovation  En sociologie, il apparaît comme un auteur mineur alors que Weber le considéra « plus haut » que lui dans ce domaine.
 
David Gürn